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Auteur : Maurice Audebert
Date de saisie : 11/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Domaine français
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7427-6943-8
GENCOD : 9782742769438
Sorti le : 17/08/2007
... Pour moi, les librairies n'existaient pas dans la mesure d'abord où dans le petit village où j'étais, il n'y en avait pas, dans la mesure ensuite où quand j'ai été à Perpignan, c'était la période assez agitée de l'avant-guerre, mes parents ne lisaient pas du tout, et je n'ai à proprement parler jamais mis les pieds dans une librairie avant l'âge en gros qui doit se situer du côté de dix-huit/vingt ans. Et encore, je vais revenir là-dessus. Le seul livre que j'ai eu à ma disposition pendant toutes ces années-là, c'est un seul livre qui sortait de je ne sais où : c'était une édition du Vicomte de Bragelonne d'Alexandre Dumas, je crois qu'il y avait une dizaine de volumes dont le dixième manquait, je ne sais pas pourquoi. Donc, jusqu'à l'âge de trente ans, j'ai attendu pour savoir comment se terminait Le Vicomte de Bragelonne. Ça, c'est mon rapport au livre en général. Mon rapport à la librairie, je suis entré, et alors là, c'est mon premier souvenir, tout à fait par hasard dans une librairie de Perpignan, parce que j'avais lu dans je ne sais plus quel journal un compte rendu des Mouches, la pièce de Sartre. Et donc ça a été la première fois que j'ai acheté un roman. J'ajoute que ultérieurement, j'en ai acheté d'autres bien sûr, quoique là aussi, c'est un peu plus compliqué. Mais je n'ai pas dans ma jeunesse acheté beaucoup de romans et fréquenté beaucoup de librairies pour une raison extrêmement simple : c'est que je n'avais pas d'argent pour pouvoir acheter tout ça. Alors dans la suite, j'ai fait mes études comme tout le monde. Au terme de mes études, je suis devenu professeur. Je suis agrégé de philo, ça a donc été la philosophie. Et au terme de mes études, j'ai donc été nommé d'abord à Vierzon où j'ai passé dix ans, et j'ai ensuite été nommé à Paris. C'est très très vague, mais j'ai l'impression de n'avoir jamais mis les pieds dans une librairie de Vierzon - il devait bien y en avoir une quand même, quoi que ce ne soit pas une ville très littéraire. Donc là, je n'ai pas de souvenir, d'autant que chaque fois que j'avais un peu de liberté, je venais à Paris. Donc c'est là que j'ai fréquenté, non pas les librairies, et toujours pour la même raison : j'étais jeune professeur, je n'avais pas beaucoup d'argent pour acheter des livres, et par conséquent, quand je venais à Paris, c'était pour acheter des livres d'occasion. Cette espèce d'avarice de jeunesse, je l'ai conservée tout le temps, c'est-à-dire que je n'allais pas dans une librairie pour acheter des livres neufs, mais pour acheter des livres d'occasion. Et en particulier, il y avait une librairie, je ne sais pas si vous la connaissiez, qui se situait rue Monsieur-Le-Prince, qui était tenue par quelqu'un qui était un homme absolument charmant. Il était écrivain, je crois aussi, et s'appelait Pierre Béarn, et chez Pierre Béarn, on trouvait tous les livres nouveaux à des prix d'occasion, et c'est donc là que j'ai fabriqué ma bibliothèque, à partir des bouquins d'occasion que je trouvais chez Pierre Béarn. Par la suite, j'ai conservé cette habitude. Aujourd'hui, je pourrais m'acheter des livres à des prix normaux, mais j'ai conservé cette habitude d'acheter des livres à des prix réduits, c'est-à-dire aujourd'hui, les prix réduits, ce sont les livres de poche. Et donc, je ne peux pas dire que j'ai eu avec un libraire ou des libraires vraiment des relations privilégiées. Mais je précise que je considère que le libraire, c'est quelqu'un d'extrêmement important, et qu'il est très dommage que aujourd'hui, les libraires tendent, je ne dis pas à disparaître, car j'ai l'impression qu'actuellement, il y a une sorte de renouveau. Mais ils jouent, pas pour moi, ils ne l'ont pas joué pour moi, mais je pense qu'ils jouent pour beaucoup de gens un rôle absolument déterminant. Alors au terme de ces quelques minutes - je ne sais pas exactement pour qui je parle, puisque je fais partie d'une génération où Internet n'existait pas-, donc à tous les inconnus qui écoutent Internet, j'adresse mon salut le plus amical.
LE POINT DE VUE DES EDITEURS
Hollywood, années 1930. Le cinéma balbutie ses premiers mots et ce début est aussi une fin. L'Europe de l'exil ne sait plus si elle doit regarder en arrière ou en avant. De cet étourdissant présent figé entre deux menaces - instant de grâce ou tournant fatal - émerge un visage sublime dont la lumière assombrit le monde autant qu'elle l'éclairé. Mais la vraie vie de Greta G. échappe à tous, comme à elle-même.
A ses côtés pendant dix années, le narrateur, linguiste viennois aux ambitions amputées par la Première Guerre mondiale, devenu photographe professionnel par inadvertance esthétique et spécialiste en clichés de fesses (très littéralement) par hasard philosophique, homme blessé, compagnon de solitude idéal, raconte et tente de saisir, à coups de flashes d'une mémoire élusive, la vérité de celle qui fut "la Divine".
Sans doute la séduction de ce texte tient-elle dans son impitoyable élégance. Car tandis que le Champagne coule à flots, c'est avec une noirceur et une drôlerie déchirantes que Maurice Audebert fixe le vertige des âmes penchées au-dessus de leurs propres gouffres.
Agrégé de philosophie, Maurice Audebert a enseigné toute sa vie. Membre du Studio-théâtre de Vitry aux côtés de Jacques Lassalle à ses débuts, il est aussi auteur d'une cinquantaine de pièces, acteur et metteur en scène. Tombeau de Greta G. est son deuxième roman après Heureux qui comme Ulysse..., paru chez Buchet-Chastel en 2004.
Le narrateur de Tombeau de Greta G. a investi la Villa, immense et baroque bâtisse plantée sur les hauteurs de Beverly Hills...
A la Villa, refuge pour animal traqué, le héros de Maurice Audebert a formé pendant dix ans un «couple improbable» avec Greta Garbo, ce mythe et ce mystère, cette «ombre lumineuse sur les écrans des salles sombres que venaient adorer les foules mystérieuses». Une actrice qu'il a rencontrée un jour de l'année 1919 à Uppsala, lorsqu'elle était encore juste une adolescente gauche, perdue ensuite puis retrouvée. Une femme surnommée le «sphinx suédois» qui savait n'être que de passage et disait d'ailleurs : «Je suis de nulle part»... Ce mince roman ciselé, où les figurants se nomment Ernst Lubitsch, Scott et Zelda Fitzgerald ou Anita Loos, parle superbement de l'exil et de la fuite, de la poursuite du bonheur. Des rêves pas toujours forcément compatibles avec l'implacable réalisme hollywoodien.
Je dis : "Tu aurais tort !"
Elle répondit : "Je rirai si je veux !"
- Je répète que si j'étais toi...
- Quelle vanité ! Et qui es-tu pour décider de ce que je dois faire ?
Elle savait pourtant bien que je ne "décidais" pas, mais il est parfois plus facile de ne pas savoir.
Un moment plus tard, la porte d'entrée claquait.
C'est ainsi qu'elle sortit apparemment de ma vie.
Un peu plus tard encore, je la regardai (ma joue contre le rideau de velours poussiéreux et fané) qui descendait le boulevard de sa démarche gauche de jeune garçon.
Elle ne revint jamais à la Villa. Je ne cherchai jamais à la revoir. Je l'évitai volontairement en deux occasions. Certains la poursuivirent, quelques-uns l'aperçurent, d'autres la montrèrent du doigt. On parla beaucoup d'elle, souvent, longtemps encore et n'importe qui.
Les enfants, les vieillards parfois, depuis le haut d'un pont, éveillent l'eau d'une pierre qu'ils jettent : c'est d'abord comme un bref tourbillon - et il échappe au regard du passant, toujours pressé ou, s'il l'aperçoit, il l'a vite oublié - mais la surface bientôt commence à se troubler d'une ride circulaire, et puis naît un autre cercle, un peu plus loin, un autre encore, et un autre, d'une circonférence à chaque fois plus ample, de sorte que, n'étaient les rives où la discrète vague vient se briser, ce serait peut-être, de cercle en cercle, l'univers tout entier que gagnerait, à la fin, ce petit ébranlement concentrique.
Ainsi en va-t-il de la mémoire qui...
Mais la pierre est déjà lancée.
LA VILLA
La Villa ne fut sans doute, au commencement, que le projet d'un architecte dément, mais qui dut rencontrer plus fou que lui puisqu'il finit par le réaliser. A moins que celui-là n'eût compris, comme certains de ceux qui inventèrent la ville, que l'on ne construit solidement que sur du rêve.
On connaît le nom de cet architecte, un certain William Sanders, parce qu'on (ou il) le grava, d'un trait grêle et tremblé, sur une pierre scellée au bas du mur, à gauche de la monumentale porte d'entrée de style victorien. C'est tout ce que l'on sait de lui, et qu'il disparut le jour même de la remise des clefs, cérémonie à laquelle il n'assista même pas. De là naquirent d'invérifiables rumeurs, les uns prétendant (avec quelque logique) que la réalité inoubliable de la construction manifestait suffisamment sa présence pour qu'il pût se dispenser de paraître, d'autres - mais peut-être faut-il déceler ici, et par un de ces effets de glissement que l'on rencontre en certaines occasions, une contamination du réel par l'imaginaire et la simple transposition d'un stéréotype de film d'épouvante - qu'il se serait emmuré, élevant lui-même pierre à pierre les parois de son tombeau, quelque part dans un recoin de l'immense bâtisse.
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