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.. Entre mes mains

Couverture du livre Entre mes mains

Auteur : Anne-Constance Vigier

Date de saisie : 23/08/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 11.90 € / 78.06 F

ISBN : 978-2-07-078747-0

GENCOD : 9782070787470

Sorti le : 23/08/2007

  • Les présentations des éditeurs : 30/08/2007

La narratrice est une brillante mathématicienne, dont la vie est essentiellement comblée par son travail.
Elle rencontre Sylvain, un violoniste frustré et obnubilé par Bartòk, qui peine à percer. Ils se marient et mènent une vie sans surprise dans un milieu familial stupide ou absent. Jusqu'au jour où elle annonce qu'elle est enceinte. Parce qu'il est parfois aussi difficile de mettre au monde que d'être au monde, le sentiment d'exclusion, déjà latent, éprouvé par la jeune femme se renforce sans bruit dans un crescendo dramatique.
Dans un style où l'humour et la mélancolie désabusée sont habilement dosés, l'auteur nous convie dans l'univers d'un personnage qui n'a pas de prise sur son existence. Sa rencontre avec Sylvain, leur installation, puis la volonté de fonder une famille selon les conventions nous valent des scènes de la banalité quotidienne ponctuées de dialogues intérieurs savoureusement caustiques.

Née en 1970, Anne-Constance Vigier est professeur de mathématiques et vit à Paris. Elle est l'auteur d'un premier roman, Le secret du peintre Ostende, paru aux Editions Gallimard en 2001, dans la collection Haute Enfance.



  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 30 aout 2007

Le prologue annonce la couleur : cette histoire finira mal, à savoir en prison pour meurtre...
Les apparences sont sauves, la conjugalité suit son cours, noces, voyage, repas, déco, nausées, échographie, accouchement. La drôlerie vient de ce que cette banale vie quotidienne nous parvient filtrée par cette voix inimitable, amère, sarcastique, injuste et cependant légère.


  • Les courts extraits de livres : 01/09/2007

Phase 1

En ce temps-là je vivais dans la lune, les bonheurs d'ici-bas m'étaient tous défendus, chantait Brassens, et sa voix nous parvenait endommagée par les médiocres haut-parleurs de l'autoradio. Sa belle voix moustachue, disais-je à mon père quand il l'écoutait, et il me regardait alors avec une forme d'hébétude qui pouvait signifier, je ne comprends rien à ce que tu racontes ou, tout aussi bien, je ne t'entends pas vraiment car c'est lui qui m'enveloppe. Et tendais la patte aux chats perdus, tandis que je regardais la main de Sylvain donner un billet à la caissière du péage, une femme accorte qui nous sourit sans crier gare comme à un jeune couple repu. La monnaie de sa main (petite, charnue) à la main de Sylvain (beaucoup moins délicate une fois qu'on la connaissait tout à fait), merci ! bonne route !, et ses intonations me contrariaient comme un son anormal, désaccordé, en contradiction avec l'ensemble du contexte. Sylvain fit caler le moteur de la voiture au moment de repartir et le monospace qui nous suivait de trop près ne se priva pas de klaxonner, mais oui connard, dit-il alors, et je sursautai car je ne l'avais encore jamais entendu utiliser ce genre de vocabulaire, ces mots qui, je ne sais pourquoi, lorsqu'ils sont articulés par des proches, entrent toujours dans mon crâne par un interstice inadapté, parcours accidenté avec ricochets, fausse route. Et une douleur serrée comme une peine. Oh s'il te plaît, s'il te plaît, je le pensai mais ne le prononçai probablement pas car Sylvain n'eut envers moi aucun geste de réconfort, il continua à conduire en silence de sa manière neutre et sage et, à la réflexion, peu assurée. Jusqu'à ce qu'il desserre les dents pour dire, tu ne voudrais pas changer de musique, et je savais déjà ce que cela signifiait, nous n'avions emporté que trois cassettes et un accident de rembobinage avait rendu l'une d'elles inutilisable, si bien qu'il ne nous restait plus que Bartok, l'option Bartok, ainsi qu'il plaisait à Sylvain de le dire, je choisis l'option Bartok. Tandis que je pensai en accompagnement de la montée d'une certaine angoisse, je subis, quant à moi, l'option Bartok et cette situation est aussi insupportable qu'injuste, d'autant plus insupportable que son amour pour Bartok ne donnait aucun signe de faiblesse, tout au contraire, l'écoute de ses quatuors, par exemple, semblait désespérément consolider cet amour et me laisser de plus en plus seule dans la gangue de ces sons inhumains, destructeurs. Il m'est arrivé bien plus tard de me dire que Bartok n'était pas étranger à tout ce qui est advenu par la suite, qu'il avait joué son rôle, insidieux, sournois, mais je n'ai naturellement pas été capable d'évoquer cet élément devant mes interlocuteurs successifs. Car j'ai tout de même un tout petit peu le sens du ridicule.


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