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Auteur : Alan Warner
Traducteur : Brice Matthieussent
Date de saisie : 09/10/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 28.00 € / 183.67 F
ISBN : 978-2-267-01931-5
GENCOD : 9782267019315
Sorti le : 23/08/2007
Cet été, j'ai découvert un roman qui m'a enchantée : Le dernier paradis de Manolo de Alan Warner. Il s'agit d'une sorte d'itinéraire d'enfant gâté, un homme de quarante ans qui, par la force des choses, est obligé de se re-dérouler sa vie. Il n'est pas très sympathique ; il est égoïste, hypocondriaque, très content de lui, vaniteux, ne s'intéresse à personne, et en déroulant sa vie, en s'interrogeant sur lui-même, il va finalement changer, une sorte de rédemption, il va s'ouvrir aux autres et devenir généreux et finalement sympathique. Effectivement, on a, à la fin, du regret de quitter cet homme-là. Tout cela est dit sur un ton très drôle. Il a beaucoup d'autodérision, il a du recul. Et j'ai surtout adoré découvrir cette ambiance de l'Espagne des années soixante-dix où on sent bien que les petites stations balnéaires sont en train d'exploser. L'urbanisme transforme tout, chasse les paysans, transforme les villes, et pour qui a passé quelques vacances l'été en Espagne, on sent bien cette ambiance-là. L'auteur donne un très bon rythme à son histoire. Finalement, la transformation de l'Espagne dans les années soixante à soixante-dix est fortement liée à la transformation de ce personnage aussi. Petit à petit, il se transforme, comme l'Espagne s'est transformée d'ailleurs. Mais il devient sympa et comme un espèce de copain d'école qui se remémore ses bons souvenirs. Cela donne lieu à des scènes très drôles et à beaucoup de légèreté à ce roman qui, finalement, est assez grave. C'est séduisant, et c'est un livre qui finalement reste. Je l'ai ressorti hier soir pour en discuter, et j'ai regardé cette couverture avec un grand sourire en disant : «Ça, c'est une bonne chose.»
Laurence Martin - 04/10/2007
Manolo Follana, séducteur espagnol de quarante ans, s'est aménagé une existence confortable dans sa ville natale.
Quand son médecin lui annonce qu'il est atteint d'une grave maladie, le temps s'accélère et le sursis l'incite à se pencher sur ses souvenirs. Au milieu de sa solitude mélancolique débarque Ahmed, un immigré clandestin qu'il invite à habiter chez lui et qui l'aidera à enfin s'ouvrir au monde. Ceci jusqu'au cruel coup de théâtre final où Manolo le vaniteux subira une prodigieuse métamorphose. Cette " chronique d'une mort annoncée " mêle avec un rare brio l'émotion, l'humour, le travail méticuleux d'une mémoire implacable, des anecdotes hilarantes et des évocations mélancoliques, le comique de la gaucherie adolescente et des prétentions provinciales, la profondeur humaine et la compassion.
Alan Warner est l'un des plus grands romanciers anglais actuels et ce livre est sa plus belle réussite.
On a connu Warner démentiel, polyphonique, brassant avec frénésie des univers enragés et bariolés. Autour de Manolo, rien de tout cela. Il est cantonné à la petite ville dont il collectionne les guides et enregistre les mutations architecturales. Même lorsque le sang coule, la narration reste sage, posée. C'est certainement le fait d'un romancier arrivé à maturité, qui se déploie, qui se rend compte que rien ne lui résiste.
La maladie
Ce fichu temps était bizarre, lui aussi. Le soleil, qui ne chauffait pas, diffusait seulement une éblouissante lumière argentée. Nous avions pris rendez-vous au Cena's. J'étais assis à ma table préférée de la terrasse, devant un verre d'eau gazeuse. J'avais envie d'un café, mais selon les nouvelles que devait m'apporter le docteur Tenis peut-être n'avais-je plus droit au café. C'était sans doute le coeur. J'essayais depuis des années de me mettre au décaféiné. J'essayais aussi de remplacer l'eau gazeuse par de l'eau plate depuis environ... vingt ans. Je crois que l'eau gazeuse perturbe ma digestion.
Tenis, mon médecin, qui est aussi un vieil ami, marchait d'un pas vif dans son costume clair, les mains au fond des poches de son pantalon, la tête baissée comme s'il était constamment plongé dans ses pensées. Quand il leva les yeux, il parut surpris de me voir là, comme si notre rencontre était due au hasard. Il se comportait toujours ainsi. Même gamin, il était déjà ainsi. Je me suis dit tout à coup qu'il semblait vieux : et moi, quel effet lui faisais-je donc ?
«On marche ?»
J'ai adressé un signe de tête au maître d'hôtel, et des signes de la main censés signifier que je paierais plus tard. Le maître d'hôtel a tranquillement acquiescé.
«Drôle de temps, fit Tenis.
- Oui, bizarre. Ce soleil ne dispense aucune chaleur», marmonnai-je avant de me racler la gorge.
Tenis choisit de marcher le long de la plage, près des balustrades (peintes en argent et jaune à cette époque), au-delà de la fontaine et de l'hôtel Impérial, dont mes parents furent jadis propriétaires.
Tenis s'arrêta pour que nous puissions tous deux lever les yeux vers la nouvelle et ridicule sculpture cinétique, un machin abstrait couvert de similirouille, financé par l'hôtel de ville. Elle avait provoqué un tollé dans le minable journal local. Cette sculpture arborait autrefois des carillons à vent que la brise marine agitait. Le bruit nocturne était si fort que les résidents des appartements situés de l'autre côté de la route nationale, munis d'une échelle et d'une scie à métaux, ôtèrent les carillons et les cachèrent afin de pouvoir dormir en paix. Nous nous arrêtâmes brièvement pour regarder la lugubre charpente allégée de cette sculpture.
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