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.. Un portefeuille toulousain

Couverture du livre Un portefeuille toulousain

Auteur : Michel Zink

Date de saisie : 03/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-87706-633-4

GENCOD : 9782877066334

Sorti le : 03/09/2007

  • Les présentations des éditeurs : 12/09/2007

Automne 1956. Emilien Rébeyrol, professeur au lycée de Toulouse, surprend à son retour de vacances un cambrioleur qui fouille dans ses papiers. Ses travaux auraient-ils une telle importance ? Il n'en doute pas un instant. Sa voisine et propriétaire, Mlle de Cantelou, soupçonne, quant à elle, l'intrus d'être à la recherche d'un portefeuille compromettant, retrouvé dans un lieu qui ne l'est pas moins.
Mais compromettant pourquoi ? Compromettant pour qui ? Les souvenirs douloureux ou glorieux de l'Occupation et de la Libération sont encore proches. Où sont les héroïsmes cachés, où les gloires usurpées ? Les nouveaux troubles des temps agitent les esprits : la guerre d'Algérie, le soulèvement de Hongrie, les préparatifs de l'expédition de Suez. Au milieu des drames passés et présents, chacun mène sa petite vie dans les rues étroites et les vieilles maisons de Toulouse.


  • Les courts extraits de livres : 12/09/2007

Extrait du prologue :

L'effort pour retenir au moins un lambeau de son rêve achève de l'éveiller. Maladroit ! S'il ne s'était pas crispé pour s'accrocher au sommeil, s'il s'était laissé dériver les yeux clos, un détail, certainement, se serait attardé juste assez longtemps pour que sa conscience pût le saisir. Il lui livrerait tout le reste, qui maintenant lui échappe. Ce rêve, il pèse encore sur lui, il lui serre la gorge, il lui noue le ventre, et pourtant il l'a entièrement fui.
La nuit est très chaude et très calme. La haute fenêtre est ouverte, mais aucun bruit de la ville ne parvient jusque dans cette cour enserrée entre ses épais murs de brique, derrière son portail bien clos. À l'abri. Il a toujours été à l'abri. De tout cela, il parlait à son aise, à l'abri. Ses plaisanteries sur les juifs. Son approbation sentencieuse, pateline, des lois d'octobre 40 et de l'année suivante. Ses propos faussement modérés, ses arguments faussement nuancés. Ses indignations prudhommesques : «On ne parle pas ainsi du Maréchal !» Il ne veut pas se rendormir. Il n'a pas le courage de retrouver son rêve, quel qu'il ait été. Mais du courage, il lui en faut plus encore pour rester éveillé, pour contempler ce que voient ses yeux ouverts dans l'obscurité de la chambre. Humiliations. Toutes les brutalités de l'humiliation. Toutes les délicatesses, toutes les subtilités dans l'humiliation. Ce sont toujours les êtres les plus grossiers, les plus bornés, qui les inventent avec le plus d'aisance. Enfants que les parents tentent de protéger, alors qu'eux-mêmes... enfants qui voient leurs parents...
La voix de l'archevêque, rocaille roulant comme un tambour du Midi, résonnant derrière celle de tous les prêtres qui, malgré l'interdiction du préfet, lisaient, ce dimanche 23 août 1942, son mandement épiscopal dans les églises du diocèse de Toulouse. La pauvre voix du cardinal Saliège, aujourd'hui grommelante, grumeleuse et indistincte, comme elle avait su ce jour-là se faire claire­ment entendre ! «Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d'une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle... Dans notre diocèse, des scènes d'épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les juifs sont des hommes, les juives sont des femmes... Ils sont nos frères comme tant d'autres. Un chrétien ne peut l'oublier.»


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