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Auteur : Philippe Vasset
Date de saisie : 06/12/2007
Genre : Essais littéraires
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-213-63411-1
GENCOD : 9782213634111
Sorti le : 16/08/2007
Jean-Marie Sevestre - 02/10/07
Pendant un an, à raison d'une expédition par semaine, Philippe Vasset est allé voir ce qui se cache dans les zones laissées en blanc, vierges de toute indication, qui émaillent la carte IGN de l'Ile-de-France. Quel est ce réel que les cartographes n'ont pas su ou pas voulu représenter ? Quelles histoires recèle-t-il ? En quête de mystérieux, le romancier est devenu aventurier du dimanche, mais le résultat de ces expéditions, souvent drôles et toujours insolites, a de quoi désorienter. Car à défaut de zones militaires tenues secrètes ou de trésors cachés, ce sont des bidonvilles qu'il a découverts, des friches accueillant abris et jardins de fortune, des zones mouvantes provisoirement laissées à l'écart des projets d'aménagement et aussitôt occupées par des marginaux... A travers ce récit d'aventures hors normes, cette «tentative d'épuisement» des zones blanches, Philippe Vasset propose un voyage inattendu, fascinant et pérecquien dans l'envers des villes et aux limites de la littérature.
Nulle autorité dans ce geste d'écriture, pas plus qu'un point de vue surplombant qui entendrait révéler une vision du monde. Au contraire. Vasset met à l'épreuve idées et perceptions, évoque un point de vue flottant. Il invite à une conversion du regard : "lentement, Paris se retournait comme un gant." Le livre en train de s'écrire comprend, en même temps que l'envers du décor, ses propres limites, donc un livre impossible à écrire. La déception donne d'ailleurs un relief, une force paradoxale à l'aventure.
Dès lors, au-delà du décor postindustriel, on va suivre l'auteur-narrateur dans le côtoiement pas toujours facile avec une humanité qui se cache, que l'on cache. Le style de Philippe Vasset, c'est une sorte de dépouillement lyrique, qui épouse au plus près l'authenticité de sa démarche. Une littérature fractale, car dans chaque élément révélé de cette analyse microscopique, on trouve une métaphore de la planète...
Pour moi, c'est la révélation de la rentrée.
Est-il fou ou génial, ce jeune auteur, avec son air de doux Jésus et son allure d'adolescent habillé à La Redoute ? Au moment où tout le monde cherche à se mettre au vert, Philippe Vasset, lui, s'enfonce dans la ville, passe ses week-ends à explorer des zones désaffectées, à draguer les parties honteuses d'un corps urbain qui le fascine depuis l'enfance. À quinze ans déjà, il traînait à vélo dans la forêt d'Orléans où il a grandi, à la recherche de gares de campagne désaffectées, de voies abandonnées, de sous-stations électriques ensevelies sous les ronces. Comme si ces lieux en déshérence cachaient un secret...
Mais l'enjeu de ces escapades, semblables à ce rêve qu'on a fait jadis d'aller jusqu'aux confins de la Terre, est surtout esthétique et peut-être même métaphysique : «Au cours de cette quête, j'espérais, comme les héros de mes livres d'enfant, mettre au jour le double fond qui manquait à mon monde», écrit-il en préambule d'Un livre blanc...
Son livre, illustré de 17 cartes, essaye de «manifester l'étendue». Au fond, Vasset a un côté savant fou. Il fait de la littérature comme d'autres de l'alchimie. Mais il a la politesse de ne pas se prendre au sérieux et saupoudre d'humour son texte de laboratoire.
Dépliées, les cartes révèlent des paysages idéaux, aux contours nets, vus, comme dans les rêves, de haut. Représentations souvent irréconciliables avec ce que ces plans sont censés désigner : égaré en rase campagne, on regarde dans toutes les directions, mais rien ne paraît s'accorder avec les formes claires et les couleurs franches de l'image étalée sur nos genoux.
J'ai commencé à m'intéresser aux cartes quand j'ai compris qu'elles n'entretenaient que des rapports très lointains avec le réel. Séchés, découpés, compressés, coloriés, annotés, les lieux y sont comme des ailes de papillons dans un album : des trophées à manipuler avec précaution. Les routes font des lacets harmonieux, les cultures des motifs réguliers, et l'altitude ou la profondeur s'énoncent en longues lignes sinueuses et parallèles qui grisent les flancs des montagnes les plus escarpées. Plutôt que de surcharger le dessin et d'en rompre les proportions avec des symboles compliqués, les cartographes laissent parfois certaines zones vierges. C'est particulièrement frappant sur les cartes de villes : l'espace y apparaît irrégulièrement perforé de trous bien nets, comme une boîte de chocolats vidée de ses meilleures pièces.
Qu'y a-t-il dans ces lieux théoriquement vides ? Quels phénomènes ont été jugés trop vagues ou trop complexes pour être représentés sur une carte ? Pourquoi ces occultations suspectes ? Autant de questions nécessitant un examen approfondi. Pendant un an, j'ai donc entrepris d'explorer la cinquantaine de zones blanches figurant sur la carte n° 2314 OT de l'Institut géographique national, qui couvre Paris et sa banlieue. Au cours de cette quête, j'espérais, comme les héros de mes livres d'enfant, mettre au jour le double fond qui manquait à mon monde.
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