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Auteur : Yasmine Ghata
Date de saisie : 23/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-213-63250-6
GENCOD : 9782213632506
Sorti le : 16/08/2007
Après la belle évocation de l'art de l'écriture qu'était son premier roman ("La Nuit des calligraphes"), Yasmine Ghata nous entraîne dans ce nouveau conte oriental sur les chemins de la musique soufie.
Lorsque Hossein hérite du târ (sorte de luth) de son père Barbe Blanche, il ne sait pas qu'il reçoit en même temps de terribles secrets qui le mèneront des geôles d'Ardabil, la ville où vit le fils de Moshen, le condisciple et rival de son père, aux portes de la sainteté.
S'il y a, comme dans les Mille et une nuits, une leçon de sagesse, ou d'humanité, à tirer de cette fable, sûrement est-ce celle que Moshen assène à Barbe Blanche : "La musique ne provoque pas dans le coeur ce qui n'y est pas". Et si cette leçon vaut aussi pour la littérature, alors n'en doutons pas, le coeur de Yasmine Ghata est grand et généreux.
Yasmine Ghata est née en France en 1975. Elle a étudié l'Histoire de l'Art à la Sorbonne et à l'Ecole du Louvre. Spécialisée dans les arts de l'Islam, elle a travaillé dans le milieu de l'expertise des objets d'art. Elle a connu un grand succès avec La nuit des calligraphes (Fayard, 2004), premier roman traduit en treize langues et couronné par le Prix de la découverte Prince Pierre de Monaco, le Prix Cavour (Italie), et le Prix Kadmos (Liban).
A la mort de Barbe Blanche, son fils Hossein hérite du târ qu'on se transmet dans sa famille de génération en génération. Mais l'instrument lui résiste, refusant de libérer les accords mystiques qui font la gloire des musiciens d'Iran. Sous ses doigts, il ne semble plus qu'un morceau de bois sans sève. Avec son jeune frère Nur, Hossein décide alors de se rendre à la ville d'Ardabil, où le meilleur luthier de la région pourra changer les cordes du târ et, peut-être, le faire revenir à la vie.
Ils trouvent une cité terne et grise. On y porte le deuil de Mohsen, joueur de târ lui aussi, aveugle et saint, dont les notes magiques faisaient couler les ruisseaux, fleurir les arbres, guérir les malades, et qu'on a retrouvé assassiné. Inconsolable et hostile, la population fait prisonniers les deux jeunes garçons. Mais quel crime ont-ils donc commis ? Ils ignorent que Barbe Blanche, musicien laborieux, était jaloux du génie divin de Mohsen. Ils ignorent que leur mère a connu les deux hommes, à l'époque où ils étaient condisciples. Ils ignorent que le târ reçu en héritage est souillé du sang d'un meurtre.
Nur est contraint aux travaux forcés pour le compte de la ville. Hossein, lui, perd peu à peu la vue dans sa cellule insalubre. Châtiment divin ou rédemption ? Car être musicien et aveugle à Ardabil est de bon augure depuis Mohsen. Oubliant leur haine et leur colère, les habitants délivrent le jeune homme et lui confient le târ du maître disparu. Ils aimeraient tant trouver en lui le fils spirituel de Mohsen, sans savoir que c'est peut-être son fils tout court...
Des mots subtils, savamment choisis ; une douceur dans le phrasé en même temps qu'une violence contenue entre les lignes, Yasmine Ghata, trente-deux ans, a composé un roman talentueux par la seule force du parfum qu'il dégage. Déjà son premier livre, La Nuit du calligraphe, était très prometteur...
Il n'y a pas que la forme qui séduit dans ce récit, Yasmine Ghata a également puisé dans la littérature orientale l'art de l'allégorie : le târ est un personnage central, vivant, qui enferme ses secrets ; les frères veulent le maîtriser quitte à détruire cet instrument qui était «une arme» dans les mains du défunt durant un demi-siècle. En fait, il représente la figure paternelle, le plus souvent nommé «Barbe blanche» - un ogre ou un despote ? L'allusion est claire, elle apparaît plus nettement encore vers la fin, avec le voeu du fils cadet d'«effacer la tyrannie du père». La musique n'adoucit pas les moeurs.
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