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Auteur : Pascal Garnier
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Jeunesse à partir de 13 ans
Editeur : Bayard Jeunesse, Montrouge, France
Collection : Millézime
Prix : 9.90 € / 64.94 F
ISBN : 978-2-7470-2118-0
GENCOD : 9782747021180
Jimmy et son père sillonnent les routes, des images plein la tête : ils ont fait de leur camionnette un cinéma itinérant. À eux les grands espaces, l'air pur, la liberté et les échanges avec le public ! Mais un soir, la camionnette tombe en panne sur une route isolée. Jimmy, parti chercher de l'aide, s'enfonce dans la forêt et se perd. Au milieu de la nuit, il découvre enfin un château, habité par une jeune fille énigmatique.
De cette rencontre inattendue naît une histoire d'amour où la vie, le merveilleux et la mort vont étroitement se mêler.
La dernière fois que j'ai vu mon père, il était habillé en gros lapin bleu et montait dans un fourgon de police, menottes aux poignets. Il y a six ans de ça, j'en avais onze. C'était à la fois comique et tragique. Son costume de lapin en peluche avec ses grands pieds, son gros ventre, son gros derrière, l'obligeait à marcher en se dandinant comme dans les dessins animés, mais sa tête, qui ne portait pas le masque aux grandes oreilles, émergeait, toute petite, blême, les yeux vitrifiés par la peur. Une tête de guillotiné. De la foule qui se pressait devant le supermarché, des rires fusaient, et ça me faisait mal. Le pire, c'est que moi aussi, j'avais envie de rire et de pleurer en même temps. Je me suis enfui en courant, les yeux pleins d'eau, une grosse boule dans la gorge que je ne pouvais ni avaler ni cracher.
Mon père est acteur. Pas de ceux qu'on reconnaît dans la rue, à qui on demande des autographes, non, mais il a le feu sacré, comme il dit. À part ce jour-là, où on l'a vu au journal de vingt heures, il est passé deux fois à la télé, dans une pub pour le café Même et dans une autre vantant les mérites d'un médicament contre les hémorroïdes. Il a joué au théâtre aussi, enfin, dans des maisons de jeunes, le genre d'endroits où le spectateur doit apporter sa chaise. Mais, la plupart du temps, c'étaient des animations dans des centres commerciaux. Il a tout fait : le gondolier italien, le tyrolien, le toréador, le curé, et tout un tas d'animaux, le kangourou, la souris, l'éléphant... Et puis, le lapin.
J'étais trop petit pour comprendre ce qui se passait. C'est plus tard que ma mère m'a raconté qu'il s'était fait prendre avec deux complices en train de forcer le coffre du supermarché. Les deux autres avaient réussi à s'enfuir, mais pas lui, encombré par son costume de lapin. Il avait écopé pour les trois. Six ans de prison.
Ma mère et lui étaient déjà divorcés. Elle ne supportait plus de tirer le diable par la queue, les fins de mois qui commençaient dès la première semaine, les loyers en retard, les promesses de contrats merveilleux qui n'arrivaient jamais. Elle en avait eu assez, et pourtant je crois qu'elle l'aimait. Peut-être même qu'elle l'aime encore ?
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