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L'autre rive

Couverture du livre L'autre rive

Auteur : Georges-Olivier Châteaureynaud

Date de saisie : 18/12/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 22.90 € / 150.21 F

ISBN : 978-2-246-65301-1

GENCOD : 9782246653011

Sorti le : 03/09/2007

Georges-Olivier Châteaureynaud - 02/10/2007


  • Les présentations des éditeurs : 08/12/2007

Nous sommes à Écorcheville, sur les bords du Styx, mieux connu pour être le fleuve des morts.
Tout y est presque normal. Il pleut des salamandres, l'esclavage n'a pas été aboli, des automates permettent aux citoyens désespérés de se suicider, les fils de famille roulent à tombeau ouvert sur la corniche d'une Riviera désaffectée. Mais là comme partout ailleurs, les ambitions animent les habitants d'un univers qui pourrait être le nôtre. Dans la cité des secrets et des mensonges, hérissée de tourelles gothiques gouvernée par deux clans, Benoît Brisé rêve.
Fils adoptif élevé en solitaire, il cherche son père. Cette quête intime lui fera rencontrer l'amour, apercevoir Charon le passeur du fleuve, habiter des palais, se lier d'amitié avec un faune trop affectueux. Au terme de ce voyage à la recherche de lui-même, Benoît saura que son destin était inscrit depuis toujours. Georges-Olivier Châteaureynaud nous offre ici un roman-monde : ressemblant et tendre et tragique, qu'on arpente avec jubilation.

Né en 1947 à Paris, Georges-Olivier Châteaureynaud, nouvelliste et romancier, a publié chez Grasset, entre autres, La faculté des songes (prix Renaudot 1982), Le démon à la crécelle, et Singe savant tabassé par deux clowns (bourse Goncourt de la nouvelle 2005).



  • La revue de presse Marine de Tilly - Le Point du 5 octobre 2007

Bienvenue à Ecorcheville. Le bout du monde ; le dernier endroit où l'on puisse aller sans tomber de la Terre...
Quant à Ecorcheville, ça pourrait bien être le New York de Salinger, le Paris de Gavroche, le Londres d'Oliver Twist ou n'importe quelle mégapole, pourvu qu'elle soit furieuse, excitante, trop grande pour les adolescents solitaires. Mêlant magie et réalisme avec une facilité déconcertante, Châteaureynaud use une fois encore de cette «Faculté des songes» (prix Renaudot en 1982) qui, à grands coups d'extraordinaire, enseigne l'ordinaire.


  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 3 octobre 2007

Avouez que cela ne court pas les librairies. 650 pages qui grouillent entre eau et feu comme des salamandres suractives. 650 pages follement désopilantes et imaginatives, qui se lisent avec exigence et facilité. 650 pages de roman d'apprentissage, aux côtés d'un héros dont l'innocente neutralité se transforme en fougue hors du commun, à force d'épreuves haletantes et poétiques...
D'une grande malice, Georges-Olivier Châteaureynaud chatouille les questions métaphysiques pour écouter le rire qui en sourd. Un peu comme l'incroyable personnage de Faunet, un satyre qui met ses pieds de bouc dans le plat et bouscule toutes les âmes d'Ecorcheville sur son passage. Y aura-t-il quelqu'un pour offrir ce livre à Jean-Pierre Jeunet ou à Tim Burton ?


  • La revue de presse Jean-Claude Perrier - Le Figaro du 13 septembre 2007

Au terme de quatre années de travail, Georges-Olivier Châteaureynaud a réussi son chef-d'oeuvre, qui renoue avec la veine de La Faculté des songes (prix Renaudot 1982) : une imagination débordante, une cascade de rebondissements, d'intrigues qui s'entremêlent, un humour en permanence décalé, une éblouissante maîtrise de la langue, une véritable jouissance à bâtir une fiction d'autant plus crédible qu'elle prend les apparences d'une parabole sur notre humaine condition, sur notre monde et ses travers...
Tendresse et humour sont les tonalités dominantes de ce roman, héroïque fantaisie à la française qui donne à réfléchir sans se prendre au sérieux ni moraliser.


  • Les courts extraits de livres : 18/12/2007

Le temps absout toutes les vanités. A l'époque de sa splendeur, la villa Jacaranda avait dû paraître bien prétentieuse, avec ses clochetons, ses fenêtres en ogive, et ce mini-donjon crénelé dont Benoît avait honte, à présent, après s'en être enorgueilli enfant. Cependant, à des yeux étrangers, la bâtisse hier risible n'était plus qu'attendrissante. Sa vulgarité était tombée en écailles avec la peinture des boiseries extérieures, en plaques avec l'enduit qui maquillait en pierres de taille les parpaings du prétendu donjon. Benoît avait grandi entre ces murs, mais très tôt, dès l'âge de raison, il avait eu le sentiment que ce n'était pas une vraie maison, encore moins une maison de rêve : juste un rêve de maison. Le rêve de demeure d'un parvenu, le manoir bas de gamme d'un petit-bourgeois gentilhomme.
Le portrait en pied du Bâtisseur ornait le salon écarlate, qualifié de grand salon dans les conversations courantes. Il y en avait en principe deux autres, le petit salon mauve et le petit salon bouton-d'or. Aux origines, le premier avait servi d'ouvroir à Madame, et le second de fumoir à Monsieur. Le salon mauve faisait à présent office de vulgaire débarras. Quant au salon bouton-d'or, l'actuelle maîtresse des lieux lui avait réservé un usage moins banal... Dans le grand salon tendu d'un reps soie et coton écarlate, empoussiéré et passé, il était loisible aux visiteurs d'admirer dans sa gloire le fondateur d'une dynastie bientôt tournée court. Il avait le cheveu couleur de houille grasse et le teint olivâtre comme tous les Jacaranda dont les images, en photo ou en peinture, étaient accrochées aux murs de la villa. Originaire de Lima, il avait fait fortune aux beaux jours du guano. Benoît avait souvent contemplé son effigie aux lèvres lippues et aux yeux globuleux éclairés d'une lueur de triomphe sans doute motivée par une hausse du cours de la fiente d'oiseau. Vêtu d'un pantalon pied-de-coq, d'un gilet et d'une redingote noirs, caressant d'une main potelée un gros livre posé sur une sellette de sculpteur, deux doigts de l'autre main glissés dans le gousset du gilet, l'homme respirait l'estime de soi et la paix de l'âme. Benoît ne pouvait le contempler sans se féliciter de n'être pas de son sang, de ne lui ressembler en rien. Il n'était pas un Jacaranda, et de cette chance il rendait grâce au ciel. Non sans remords, car pour l'amour de sa mère adoptive, Louise Jacaranda, il se reprochait la répulsion que lui inspirait l'ori­gine excrémentielle de la fortune familiale - d'ailleurs à présent dissipée. Ce sentiment de culpabilité n'était pourtant qu'un inconfort supplémentaire, peut-être le plus bénin de tous, puisqu'il payait le soulagement de n'être pas l'arrière-petit-fils du Péruvien malodorant. Chaque fois qu'il passait sous son portrait, Benoît reniflait d'une narine prudente. Bien entendu le portrait ne sentait rien, sinon la vieille peinture et la poussière sous laquelle Louise laissait s'ensevelir toute chose. Il y avait eu des bonnes, jadis, pour s'occuper du ménage. Benoît enfant avait connu la dernière. Louise l'avait congédiée par manque d'argent. Le magot du grand-père au guano était épuisé. D'autre part, les bizarreries et surtout les ongles noirs de Louise, point rédhibitoire chez une chirurgienne, avaient fini par lasser le directeur de l'hôpital d'Ecorcheville. Elle avait un temps conservé une clientèle privée, composée pour l'essentiel de jeunes femmes en difficulté. Puis la libéralisation de l'avortement l'avait encore repoussée d'une case sur le jeu de l'oie social. De faiseuse d'anges elle était devenue embaumeuse et taxidermiste, branches dans lesquelles l'activité n'est guère soutenue. Elle travaillait désormais à façon, naturalisant à la demande toute dépouille d'animal ou d'être humain. Elle empaillait chiens et chats de compagnie, par-ci par-là un sanglier, un renard, un faisan, un tétras qu'un chasseur estimait digne de mémoire, parfois aussi les créatures beaucoup moins ordinaires que lui apportaient les employés de la brigade des berges ou ceux des services sanitaires. D'aventure, comme aujourd'hui, c'était sur un être humain qu'elle exerçait son talent incontestable. N'avait-elle pas, dix-sept ans auparavant, embaumé de ses mains son propre enfant mort en bas âge ? Et l'on ne pouvait nier qu'il fît encore bonne figure, après tant d'années, sous la châsse vitrée où elle le conservait, sur la crédence d'acajou du grand salon écarlate, dans sa grenouillère brodée, avec ses yeux d'un bleu incongru chez un descendant du Péruvien. Elle les avait commandés à Leonello Guardicci, le verrier d'art. Nul, hormis elle, ne pouvait se vanter de savoir à quoi ressemblait le père de l'enfant. Cherchant dans sa mémoire l'exacte couleur des yeux de l'étranger de passage qui l'avait séduite et engrossée, elle avait hésité longtemps devant un nuancier. Une épaisse couche de poussière recouvrait à présent la châsse comme tout le reste. Benoît devait l'essuyer du bout des doigts, pour ouvrir dans le toit de la petite maison de verre une étroite lucarne par laquelle il dévisageait celui que Louise affectait d'appeler «ton frère». L'idée d'avoir vraiment pour frère cet angelot naturalisé horrifiait Benoît. Il lui fallait, chaque fois que Louise parlait ainsi, se répéter qu'il n'en était rien, puisqu'elle n'était pas sa mère. Il n'avait rien à voir avec les hôtes du grand salon rouge, qu'il s'agît de l'aïeul liménien ou du mômignard momifié. Il ne tenait aux Jacaranda que par des liens juridiques. Louise l'avait adopté, élevé, nourri et même choyé, à sa manière. Pourtant, plus que son fils, il se considérait comme une de ses relations - la plus proche, certes ! Elle en avait peu d'autres, à part les Vieilles Toupies...


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