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Auteur : Valentine Goby
Date de saisie : 18/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 16.90 € / 110.86 F
ISBN : 978-2-07-078407-3
GENCOD : 9782070784073
Sorti le : 23/08/2007
En 1941, en pleine seconde guerre mondiale, la toute jeune Madeleine, paysanne âgée de 16 ans, vient travailler dans un hôtel à Rennes en tant que femme de chambre, comme beaucoup d'autres jeunes femmes.
Chargée de devenir son assistante, par un de ces hasards que la vie nous réserve parfois, elle tombe sous le charme d'un officier allemand, mystérieux pianiste virtuose.
Auprès de lui, Madeleine va s'ouvrir à la musique (Mozart, Liszt...) et surtout à l'Amour, car son destin va définitivement basculer, et sa vie sera à jamais marquée par cette époque et cette rencontre déterminante.
Avec tact et pudeur, Valentine Goby nous conte une histoire d'amour pendant la guerre et le drame d'une femme, le tout avec beaucoup de sensibilité, tout autant littéraire que musicale. Un très beau roman d'une jeune et talentueuse écrivaine.
«Nous marchons, suivies par la foule, têtes rasées parmi les décombres de l'avenue Janvier, de la rue Saint-Hélier dévastée, criblée de béances et d'immeubles en ruine, pendant des semaines c'étaient des gravats enchevêtrés de poutres, de meubles brisés, chambres, cuisines, salles à manger réduites en poussière, éclats de verre, j'imagine que c'était comme ça, tout est déblayé et vide maintenant, je trébuche sur des souvenirs que je n'ai pas, les bombardements ont eu lieu sans moi, j'étais terrée dans un couvent mais je sais tout, ils m'ont fait ce que la guerre leur a fait.»
L'échappée est le quatrième roman de Valentine Goby.
Valentine Goby a le don de matérialiser une atmosphère, d'incarner une scène en peu de mots qui ne relatent pas directement ce qui se trame mais le suggèrent, en disant les regards, les gestes furtifs, les propos anodins...
L'écriture à fleur de peau de Valentine Goby a des vertus apaisantes. Ce beau roman réhabilite toutes les femmes qui n'entendent rien à la guerre, seulement à l'amour. Sans simplification à l'eau de rose : le seul beau jour de son existence, Madeleine le doit à ce premier amour proscrit. Une promenade en amoureux dans Rennes, chacun d'un côté de la rue. Mais cette «joie effrayante» qui la transporta durant quelques heures, elle la paiera durant toute sa vie.
La narration, qui mêle plusieurs fils, est parfaite, pas une scène de trop. L'histoire surprend toujours, pas un cliché. Les phrases filent, courtes, acérées comme des coups de canif, pas de place pour les épanchements. Mais si l'écriture est sèche, la note est toujours sensible : l'émotion naît des silences, des noeuds qu'on devine, des sentiments qu'on tait, et surtout de l'absence de jugement moral. Au travers de la transgression de son héroïne, Valentine Goby se contente de questionner : rester ou fuir ? Vivre ou se laisser mourir d'ennui ? Obéir à ceux qu'on méprise ou suivre ceux qu'on admire ? Qu'est-ce que l'amour maternel ? Voilà un livre habité par la détresse, mais porté par la sensibilité et la bonté du regard de l'écrivaine. La violence racontée avec tant de grâce, ça ne s'oublie pas.
L'Echappée ou le destin d'une jeune paysanne bretonne coupable d'avoir aimé un officier allemand. Valentine Goby signe un livre terrible et fort...
La Seconde Guerre mondiale est-elle un thème romanesque inépuisable ? Assurément. La preuve avec L'Echappée, le très intense et très beau livre de Valentine Goby...
Roman sur l'identité et la liberté, L'Echappée est un livre incandescent, à même d'éclairer les zones d'ombre les plus rebutantes.
Elle a commencé en sourdine avec La Note sensible, un premier livre aussi secret que délicat, écrit du bout de l'archet d'un violoncelle. La voici virtuose, avec ce quatrième roman sec et exalté, partition achevée pour piano organique...
Entre Hiroshima mon amour, de Duras, et Requiem, d'Anna Akhmatova, ce livre écorché vif hisse Valentine Goby au rang des auteurs intenses, osant le lyrisme le plus amer.
Madeleine grelotte. Elle souffle sur ses doigts. Une main après l'autre. Un froid mouillé s'engouffre sous sa jupe. Elle plaque sa jupe contre ses cuisses. Les arbres nus succèdent aux arbres nus, découpés sur le ciel gris-mauve. Elle fixe le ruban d'asphalte. Elle serre le châle sur sa poitrine. Le noeud se défait. La laine oscille contre sa joue, énervante. Elle enfonce le bonnet sur ses oreilles. Elle pédale à toutes jambes. La dynamo frotte contre la roue. C'est une vibration légère, berçante. Le phare n'éclaire rien, affaibli par la toile réglementaire. Tout juste utile à signaler une présence humaine aux halos tremblotants qui le croisent. Un soupçon de vie dans l'hiver.
Dix kilomètres de bruine encore. Rennes est une masse obscure à l'horizon, serrée derrière d'épais rideaux, des volets clos. À cette heure, Jeanne est arrivée à l'hôtel après un détour par les bois sur le porte-bagages d'Antoine ; un détour par Antoine tout court. Elle a emporté par erreur la clé du cadenas de la bicyclette. Il a fallu deux heures à Madeleine pour forcer la serrure.
La route est étroite, bordée d'obstacles. Ornières, ruisseaux cachés, petits ravins, buissons de ronces. Elle longe les champs immobiles, déjà pris sous le givre. Pleins de craquements. De cris de bêtes. Le ciel compact ne laisse filtrer, à l'ouest, qu'un rai de lumière violette, presque noire.
Un grelot familier se rapproche. Madeleine accélère, pose les deux mains sur le guidon. Sa jupe s'envole. Frédéric la frôle, debout sur les pédales. Il se poste en travers de la route. Elle pile.
-J'ai pas le temps, ce soir, je suis trop en retard !
Elle colle un baiser sur sa bouche fraîche. Il rit. Il saisit ses poignets, elle s'accroche au guidon. Il faufile ses mains sous le chemisier, prend les seins dans ses paumes.
- Fous-moi la paix...
Il l'attire derrière les buissons. Il glisse ses doigts dans sa culotte. Elle le laisse faire. Il a vingt ans, il sait s'y prendre.
C'est une fin de dimanche comme les autres, sur une route déserte entre Moermel et Rennes, peu avant le couvre-feu.
Ensuite, elle pédale fort. Des silhouettes verticales surgissent de chaque côté de la route, troncs d'arbres, poteaux télégraphiques plus denses que la nuit. Elle compte les troncs. Ils se détachent de l'obscurité et y replongent aussitôt. Quarante-cinq, quarante-six. Une goutte s écrase sur sa main. Huit kilomètres encore. Le vent s'infiltre dans les mailles de son tricot, pulvérise la buée blanche échappée de sa bouche. Son châle dénoué flotte sur ses épaules, les franges claquent dans son cou. Elle ne sent plus le bout de ses doigts. De ses orteils. Son visage est glacé. Elle plonge une main dans sa poche. La poche est vide. L'autre poche, vide aussi. Elle freine. Elle palpe ses vêtements, fouille sa sacoche. Brosse à dents. Chemise. Peigne. Bas de laine. Laissez-passer. Carte grise. Sa gorge se serre. Le sang bat fort à ses tempes. Elle laisse tomber la bicyclette, elle cherche à mains nues sur la route. Les graviers roulent sous ses doigts. Elle se relève, fixe le garde-boue. La roue continue à tourner dans le vide. Elle arrache la toile du phare, elle fait demi-tour, elle pédale lentement, scrutant chaque ornière à travers le faisceau jaunâtre. Goudron, poussière, cailloux. Feuilles mortes et luisantes. Maintenant, la pluie tombe dru. Elle court jusqu'aux buissons, tâte le sol où elle était couchée tout à l'heure avec Frédéric. Une terre brune, visqueuse s'enfonce sous ses ongles. Les tickets de rationnement fondent quelque part dans une flaque, bouillie grise, perdus.
Deux kilomètres à l'est, Moermel. La maison. Le frère, de vingt ans son aîné, cure ses pipes avec application. Il lustre le bois à la cire d'abeille. Gomme au chiffon les résidus de carbone. Souffle dans les fourneaux. Un oeil fermé, il examine les conduits. Il fait coulisser la chenillette. Il lève le tuyau vers la lumière. La pièce lui apparaît par cette minuscule ouverture encombrée de poussière.
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