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.. La stratégie des antilopes

Couverture du livre La stratégie des antilopes

Auteur : Jean Hatzfeld

Date de saisie : 23/08/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Fiction et Cie

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-02-096229-2

GENCOD : 9782020962292

Sorti le : 23/08/2007

Après ces deux premiers livres, rassemblant dans ‘Le nu de la vie' les témoignages des rescapés du génocide au Rwanda, puis ayant écouté en prison les massacreurs, les bourreaux dans ‘Une saison de machettes' voici que Jean HATZFELD revient 7 ans après dans le pays des mille collines. Les tueurs ont été relâchés au nom de la réconciliation nationale et cohabitent avec leurs victimes.

Ce troisième livre est aussi bouleversant que les deux premiers.

Comment supporter la cohabitation, les regards, la peur... ?
HATZFELD s'enfonce de plus en plus dans l'humanité, dans les réflexions philosophique de ses témoins.
A lire, bien sur... avec les deux premiers livres pour ne rien ignorer...


  • Les présentations des éditeurs : 05/09/2007

Un matin brûlant de mai 2003, une file de prisonniers franchit les portes du pénitencier de Rilima, en chantant des alléluias.
Ces anciens tueurs rwandais viennent d'être libérés, à la surprise de tous, notamment des rescapés qui les regardent s'installer à nouveau sur leurs parcelles, à Nyamata et sur les collines de Kibungo ou Kanzenze. Que peuvent désormais se dire Pio et Eugénie, le chasseur et le gibier à l'époque des tueries dans la forêt de Kayumba, lorsqu'ils se croisent sur le chemin ? Comment Berthe et le vieil Ignace peuvent-ils se parler au marché puisque toute vérité est trop risquante ? Quels sont les maléfices qui les frappent ? De quelle façon partager Dieu, la Primus, la justice, l'équipe de foot ? Et revivre avec la mort et les morts ? Que ramène-t-on de là-bas ? " Moi aussi je me sens menacée de marcher derrière la destinée qui m'était proposée...
De quoi ? Je ne sais le dire. Une personne, si son esprit a acquiescé à sa fin, si elle s'est vue ne plus survivre à une étape, si elle s'est regardée vide en son for intérieur, elle ne l'oublie pas. Au fond, si son âme l'a abandonnée un petit moment, c'est très délicat pour elle de retrouver une existence. "



  • La revue de presse Bruno Frappat - La Croix du 15 novembre 2007

Livre après livre, Jean Hatzfeld, qui fut grand reporter à Libération, mais qui est aussi romancier, nous guide sur les traces laissées par cette horreur et cette inhumanité...
Troisième pierre à cet édifice de mémoire et d'écriture, La Stratégie des antilopes entremêle des témoignages de victimes et de tueurs douze ans après le génocide. Une nouvelle occasion d'être saisi par le vertige que ces lectures inspirent, vertige qui, probablement, saisit Hatzfeld lui-même, tant on ne peut se détacher de fouiller dans les décombres du passé, dans la destruction des âmes, dans ce que l'on n'ose appeler la pureté satanique de la malfaisance, le secret de ce qui pourrait éviter à l'homme de refaire ce qui fut fait...
Une question lancinante hante ces pages qui inspirent au lecteur une sorte de terreur sacrée : et pourquoi tout cela ne recommencerait-il pas ? Tout est en place. Les deux ethnies voisinent, chacune avec sa spécialité économique (Hutus agriculteurs, Tutsis éleveurs). La «gourmandise», l'envie, la jalousie semblent encore tapies dans les coeurs...
En attendant, la vie a repris, le travail a repris, on échange des paroles convenues, on se croise sans trop se toiser. Hatzfeld nous montre avec délicatesse une humanité au bord d'elle-même, ne tenant que par l'équilibre instable du remords silencieux et de la rancune qui se tait.


  • La revue de presse Vincent Hugeux - L'Express du 25 octobre 2007

Mû par la certitude qu'il n'est pas de péril plus funeste que la destruction de la mémoire, l'auteur a le talent, si rare, de libérer la parole d'êtres fracassés. Une maïeutique de l'indicible pour un verbe d'outre-tombe, surgi d'un au-delà sans Dieu. Verbe refoulé, enfoui, empoisonné par la honte d'avoir tué ou celle, plus dévastatrice encore, d'être resté en vie. Et plombé par la détresse qui hante tant de Tutsi à la pudeur écorchée, hier ravalés au rang d'animal, de gibier traqué de marais en taillis...
A-t-on jamais vu fiction à ce point enracinée dans le réel, fût-il, au sens strict du terme, inconcevable ?


  • La revue de presse Etienne de Montety - Le Figaro du 20 septembre 2007

La stratégie des antilopes est le plus joli titre de la rentrée. Il fait hélas référence à la plus horrible des tragédies survenues ces quinze dernières années : le génocide au Rwanda...
Ce récit nous renseigne sur la nature humaine elle-même, ses accès de violences, ses paradoxes, ses infinies ressources aussi. Nos âmes occidentales ont une représentation du Mal liée à notre histoire récente. Ce qu'écrit Hatzfeld au sujet de l'Afrique nous oblige à une révolution intérieure. La convalescence du Rwanda telle qu'il la décrit ne ressemble à rien d'autre. Les confidences des uns et des autres (tous portant des patronymes étranges et poétiques) révèlent un pays plein de vitalité qui panse ses blessures, en porte de lourdes cicatrices, mais sans condamner son avenir.


  • La revue de presse Michel Schneider - Le Point du 13 septembre 2007

L'écrivain et journaliste Jean Hatzfeld conclut sa trilogie consacrée au génocide rwandais. Après la voix des victimes et celle des tueurs, le face-à-face entre les deux. Sombre et lumineux...
Hommes et femmes, tueurs et presque tués, Hatzfeld ne les fait pas parler. Il les laisse dire et ne questionne même pas. Il ne juge pas, il ne comprend pas. Il écrit. Il entend les cris comme dans une langue étrangère et les transcrit. Il fait entendre cette langue juste et vive, brutale et imagée. «A la maison, on dort plus vrai», dit un ancien tueur. «Ils ont coupé à s'en casser les bras», dit une survivante...
«L'horreur, l'horreur, l'horreur», écrit Joseph Conrad dans «Au coeur des ténèbres». Hatzfeld nous conduit parmi les ténèbres du coeur. Ce n'est pas l'Afrique qui est le continent noir, c'est l'homme. Une survivante met en garde : ne dites pas que ça ne reviendra pas. Ici ou ailleurs.


  • La revue de presse Franck Nouchi - Le Monde du 7 septembre 2007

Au fond, le plus important est d'affirmer ceci : il faut absolument lire La Stratégie des antilopes, le troisième livre que Jean Hatzfeld a consacré au génocide rwandais. Il y a dans les propos des rescapés et des tueurs qu'il a longuement interrogés quelque chose de l'ordre de la poésie et de la philosophie entremêlées jusqu'à l'essentiel, jusqu'au plus profond de l'humain...
Après les mots demeure une immense sensation de malaise née de la situation "dantesque", dit Jean Hatzfeld, qui prévaut aujourd'hui au Rwanda. Sur quoi va déboucher cette politique de réconciliation forcée ?


  • La revue de presse Thomas Hofnung - Libération du 6 septembre 2007

Mais peut-on jamais cesser d'interroger et de s'interroger sur le «crime des crimes» ? La réponse est toute entière contenue dans l'existence de ce troisième volet d'une trilogie à la fois rwandaise et universelle par les thèmes qu'elle aborde : la barbarie, l'indicible, la réconciliation et le pardon impossibles, et la vie qui malgré tout s'enracine à nouveau. Si le génocide est un crime imprescriptible, comme le soulignait Vladimir Jankélévitch, son questionnement l'est tout autant...
A la fin, Hatzfeld résume en ces termes le projet sous-jacent à ce troisième livre : «Dire aux rescapés : Vous nous intéressez aussi lorsque vous continuez à vivre.» Un droit de suite que Jean Hatzfeld, journaliste écrivain comme il aime à se définir, exerce ici avec sensibilité et humilité.


  • La revue de presse Daniel Conrod - Télérama du 5 septembre 2007

En dire davantage ? Ceci par exemple : de mille façons, on le voit, on le lit, on l'entend, la littérature s'est prise à aimer les puissants, les riches, les vainqueurs, les habiles, comme si elle n'avait pas d'autre objet que de leur tenir le miroir ou la main. Sans l'avoir probablement décidé, Jean Hatzfeld, lui, s'en tient à la racine des êtres et des choses, rappelant ainsi à l'écrivain autant qu'au lecteur leur tâche commune : comprendre sans mentir, c'est-à-dire travailler à leur liberté du mieux qu'ils le peuvent.


  • Les courts extraits de livres : 01/02/2008

Encore des questions ?

«Quand Satan a proposé les sept péchés capitaux aux hommes, l'Africain a tiré la gourmandise et la colère. J'ignore s'il les a choisis au premier tour ou au dernier. Ni ce que les Blancs ou les Asiatiques ont attrapé pour eux, car je n'ai pas voyagé dans le monde. Mais je sais que ce choix nous sera toujours contrariant. La convoitise souffle sur l'Afrique plus de chamailles et de guerres que la sécheresse ou l'ignorance. Et dans le brouhaha, elle a réussi à souffler un génocide sur nos mille collines.»
Comme pour les alléger, Claudine Kayitesi interrompt ces paroles sur un lent sourire, et ajoute : «Je suis contente d'être africaine, car sinon je ne pourrais être contente de rien. Mais fière en tout cas pas. Peut-on être fière si on se trouve gênée ? Je suis simplement fière d'être tutsie, ça oui, absolument, parce que les Tutsis devaient disparaître de la terre et que je suis bien toujours là.»

Lors de ma dernière visite, deux ans plus tôt, Claudine occupait l'ancienne maison de sa cousine, en compagnie d'une marmaille des environs, en haut d'un chemin abrupt sur la colline de Rugarama. Une maison en pisé, déjà très lézardée et couverte de tôle rouillée, mais entourée d'un magnifique jardin odorant, soigné de ses propres mains. Derrière, une cahute abritait les marmites et l'enclos d'un veau.
Depuis, les paysans des champs limitrophes sont sortis du pénitencier, en particulier l'assassin de sa soeur, qu'elle appréhende de croiser à la nuit tombée. Elle a donc été soulagée de quitter les lieux et de suivre, sur une autre parcelle, son mari Jean-Damascène, ancien camarade d'école primaire, au lendemain d'un mémorable mariage qu'elle raconte ainsi : «Avec mon époux, on s'est reconnus il y a deux ans, on s'est d'abord échangé des paroles d'amitié, on s'est envisagés à la Nouvelle Année, on s'est accordés en juillet. Le mariage a été une fête grandiose, les choristes l'ont préludé en pagnes ornementaux, comme sur les photos; j'ai vêtu les trois robes traditionnelles, mon mari a caché ses mains dans les gants blancs, l'église a proposé son enclos et ses nappes, trois camionnettes transportaient la noce, des Fanta, du vin de sorgho et des casiers de Primus, évidemment. L'ambiance nous a pris quelque trois jours inimaginables. Grâce au mariage, le présent montre un gentil visage, mais le présent seulement. Parce que je vois bien que l'avenir est déjà mangé par ce que j'ai vécu.»

Aujourd'hui, Claudine habite un pavillon de construction récente, aligné parmi les dizaines de pavillons identiques d'un moudougoudou encastré sur un versant de rocailles et de broussailles, un peu au-dessus de la grande route de Nyamata, à quelques kilomètres de Kanzenze. À notre arrivée, elle pose une gerbe de fleurs en tissu sur la table basse pour rehausser les bouquets naturels, éloigne de la cour une meute de gamins curieux, tire les rideaux, s'assoit dans l'un des fauteuils en bois avec une mimique amusée.
«Encore des questions ? feint-elle de s'étonner. Toujours sur les tueries. Vous ne pouvez donc cesser. Pourquoi en ajouter de nouvelles ? Pourquoi à moi ? On peut se sentir embarrassée de répondre. On peut se trouver blâmable en première ligne d'un livre. Dans les marais, les Tutsis ont partagé la vie des cochons sangliers. Boire l'eau noirâtre des marigots, fouiller la nourriture à quatre pattes dans la nuit, faire ses besoins à la va-vite. Pis, ils vous l'ont dit, ils ont mené l'existence du gibier, ramper dans la vase, écouter les bruits, attendre la machette des chasseurs. Mais une chasse surnaturelle, parce que tout le gibier devait bien disparaître, sans même être mangé. En quelque sorte, ils ont vécu la lutte du Bien et du Mal, directement sous leurs yeux, sans fioritures, si je puis dire.


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