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Auteur : Grégoire Polet
Date de saisie : 23/08/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-078576-6
GENCOD : 9782070785766
Sorti le : 23/08/2007
Paris, une semaine de mai caniculaire. Du lundi au samedi, dans les alentours de l'église Saint-Sulpice, à l'occasion d'un mariage et d'un enterrement une vingtaine de personnages principaux vont se croiser, se heurter, s'aimer, se quitter ; certains verront des projets essentiels se réaliser, d'autres s'effondrer tout espoir... Le roman explore, dans un enchaînement de plans successifs, ces vies tressées avec une exceptionnelle virtuosité, formant la trame d'une réflexion à la fois jubilante et profonde sur l'amour et sur l'art.
Grégoire Polet a vingt-huit ans. Il a publié ses deux premiers romans aux Editions Gallimard : Madrid ne dort pas (2005) et Excusez les fautes du copiste (2006).
Grégoire Polet met en scène un roman choral. En une semaine, la partition se joue et réjouit...
Les personnages, une vingtaine au total, vont tous se croiser et se débattre, ensemble ou séparément, avec la vie, ses soubresauts, ses joies et ses peines. Grégoire Polet maîtrise le montage et le scénario comme le ferait un cinéaste aguerri. Il tient solidement les rênes d'un roman choral où l'on assistera notamment à un concert au théâtre des Champs-Elysées, à une vente à Drouot ou à un enterrement au cimetière de Montparnasse. Il y aura des coïncidences, des retrouvailles et des rencontres. On croisera en route un ex-peintre de faux, un employé des pompes funèbres, une femme qui a l'habitude de prendre son petit déjeuner nue dans sa cuisine puisqu'elle n'a pas de vis-à-vis, une pianiste qui a des oreilles sans lobes, «comme des parenthèses», et un saxophoniste à l'accent chantant. Tous en scène !
Le roman de Grégoire Polet se déploie donc autour d'un noyau de parfait hasard, durant une semaine, du lundi au samedi - dimanche, c'est le repos du romancier ! A l'intérieur du cadre de chaque journée, des épisodes nombreux, divers et pittoresques, drôles ou dramatiques, se déroulent et s'emboîtent. Lors de l'un d'eux, un personnage décrit le tableau de Vélasquez, Les Ménines, qui juxtapose les plans. A l'image du livre. Car en littérature comme en peinture, "le temps passe en cessant de passer". Des personnages apparaissent, qui suivent chacun une ligne propre appelée à croiser, ou à ne pas croiser, celle des autres protagonistes. Un immense réseau de connexions souterraines se crée. A la surface, dans les rues et les avenues parisiennes, des personnages-sémaphores se font signe, se répondent, selon une logique à la fois rigoureuse et aléatoire...
Pour composer la symphonie de cette "semaine de grand vent intérieur", l'auteur, comme Macha, refuse les gros plans. Avec une maîtrise pleine de générosité, avec autant d'humour que de sens du tragique, il embrasse du regard un vaste espace de conscience. Ou de vie...
La joie que ce roman procure est trop rare en cette rentrée pour ne pas être saluée comme elle le mérite.
Grégoire Polet ne cherche pas une conclusion à ces histoires plutôt bourgeoises, il préfère poser des questions, décrire des attitudes, zoomer sur des visages. Puis il se retire et nous laisse avec l'impression que chaque personnage nous ressemble un peu dans nos doutes, nos désirs et nos masques qu'il faudrait peut-être songer à retirer.
Paris, six heures trente, un instant avant l'aurore.
Dans la tour de l'église Saint-Sulpice, Mâcha déchire les derniers cartons peints. Essentiellement des portraits, criards, à la manière de Kirchner, peut-être. Toujours des gros plans, sur des feuilles de carton d'un mètre sur soixante centimètres, les yeux profonds et noirs, ou verts et distants, des visages anguleux, excessifs, du bleu sur les joues, d'épais traits rouges pour la bouche et parfois sur les oreilles. Elle les déchire calmement et les jette dans un grand sac-poubelle blanc.
Il est plein. Elle le saisit des deux mains par les bords, le soulève puis le traîne jusqu'à la terrasse où elle le range près des trois autres. À côté des sacs-poubelle, il y a une caisse avec les oeuvres qu'elle ne détruit pas, qu'elle compte emporter, des rouleaux de papier beaucoup plus fins et légers, griffonnés à l'intérieur de dessins minuscules qui s'accumulent sur toute la page et font comme de très grands tableaux à échelle très réduite, au feutre noir sur le papier jauni et curieusement quadrillé au millimètre.
Mâcha pousse un soupir et s'accoude à la balustrade de la terrasse qui surplombe la place, et contemplée par un bon morceau de Paris. Elle embouche la petite cigarette roulée réservée derrière l'oreille et l'allume. Elle a de gros cheveux noirs parsemés de fils blancs - les soucis, Mâcha, les soucis -, comme si elle venait de peindre un plafond. La fontaine aux lions est éteinte, une seule fenêtre est éclairée sur la place, en face, sixième étage. Et puis sa fenêtre à elle : ça doit faire deux. Dernier matin dans la tour de Saint-Sulpice ; une dernière fois cette vue de Paris ; une dernière fois jeter le mégot par-dessus bord et regarder la chute du petit bout d'incandescence orange. À la fenêtre éclairée, sixième étage, c'est étrange, il y a une espèce de lampadaire avec un abat-jour vert renversé contre la vitre, appuyé et de travers, comme un voyageur qui attend le bus. Il a l'air un peu détraqué, l'ampoule clignote. Le premier bus 63 passe sur la place sans s'arrêter; personne n'est là pour le prendre. Mâcha cherche dans la caisse son gros appareil photo, prend la façade et la fenêtre éclairée où le lampadaire clignote. Deux photos en cascade, assez jolies, qu'elle regarde aussitôt sur le petit écran. Dans le premier cliché, panoramique, le lampadaire est allumé. Dans le second, identique, il est éteint.
Mâcha rentre. Il lui reste une pile à déchirer, un sac-poubelle à remplir.
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