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.. Paris, musée du XXIe siècle : le dixième arrondissement

Couverture du livre Paris, musée du XXIe siècle : le dixième arrondissement

Auteur : Thomas Clerc

Date de saisie : 23/08/2007

Genre : Urbanisme

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : L'Arbalète

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-07-078485-1

GENCOD : 9782070784851

Sorti le : 23/08/2007

Thomas Clerc - 01/10/2007


  • Les présentations des éditeurs : 26/08/2007

Le 10e arrondissement compte 155 rues, places, quais, squares, cités, avenues, jardins, boulevards, impasses et passages que j'ai décidé d'arpenter méthodiquement.
Comme le titre Maris, musée du XXIe siècle l'indique, j'offrirai à terme, en commençant par l'arrondissement où je vis, une description générale de la ville. La muséification de Paris n'est pas étrangère à mon propos, mais l'oeil en marche découvre tant de pièces insoupçonnées que la ville, par le jeu d'une exposition, rescintille. Les perles ne sont pas le tout du collier, c'est aussi le fil qui les tient.
Un système de positionnement global étant nécessaire à la documentation des rues, j'ai adopté, après celle où j'habite, l'ordre alphabétique, et j'ai placé quelques bornes pour que le lecteur puisse, à son tour, entrer dehors.



  • La revue de presse Patrick Kéchichian - Le Monde du 24 aout 2007

Le livre de Thomas Clerc, tient à la fois de la confession, du rêve, de l'étude ethnographique, politique, économique et, bien sûr, historique et prospective. Un index permet de suivre chacune de ces pistes, s'il nous prenait l'idée d'en isoler une. Il y a aussi des sentences : "L'abondance des quartiers populaires se distingue de l'opulence des quartiers riches." Ou : "Les rues piétonnes sont bêtes comme leurs pieds. "Le contemplatif voit le détail, le mélancolique l'ensemble", note Clerc. Mais il arrive parfois au contemplatif d'être submergé par la mélancolie, lorsque son regard s'attarde sur tel détail, tel lieu disparu devenu souvenir...


  • Les courts extraits de livres : 29/09/2007

Je pars de la RUE DU FAUBOURG-SAINT-MARTIN (1 885 x 20 m), mon centre de gravité. Sur la façade du I, apparaît en lettres de métal centre de santé. Un travelling arrière, et le voilà métamorphosé en «marchand de vêtements pour enfants». Comme un néon sur les murs d'une galerie, les mots brillent dans le vide, coupés de leur référence. Contact : j'accoste un client qui sort du magasin. Il n'a rien remarqué de spécial. Piège : si un laboratoire d'analyses médicales dépose le bilan, ses résultats sont-ils encore fiables ? Le négatif devient vice versa. Configuration : j'observe sous sa protection l'élégante porte Saint-Martin qui, elle, n'est pas un leurre, mais une arche à 3 branches sur socle. Monument mineur, elle n'est guettée par aucun effet d'usure. La nuit, éclairée par des projec­teurs, elle accède même à la beauté du second rôle. Le bas-relief a fixé les personnages historiques en spectateurs impuissants ; face à la mobilité incessante des piétons et voitures anonymes, les héros louis-quatorziens n'intéressent personne, comme s'ils avaient été floués par la gloire. Théorie : l'ennui dégagé par les monuments vient de leur caractère universel, qui les ancre dans un lieu définitif et les fige pour l'éternité dans le statut de «grande chose». Bien qu'il y ait des gens ennuyeux comme des monuments, la face humaine me paraît toujours plus riche de sens et d'affect que les «vieilles pierres». Les monuments sont des volcans éteints. Cet ennui ne se dissipe que par la grâce d'une représentation, film ou photo, qui ranime les masses de la ville endormie, et transforme les fictions en documentaires. Rebaptême : la porte Saint-Martin, ma colonne d'Hercule. Méthode : je prends le trottoir de droite pour monter vers Stalingrad, je prendrai celui de gauche pour redescendre. Au 3, l'inscription «À LA PORTE SAINT-MARTIN» orne un mascaron inachevé. Dans un quartier noble, on aurait fini les travaux d'embellissement, je les poursuis et m'intronise redresseur de torts des arrondissements. Synesthésie : le flot automobile définit l'ambiance visuelle, sonore et olfactive du faubourg. 2 voitures à peine peuvent tenir sur la chaussée, restreinte par un couloir de bus. Dès les premiers pas, le règne des grossistes du textile s'affirme avec brutalité. L'art des marques et des logogrammes, le branding, fait fureur dans la rue capitaliste : les noms - Yony Boy, Halogène, Kids Star - parfois pimentés par un calembour (Mot le ton), vantent le style profane de leur fonds de commerce. Comme les mauvais livres se signalent d'eux-mêmes par leurs titres, la marchandise impersonnelle éclate au grand jour. Le nom Jeudi après-midi, seul, ajoute quelque épaisseur à l'enfance du vêtement. Numérophilie : les 3 bus de la rue (38 + 39 + 47), additionnés, donnent 124. Au 5, un magasin ose se présenter au public dépourvu de nom, son propriétaire ne s'est même pas donné la peine de baptiser un commerce qu'il envisage comme pur moyen de parvenir. Les marchandises exposées en vrac, des vestons pour enfants, s'appellent implicitement camelote anonyme. Branding : la rue est pleine d'oeuvres signées, les maisons font l'apologie du nom propre, H&M, Nike, Apple, etc., mais ici ce sont des marques toc, des petits-maîtres dont la renommée n'est parvenue jusqu'à personne. Dans son No Logo, Naomi Klein condamne le désir d'arborer des marques ; pour un établissement comme pour un homme, ne pas porter de nom est pourtant une déchéance.


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