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Auteur : Richard Morgiève
Date de saisie : 23/08/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Roman français
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-207-25948-1
GENCOD : 9782207259481
Sorti le : 23/08/2007
Fin de printemps 40 en France.
Sur une des routes de l'exode se traînent à pied un proxénète, Saint-Jean, et trois putes, dont l'une, aveugle, allaite un nourrisson. Mais le bébé meurt et Saint-Jean le remplace par un autre trouvé dans une valise abandonnée. C'est le début d'une folle histoire d'amour entre lui et l'enfant... La petite troupe trouve bientôt son paradis en pleine déroute dans un lieu magique fait de marais et de légendes au bord d'un fleuve.
Là, à la Riviera, énorme baraque rouge et biscornue que Saint-Jean transforme en boxon, le petit Pierre grandit avec comme soleils l'ombre noire du mac, la lanterne rouge du bordel et les yeux sans amour de sa mère aveugle... Mêlant le merveilleux d'un conte au réel de la guerre, Richard Morgiève met en scène une faune joyeuse de Français du cru et interprète avec une sauvagerie visionnaire les dessous d'une défaite historique subtilement éludée par notre mémoire nationale.
Orphelin au CV de romancier américain, Richard Morgiève est l'auteur de nombreux livres dont Un petit homme de dos, Sex vox dominam, Mon petit garçon, Vertig (prix Wepler-Fondation La Poste). Miracles et légendes de mon pays en guerre est son vingt-cinquième texte.
Chacun peut reconnaître les siens. Mais qui saura raconter l'histoire ? Le dernier roman de Richard Morgiève enroule une drôle de fable de la défaite et du chaos. Une grande vadrouille folle et cynique dans les années d'Occupation. L'époque, avec son lot connu de peurs, de lâchetés, de compromissions (d'accès d'héroïsme aussi), se disloque, se réordonne et s'éparpille à nouveau dans un délirant kaléidoscope...
Mais si l'écrivain continue d'appuyer résolument là où ça lui fait mal, il laisse ici emporter son angoisse d'orphelin dans un inouï foisonnement littéraire et glisse dans ses pages une foule de rebondissements, de pauses, d'attitudes. Règle numéro un : quand le réel est difficile, il vaut mieux en changer. Mais il ne s'agit pas de traverser le miroir pour aborder le monde à l'envers. C'est plutôt s'attacher aux reflets qui déforment, aux tains irréguliers...
Richard Morgiève nous embarque dans un conte grotesquement étrange, violent et merveilleux.. Y défilent des tas de gens aux noms bizarres et aux âmes agitées. Bons et méchants, menteurs et minables. Clochefiel, Pickpock, Nokopeck, von Benz, von Maso. Acteurs d'un petit théâtre de province où se joue aussi le sort du monde. Spectacle permanent. Pas de quoi rigoler.
Fortuna a baissé les yeux comme si elle voyait l'ombre de Mars planer immobile au-dessus de la plaine. Elle avait mal aux seins, elle a voulu se débarrasser du lait mais le petit frère refusait de téter.
Il veut pas elle dit à Roseline qui lui tient le bras.
Roseline prend le petit frère. Elle tressaille le serre, l'embrasse, chiale.
Qu'est-ce qu'il y a dit Fortuna.
Josette à son tour berce le bébé l'embrasse le respire, sanglote.
Qu'est-ce qu'il y a répète Fortuna.
Il est mort murmure Roseline le petit ange a rejoint le ciel.
Elle pense que le petit frère ne voulait plus voir le monde elle s'en veut, elle aurait dû être la mère du petit frère, elle aurait dû le prendre l'adopter, lui dire qu'elle l'aimait que la vie vaut le coup. Le petit frère est mort il a même pas fait d'effort, il a fermé les yeux, s'est laissé aller et personne n'a entendu sa voix dire adieu, personne ne pouvait l'entendre, lui-même s'en foutait.
Qu'est-ce que je vais faire de mon lait demande Fortuna désemparée.
Roseline la gifle. Saint-Jean prend le petit frère. Il marche avec lui dans ses bras il lui dit :
T'en fais pas t'en fais pas petit. N'aie pas peur va. Je suis là.
Grand noir dans la nuit profonde, voûté sur le petit frère il quitte le chemin, avance dans les blés qu'il couche, se dit qu'il a pas beaucoup parlé avec le gosse mais qu'en six mois on a pas le temps de se dire beaucoup de choses. Dans la nuit sous les nageoires du ciel, vu par les étoiles et le mystère fondateur innommable Saint-Jean parle au petit frère :
Tu sais la vie c'est pas si terrible que ça. Regarde-moi, me tailler du faubourg parce que j'ai peut-être des couilles en or mais les vraies elles sont où ? Tu vois ma vie de pauvre mac, faire bosser des femmes parce que je suis incapable de rien branler. La guerre la faim la soif la pauvreté vois ce que tu évites. La joie ? Tu les entends rire, mais c'est pour la galerie en vérité ils grincent des dents.
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