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Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.

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Artefact : machines à écrire 1.0

Couverture du livre Artefact : machines à écrire 1.0

Auteur : Maurice G. Dantec

Date de saisie : 26/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Romans français

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-226-17975-3

GENCOD : 9782226179753

Sorti le : 22/08/2007

  • Lettre à mon libraire : 17/09/2008
  • ... Comme vous le savez tous et toutes, nous sommes en pleine rentrée littéraire. Donc un écrivain, j'allais dire, est un peu dans l'obligation de faire son service après-vente comme je dis. Et parmi les univers qu'il est, dans ce cas précis, obligé de côtoyer - obligé, oui, obligé de côtoyer -, bon, il y a les médias, évidemment : télé, radio, presse ; et puis, il y a quand même, j'allais dire, l'infanterie d'une certaine manière des livres, que sont les libraires. Je ne sais pas quels sont les rapports qu'entretiennent les autres auteurs avec les libraires. Moi, j'ai un rapport, j'allais dire assez schizoïde, pour changer, à savoir que, de toute façon, je ne peux pas entrer dans une librairie sans ressortir avec moins un bouquin. C'est de l'ordre même peut-être de la maladie, si vous voulez. Là, par exemple, je peux vous en parler très précisément. Je sors de La Procure, rue Saint-Sulpice, dans le coin là, à Paris. Je m'étais dit : «je vais aller un petit coup d'oeil», comme je fais tout le temps. Et évidemment, je suis ressorti avec une dizaine de livres de Patrice Stick, Maxime le Confesseur, Nicolas de Cues, etc. Et alors, effectivement, on peut se poser la question : est-ce que la librairie, en y incorporant - c'est le cas de le dire - les humains qui y travaillent, est un espace disons réservé aux grandes opérations marketing, à ce qu'on appelle les grands auteurs, ou est-ce que c'est une sorte de vaisseau spatial qui traverserait le temps et l'espace et nous permettrait à chacun, et selon nos désirs et nos besoins, d'établir des connexions parfois pas évidentes, qui peuvent être secrètes d'une certaine manière, ou qu'on n'a pas encore saisies avant justement de tomber sur deux livres placés côte à côte ou placés pas loin l'un de l'autre et qui soudainement, se mettent à raisonner entre eux. Moi, je pense a priori qu'une librairie, en fait, c'est un peu les deux, comme le monde d'aujourd'hui. Tout ça est extrêmement dédoublé, c'est-à-dire qu'effectivement, il faut bien l'admettre, le métier de libraire aujourd'hui est, je pense, un métier marchand, il faut vendre des livres. On sait quels sont les livres qui se vendent, on sait à peu près à quelle époque ils se vendent, dans quelles conditions il se vendent, et ils se vantent même parfois... Et puis, vous avez, j'allais dire, la Sainte-Barbe, là où s'accumule la poudre. Et c'est généralement là que vous allez tomber sur un auteur que vous ne connaissiez pas, ou sur un genre de livre que vous n'aviez pas encore approché, ou une collection qui, pour une raison ou pour une autre, vous semblait rébarbative ; puis, un événement quelconque qui s'est produit dans votre vie avant, ou qui peut même se produire sur l'instant dans la librairie, va vous faire vous approcher de ça. Là, si vous voulez, c'est comme pour tout le reste, c'est-à-dire que c'est un moment qui échappe au processus marchand, qui est nécessaire à la survie de l'entreprise, chose que je comprends totalement, il faut bien vendre quelques Paulo Coelho pour, j'imagine, arriver à faire des bilans positifs. Et puis, malgré tout, je pense, parfois, un humain, un lecteur, quelqu'un, va s'aventurer, comme on dit chez nous, hors de la traque, hors de la piste, et va tomber sur quelque chose qui va lui révéler la littérature telle qu'il ne l'avait jamais encore connue. Et pour moi, la librairie, c'est ça. Encore une fois, je remercie tous les auditeurs d'avoir bien voulu prêter l'oreille à mes divagations. Ensuite, je dirai qu'en cette journée anniversaire de la date qui, je pense, ouvre le XXIe siècle, il ne s'agit pas d'aller dans le commémoratif ; il s'agit plutôt de faire un effort pour affronter le réel. Il est temps d'arrêter de dédaigner le réel. Parce que bizarrement il y a quelque chose dans la littérature qui a été faussé, je pense en particulier ces dernières années : c'est qu'on pense que la littérature dite réaliste est celle qui nous donne le mieux à voir et à comprendre le réel. Or, le réel est un mystère, par définition. Donc, si le réel est un mystère, il n'y a que la littérature d'imagination poussée à ses limites qui est capable d'en rendre compte. Et c'est ça que j'aimerais éventuellement que les auditeurs de votre émission pensent aujourd'hui, c'est-à-dire que les gens qui sont susceptibles de rendre compte d'un événement, c'est-à-dire d'une brisure ultime à l'intérieur du monde, que cet événement s'appelle «11 septembre 2001», ou qu'il s'appelle Auschwitz, ou qu'il s'appelle Hiroshima, doivent comprendre que le réel s'impose comme ça, comme un mystère qui fait craquer le monde ; parce que Hiroshima est un mystère, parce que Auschwitz est un mystère, et même les attentats du 11 septembre sont un mystère, non pas dans le sens d'un complot, d'une théorie de la conspiration à deux euros cinquante, mais dans le sens où le réel avance toujours masqué par ce qu'on appelle la réalité, ce qu'on en voit. Mais pour pénétrer le réel, il faut que votre cerveau soit libre de toute attache, qu'il soit capable de rentrer dans les tours et de les affronter par exemple. En disant ça, je me rends compte que je déblaie peut-être d'un geste sans doute péremptoire toutes ces, j'allais dire, polémiques bidons qui ont l'air de courir dans Paris au sujet de quelques livres, concernant la légitimité de l'auteur d'écrire des livres sur des sujets qu'il n'aurait pas vécus. Je pense, en particulier, à des morts d'enfants, à des choses comme ça. Précisément, le seul moyen de parler peut-être de la mort d'un enfant, c'est précisément de passer par l'imagination. Il n'y a que l'imagination qui peut vous faire pénétrer dans le domaine de l'horreur, comme dans le domaine de la rédemption ou de l'espérance.


    Maurice G.Dantec - 13/09/2007


    • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

    «Deux tours américaines fracassées par le ciel.
    Une mystérieuse valise violette dans les mains d'un homme libre.
    Un tueur impitoyable prétendant être le frère du Diable diffuse en direct ses propres crimes sous les yeux du monde entier.»


    • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

    La Tour

    C'est ce matin-là que je suis né. Ce matin-là, à 8 h 46 et 40 secondes très exactement. C'est aussi l'instant où je suis mort.
    Il faut reconnaître que c'était une matinée magnifique, la matinée faite sur mesure pour cette parturition qui suivrait l'arrêt de mes fonctions vitales. Car j'allais naître, et pour cela je devais mourir. Voilà pourquoi je m'étais rendu ici, dans cet endroit unique au monde : pour devenir une dernière fois ce que j'étais.
    J'allais devenir humain, le temps de m'effacer de l'existence humaine. J'allais naître, j'allais naître pour mourir enfin et quitter le monde des hommes. J'allais venir au monde pour mieux pouvoir en partir.
    Ce n'était pas une raison franchement pire qu'une autre.
    Le processus était pour moi devenu une simple habitude. Pour renaître, je devais mourir. Pour pouvoir mourir, je devais renaître. C'est de ce paradoxe que je suis fait, il est ma nature, il est ma conscience, il est ma vie. Il est ce qui se tient au-delà même de ma vie. Il est vrai que je suis un peu plus qu'un être humain, je viens de bien plus loin, mes destinations comme mes origines ne vous sont pas connues.
    J'avais tout préparé avec une très grande précision depuis le jour où j'avais appris que les Temps s'en venaient, j'avais tout prévu, tout planifié, de mon premier acte postnatal au dernier geste ante mortem. J'avais tout prévu, tout planifié, car je savais tout. Tout ce qui allait se produire, ici, sur le lieu de ma naissance. Sur le lieu où ma mort prendrait son sens, au-delà d'elle-même.
    J'avais tout prévu, tout planifié. Car il était temps de partir, le message avait été clair. Et on obéit forcément aux messages, ils sont là pour ça. Pour qu'on leur obéisse. C'est leur rôle, dans notre corporation. Il fallait donc que je parte. Que je quitte le monde humain. Mission accomplie, observation de l'expérience terminée. Quelques années de répit avant le grand départ, au maximum, de quoi mettre ses affaires en ordre, achever l'opération en cours, effacer toute trace de son passage en ce monde, puis préparer le processus. Car pour nous, qui vivons ici sans y être nés, nos morts et nos vies se succèdent sans trêve, grâce à des technologies dont vous ne pourriez pas même comprendre le début d'un concept de base. Notre «stock» de morts et de renaissances est généralement fixé à l'avance, pour les besoins de la Mission, mais il peut être sujet à des variations. Au dernier tour, notre naissance en tant qu'êtres humains est le prodrome de notre ultime déshumanisation, et notre mort sera le retour vers notre existence initiale. C'est ainsi que nous sommes faits. C'est pourquoi nous vivons parmi vous depuis des millénaires sans que vous puissiez vous douter de quoi que ce soit.


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