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Auteur : Monika Fagerholm
Traducteur : Anna Gibson
Date de saisie : 09/10/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : La cosmopolite
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-234-06011-1
GENCOD : 9782234060111
Sorti le : 22/08/2007
Monika Fagerholm est finlandaise, c'est son troisième roman. Le premier : Femmes merveilleuses au bord de l'eau est paru chez Gallimard. Le lieu d'abord : une zone de marais en bordure de mer où la vie est très dure ; des non-dits et des non-vus planent constamment entre deux dames de brouillard ; les autochtones voient leur environnement se modifier, la propriété close s'installer avec l'arrivée de citadins qui viennent construire de belles maisons. Des personnages ensuite : des adolescents, Benku, Jorn, des garçons ; Doris, Sandra, Solveig, Rita, des filles ; et la fille américaine, Eddie, dans la Maison de verre à la deuxième pointe, autour de qui se développe cette histoire. Monika Fagerholm met en mouvement ces personnages dans cet univers inquiétant, hostile, mystérieux, qui devient lui-même un personnage à lui seul. Des personnages en quête d'absolu, d'amour, qui grandissent au fil du récit, quand ils ne se donnent pas la mort avant. Oui, parce qu'on meurt beaucoup dans ce roman, parce que le tiède, les demi-mesures n'ont pas leur place. Cette mise en mouvement est scandée par un style qui se rapproche avec bonheur de la comptine, d'une douce mélopée où la répétition nous entraîne vers l'oralité du conte. Sensualité et violence se dégagent du roman : sensualité des corps qui s'éveillent, des tissus qui les entourent ; violence des émotions, hostilité de la nature. Pour vous transmettre mon coup de coeur, il m'a paru essentiel de lire un extrait : «Ce fut Rita qui la première entendit le coup de feu. Elle se trouvait dans la petite maison rouge, à cinq cents mètres environ du marais de Bule avec sa soeur Solveig, et chose étrange, à l'instant même où elle l'entendit, elle comprit ce qui venait de se passer. Doris était déjà aussi morte qu'une pierre quand Rita parvi nt au rocher de l'or. Elle gisait sur le ventre. Sa tête et ses cheveux pendaient au-dessus des eaux sombres. Du sang partout... Et Rita perdit la raison. Elle se mit à griffer le corps encore chaud. Puis elle voulut soulever Doris et absurdement la porter. Porter Doris par-dessus les eaux sombres. Mais... Doris nuit et Sandra jour. Dans un de leurs jeux, elles avaient été deux. Sandra et Doris, deux. Doris jour et Sandra nuit. C'était la deuxième fille. Elle aussi avait eu beaucoup de noms, tous inventés au fil de leurs jeux, des jeux qui s'étaient donc joués avec la meilleure amie, la seule amie, l'unique unique unique Doris Figenberg, au fond d'une piscine sans eau, pendant longtemps. Après la mort de Doris, Sandra garda le lit plusieurs semaines. Dès qu'elle fermait les yeux, il y avait du sang partout. Dans la forêt de sang, voilà où elle était. Elle y errait dans le noir comme une aveugle. Sandra et Doris, elles avaient été meilleures amies. Et voici ce que Sandra Varn était seule à savoir : soeur nuit et soeur jour. C'était un jeu qu'elles avaient joué et dans ce jeu-là précisément, elle, Sandra, avait été la fille noyée dans le marais de Bule bien des années auparavant, celle qui s'appelait Eddie de Wire, elle, la fille américaine. Le jeu avait eu un nom : il s'intitulait «le mystère de la fille américaine», et il avait eu sa propre chanson : «la chanson d'Eddie». «Regarde, maman, ils ont cassé ma chanson.» Voilà, en résumé, c'est tout cela que j'ai aimé dans ce roman, la musicalité du style, l'oralité de l'écrit, l'absolu des sentiments, l'affleurement du désir, le mystère des êtres et des lieux, les secrets gardés au plus profond de l'intime. Je vous dis au revoir. Je vous invite donc à découvrir et à déguster ce livre qui va, je pense, rester longtemps dans votre mémoire et dans votre coeur. À bientôt.
Roman très envoûtant entre rêves, fantasmes, souvenirs et retours en arrière.
Une écriture exigeante qui nous plonge dans la vie d'une petite communauté finlandaise perturbée par le meurtre d'une jeune fille américaine.
Un roman ardu mais qui nous tient jusqu'à la dernière page.
Thierry Lequenne - 01/10/07
1969, une presqu'île de Finlande. Surgit de Coney Island une jeune fille américaine, Eddie de Wire, venue rendre visite à sa tante, installée dans la Maison de Verre. Deux garçons tombent éperdument amoureux d'elle et, lorsqu'elle disparaît si vite et sans raison, on retrouve le corps de l'un d'eux pendu dans une grange. C'est le début du «mystère de la Fille américaine» qui va hanter la vie des habitants du lieu. Ainsi, Doris et Sandra, encore enfants à l'époque du drame, qui éprouvent chacune la même fascination pour cette affaire, se lient d'une amitié exclusive. Partageant l'univers clos de leurs rêves et de leurs jeux, elles trouvent ensemble la force d'encaisser les secousses venues du monde des adultes, leurs mensonges, leur folie.
Mais d'autres mystères affleurent : qu'est devenue Lorelei, la mère de Sandra ? Est-elle partie avec un amant ? Est-elle morte, assassinée ? Un jour, le corps de la jeune fille américaine remonte à la surface du marais de Bule. Mais s'agit-il bien d'elle ?
Monika Fagerholm restitue de façon troublante les angoisses de la fin de l'enfance, l'éveil à la sexualité et la brutalité de l'adolescence. Tout en auscultant la part intime des êtres, elle évoque avec passion l'état des relations entre dominants et dominés. Se côtoient dans le roman la haute société scandinave, des estivants richissimes propriétaires de villas et les «gens du Coin» qui travaillent pour eux. La musique est très présente car l'auteur s'approprie des extraits de chanson des années 1960-1970, créant un refrain envoûtant, auquel s'ajoutent des réminiscences littéraires. On se demande enfin quel aurait été le destin de ces personnages si la musique punk n'était pas née.
Monika Fagerholm est une écrivain finlandaise de langue suédoise, née en 1961 à Helsinki, mal connue en France mais régulièrement distinguée dans les pays nordiques. A sa sortie en 2004, La Fille américaine a rencontré un large public et reçu le plus prestigieux des prix suédois, le prix August. D'une densité rare, son livre suit pourtant une logique secrète, s'ordonnant dans le désordre des fragments d'histoire qui remontent à la surface et des sédiments de mémoire qui les recouvrent en partie. La narration difficile, subtile, parfois heurtée, presque érodée, est en vérité d'une poésie puissante et sans concession. Point de salut pour le lecteur qui a peur de l'eau. Il faut croire à la sorcellerie car, ici, le verbe est magique, inattendu, comme les personnages.
Sous sa plume, c'est le monde de l'adolescence qui se dévoile subtilement, ce moment si délicat où les chimères ont encore la dimension de l'absolu, mais où, aussi, les blessures intimes peuvent être fatales...
En lisant Monika Fagerholm, on pense souvent au Palais de glace, du Norvégien Tarjei Vesaas. La littérature, pour elle, est une odyssée vers l'inconnu. Car il faut, dit un de ses personnages, «quitter radicalement le quotidien et tous les rôles qu'il nous impose, le dissoudre, le suspendre comme pendant un carnaval». Cruel et enchanté, le récit de Monika Fagerholm est un petit bijou.
Comment, d'aventures aussi noires, Monika Fagerholm réussit à tirer un livre aussi enchanteur, baigné dans des lumières de fin d'été finlandais ? C'est le miracle d'une prose légère, joueuse et ensommeillée, merveilleusement servie par la grâce de la traduction (signée Anna Gibson). Avec ce livre d'une puissance évocatrice exceptionnelle, Monika Fagerholm s'affirme comme une grande romancière de l'enfance et entre dans le club très fermé des voix essentielles de notre temps.
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