Inscrivez-vous àla Lettre des Libraires.
Libraires,partagez vos découvertes.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
est partenaire de notre site. Chaque semaine, un choix de libraire est publié dans les colonnes du Monde des Livres.
France Info est également notre partenaire. Ecoutez l'émission "A livre ouvert" : chaque dimanche, François Busnel reçoit un critique littéraire et deux libraires pour commenter l’actualité littéraire de la semaine passée (pour écouter, cliquez sur le logo, puis choisissez "Chroniques", et enfin "A livre ouvert").
Auteur : Joseph O'Connor
Traducteur : Carine Chichereau
Date de saisie : 27/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Phébus, Paris, France
Collection : D'aujourd'hui. Etranger
Prix : 23.50 € / 154.15 F
ISBN : 978-2-7529-0271-9
GENCOD : 9782752902719
Sorti le : 30/08/2007
17 janvier 1865. La fin de la guerre de Sécession est proche. Eliza Duane Mooney, 16 ans, émigrante irlandaise, laisse derrière elle Baton Rouge qu'elle n'a jamais quitté, pour partir à la recherche de son frère Jeremiah, jeune tambour happé par la guerre. Un mois pour traverser la Louisiane. Échardes de pierre dans les pieds lacérés. Éclats de douleur, crampes dans le tendon du jarret, prières vaines pour des souliers. Mais elle poursuit sa route, sa quête, obstinément, trempée quand il pleut, brûlée quand il fait chaud, sous-alimentée, malade, car sa patrie c'est sa famille.
Et voici le lecteur embarqué dans une fresque épique tout à fait remarquable. Des dizaines de personnages surgissent dont les destins vont s'entrecroiser, personnages qui ont de fortes ressources en eux, qui enfreignent les règles pour survivre dans cette époque tourmentée.
Parmi eux un révolutionnaire irlandais, James O'Keeffe, exilé par les anglais en Tasmanie, arrivé à New York peu avant la guerre de sécession. Surnommé Le Sabre, il rencontre lors d'une des conférences qu'il donne, une jeune poétesse, riche héritière, à la beauté sublime, Lucia-Cruz. Coup de foudre. Elle l'épouse le jour de ses vingt-et-un ans, premier jour où elle peut se marier sans l'accord de ses parents. Il l'emmène à Redemption Falls, Territoire des Montagnes, dont il a été nommé gouverneur. Vite la relation se délite, connaît des déboires, tente de se ravauder un peu à l'image de ce pays qui essaie de se reconfigurer après la guerre qui l'a déchiré. O'Keeffe et Lucia sont des personnages inoubliables. Tout comme Jeremiah, le jeune tambour, adopté par O'Keeffe, comme Elizabeth Longstreet, ancienne esclave, cuisinière noire du Général O'Keeffe qui, des années plus tard, se souvient. Et tant d'autres.
De nombreuses scènes mémorables : l'éprouvante marche d'Eliza, la tentative de prise d'assaut de la demeure du Général à l'issue d'une tempête qui dura douze jours, les scènes entre Lucia et le Général,...
Feuilletez ce livre. Il se présente comme un livre du XIXe siècle avec ses illustrations, sa façon de titrer les chapitres et de présenter des petites phrases qui résument ce qu'on va lire. Il offre un matériau très riche : des cartes, des articles de journaux, des témoignages, des récits écrits sur le champ de bataille, des ballades, des lettres d'amour, des rapports d'espion,...
Mais il ne s'agit en aucun cas d'une parodie d'un livre du XIXe siècle. C'est un grand roman du XXIe siècle qui pose des questions très contemporaines sur la guerre, les rapports sociaux, le racisme, le couple, l'amour,... Les luttes, les défis, les contradictions même des personnages sont bien actuels.
Dans une interview Joseph O'Connor a dit qu'il avait voulu que la lecture soit à la fois dérangeante et agréable. Il est vrai qu'au début le lecteur peut être un peu perdu, baladé qu'il est d'un bout à l'autre de cette grande fresque. Mais peu à peu tout se met en place et le plaisir de lecture n'en est que plus vif.
Laissez-vous emporter par ce magnifique roman, ne le lisez pas trop vite, savourez-en tous les aspects, toutes les tonalités, je vous garantis un très intense plaisir de lecture.
Sachez, enfin, qu'à la toute dernière page vous attend une vraie surprise et que forte sera la tentation de relire ce grand livre à la lumière de cette révélation.
N.B. Joseph O'Connor est un des plus importants écrivains de sa génération. Je l'ai découvert avec Desperados, où un couple déchiré se ré-unissait pour partir à la recherche de leur fils disparu en Amérique latine. Inishowen, histoire d'une new-yorkaise condamnée par la médecine qui trouvait en la personne d'un flic irlandais un compagnon dans sa quête de ses origines irlandaises, est un livre que j'ai recommandé avec succès. Quant à L'Étoile des mers, c'est un roman plus ample qui relate la grande famine qui a conduit des irlandais à émigrer vers les Etats-Unis en 1847, donc 18 ans avant ? Redemption Falls.
Anaïs Massola - 27/11/07
En 1865, la guerre de Sécession touche à sa fin, et Eliza Duane Mooney laisse derrière elle Baton Rouge, en Louisiane, pour se lancer à la recherche de son frère Jeremiah, jeune tambour emporté depuis quatre ans dans les tourbillons de la guerre.
Lorsqu'elle entame cette marche à travers le pays, la jeune femme ignore qu'elle met en branle les rouages d'un formidable engrenage, dans lequel s'agite une panoplie de personnages aux destins en apparence étrangers les uns aux autres : un cartographe amoureux, une poétesse latino-américaine d'une beauté confondante, un hors-la-loi sudiste et un révolutionnaire irlandais., général dans l'armée nordiste devenu gouverneur de Redemption Falls, ville en devenir, perdue dans les territoires des Montagnes.
Dans ces immensités sauvages, témoins de la naissance d'une nation, la fureur des éléments n'a d'égale que celle des passions : hommes et femmes s'y déchirent, quêtant tour à tour l'amour ou le pardon, et par-dessus tout sans doute, la rédemption...
Né en 1963 à Dublin où il vit toujours, Joseph O'Connor est considéré comme l'un des écrivains irlandais les plus importants de sa génération. Auteur, entre autres, de desperados (Phébus " Libretto ", 2000), de Inishowen (Phébus " Libretto ", 2003) et de l'Etoile des mers (Phébus, 2003), il signe avec Redemption Falls une fresque historique d'une exceptionnelle puissance littéraire.
Patchwork assumé donc que ce roman qui utilise plusieurs instruments narratifs : articles, dépêches, journaux intimes, bandes enregistrées, photographies, cartes, poèmes, lettres, rapports de police, minutes de procès, ballades et comptines. Et rarement la narration conventionnelle d'un auteur omniscient. Cela implique un remarquable contrôle du style...
Ce n'est pas là le simple caprice d'un écrivain sophistiqué et formaliste : on sent, au contraire, que la forme choisie est délibérée, parce que, selon le romancier, seule à être adaptée à son sujet...
L'objectif n'est pas une dénonciation des horreurs des derniers moments d'une guerre, car il n'y a pas de prise de position directe de l'écrivain (en dehors de l'épilogue où il exprime son intention). Mais plutôt la reconstitution des incertitudes du réel, dans tout domaine : politique, psychique, sentimental, éthique. La multiplicité des points de vue et des langages apparaît donc comme fondamentale.
Le roman de Joseph O'Connor se présente comme le résultat d'une collection. Qui est le collectionneur, on ne le saura qu'à la dernière ligne, et c'est véritablement un tour de force. L'habillage du livre (photos, jeux graphiques, têtes de chapitre comme autrefois, notes de bas de page) joue sur les codes de l'authenticité. La traductrice, Carine Chichereau, a effectué un beau travail sur la variété des langages. Redemption Falls ne contient pas de mouvements de foule, mais utilise tous les registres possibles (la confession, le monologue intérieur, le rapport de police, la ballade, la rumeur, le témoignage, la correspondance) pour fragmenter la réalité, donner ce sentiment de vérité que recherchent les grands imaginatifs. Le narrateur le résume a contrario : «Twain, ce grand inventeur, le dit remarquablement bien. Il n'est guère étonnant que la vérité soit plus étrange que la fiction : la fiction doit avoir du sens.»
Dans ce monde en perdition, Joseph O'Connor rassemble des pièces de puzzle ou, plus exactement, reconstitue un album de photos avec une multitude de destins individuels. Il convoque tous les genres narratifs possibles : rapports d'espions, articles de journaux, récits et archives, vieilles ballades et monologue. Et les perspectives se bousculent, comme les ordres et contre-ordres d'un monde bruyant et déchiré. L'écrivain réussit un tour de force en préservant cette polyphonie, multipliant les points de vue pour enrichir sans cesse l'histoire, la modifier en cours de route, feignant de ne pas la maîtriser.
Il serait illusoire de raconter dans le détail «Redemption Falls», de Joseph O'Connor : il n'y a pas d'histoires. Juste cet enchevêtrement de destins individuels qui se croisent, s'affrontent, s'ignorent. Mieux encore : il n'y a pas un point de vue narratif, mais une accumulation d'approches successives, une vision romanesque cubiste...
Quel tempérament, encore une fois, chez Joseph O'Connor ! Quelle puissance, si l'on veut bien pour une fois prendre ce terme un peu convenu dans son sens le plus noble : puissance de l'évocation et de l'imagination, puissance des sentiments, de la maîtrise polyphonique, du génie compassionnel enfin. Les romanciers de cette trempe ne sont pas si fréquents.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2008 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia