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Auteur : Edgar Lawrence Doctorow
Traducteur : J.-P. Carasso | J. Huet
Date de saisie : 19/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-87929-539-8
GENCOD : 9782879295398
Sorti le : 04/10/2007
La marche dont il est ici question, c'est celle que dirigea le Général W. T. Sherman à travers les états rebelles du Sud lors de la Guerre civile américaine. Parmi les quelques soixante mille Tuniques Bleues, outre la personnalité du bouillonnant général, Doctorow s'attache à décrire une poignée d'hommes, de femmes et d'enfants prisonniers de la dévastation, du chaos et de la peur des derniers mois du conflit. Il nous fait partager l'isolement des victimes, privées de toit, de nourriture ; l'immense souffrance des blessés livrés à une médecine d'urgence encore balbutiante. Et surtout il s'attache au sort de cette population d'esclaves tout juste rendue à une liberté qui n'a de sens que dans les déclarations officielles. Car les troupes libératrices du nord éprouve à son encontre les mêmes sentiments de dégoût et de haine que leurs ennemis confédérés. Pourtant la situation a changé. A quel sort l'existence des Noirs sera-t-elle vouée ? La peur, la sombre peur est ce sentiment immuable que les bouleversements de la guerre n'auront pas permis de renverser.
En 1864, après avoir incendié Atlanta, le général nordiste William Tecumseh Sherman, à la tête d'une armée de soixante mille hommes, traverse la Géorgie et se dirige vers la Caroline, écrasant au passage les forces confédérées et détruisant les villes du Sud.
Dans son sillage, il entraîne une foule hétéroclite - esclaves noirs libérés, Blancs en fuite, prostituées, voleurs, déserteurs, familles dispersées, sans oublier un photographe. E. L. Doctorow raconte leur histoire dans ce livre extraordinaire, qui mêle la grandeur épique, les scènes de comédie, l'érotique et le macabre. Au centre de cette étonnante galerie de personnages, Pearl, une adolescente noire à la peau blanche, née de l'union d'un planteur et d'une esclave, incarne à sa manière l'art de l'ambiguïté propre à Doctorow : travestie en garçon, elle revêt l'uniforme d'un petit tambour et finit par trouver l'amour.
La Marche commence là où se terminait Autant en emporte le vent. Mais les véritables intentions de l'auteur sont plus proches du Tolstoï de Guerre et Paix, embrassant à la fois la dimension politique et spirituelle du drame dans lequel il plonge ses personnages.
Edgar Lawrence Doctorow est né en 1931. Le Livre de Daniel (1980) le propulse au premier rang des grands écrivains américains. Inspiré de la vie des Rosenberg et de leurs enfants, il sera adapté au cinéma en 1983 par Sidney Lumet. En 1975 paraît Ragtime, son plus grand succès, qui se vend à plus de deux cent mille exemplaires dès sa première année de publication. Le roman sera lui aussi adapté à l'écran par Milos Forman en 1981, ainsi que Billy Bathgate par Robert Benton en 1991. E. L. Doctorow a reçu, entre autres, le National Book Award, deux National Book Critics Circle Awards et le PEN Faulkner Award.
Doctorow s'intéresse moins à la guerre qu'à ceux qui la font, s'y dissimulent, la calculent, la prolongent ou en profitent. C'est en ce sens que La Marche est plus proche de Guerre et Paix que d'Autant en emporte le vent. Roman métaphysique et non saga à la sauce mélo. Nulle robe de mousseline, pas de serments, mais des flammes et des doutes. Il y a des pages d'une beauté sublime dans ce livre...
Une fange où s'abîmèrent Noirs et Blancs
L'écriture de Doctorow n'a jamais été si houleuse, débridée, colérique et généreuse. Un peu cinématographique, aussi - mais inspirée par un cinéma qui, pour une fois, rendrait justice au génie créatif de cet écrivain flamboyant. En effet, si le formidable Ragtime fut adapté au cinéma par Milos Forman, et l'excellent Livre de Daniel par Sidney Lumet, les romans de Doctorow restent très au-dessus des films qui en furent tirés...
Doctorow est un immense romancier, le barde inspiré d'une civilisation égarée dans le cynisme.
Le Livre de Daniel, Ragtime, Billy Bathgate... Les romans épiques d'Edgar Lawrence Doctorow ont toujours attiré les cinéastes, pour la vigueur cruelle avec laquelle ils mordent dans l'histoire des Etats-Unis. Randonnée piétinante en pleine guerre de Sécession, La Marche ne devrait pas tarder à atterrir sur le bureau d'un producteur hollywoodien. Les chapitres s'ouvrent et se referment comme des paupières qui picotent, laissant entrevoir des êtres roulés dans la farine rougeoyante de fausses promesses de liberté.
Comme pour faire écho à son titre, le dernier roman d'E.L. Doctorow est en constant mouvement. Et pas seulement à cause de son organisation spatiale, qui le voit avancer d'un Etat américain à l'autre (Géorgie, Caroline du Sud puis du Nord), mais grâce à l'extraordinaire mobilité de son intrigue et de ses personnages...
L'Amérique, telle qu'elle émerge de cette guerre civile, prend forme dans les terribles convulsions d'une campagne hivernale...
La "dispersion", l'arythmie, l'effervescence suggérées par l'auteur donnent une idée du caractère sauvage qui présida à cette naissance. Le texte, lui (et c'est un prodige), ne perd jamais rien de sa structure et de son élégance.
E.L. Doctorow raconte l'équipée de Sherman depuis Atlanta et jusqu'en Caroline du Nord, en passant par le grand incendie de Columbia...
Chez Doctorow, le destin ne sait plus où donner de la tête. Deux déserteurs retournent leur veste si souvent que nous finissons par ignorer de quel bord ils sont. La morale est une girouette. Une jeune sudiste de bonne famille, n'ayant plus personne en ce monde, rejoint un temps les troupes de Sherman sans avoir l'impression de trahir les siens. Son ancienne domestique noire continue à se mettre au service d'autrui.
Dans la lanterne magique de Doctorow, qui ressuscite le passé, on voit un monde en train de s'engloutir, et naître l'Amérique d'aujourd'hui. Le romancier fait montre d'une véritable empathie avec tous ses personnages : il essaie de comprendre, ne juge pas. Le lecteur, tour à tour, est amené à connaître les raisons de chacun...
La quatrième de couverture fait de La Marche une «suite à Autant en emporte le vent». Mais Autant en emporte le vent allait plus loin dans l'Histoire, jusqu'à l'époque de la reconstruction et des «carpetbaggers». Le récit était fait du seul point de vue du Sud. Alors que, dans La Marche, Doctorow ne prend jamais parti. Il se contente de donner à voir...
Il faudrait tout citer : chacune des séquences qui composent La Marche a la qualité d'immédiateté, de clarté, des anciennes chansons populaires américaines, ces folk-songs qui, venues du fond des temps, racontent le passé enfoui du pays.
Avec La marche, son nouveau roman, Doctorow signe une fresque en technicolor. Le bruit et la fureur scandent cette épopée qui, une fois de plus, s'enracine dans le coeur de l'Amérique, à l'époque de la guerre de Sécession. Entre la Géorgie et la Caroline du Nord, entre la réélection de Lincoln en 1864 et son assassinat le 14 avril de l'année suivante, Doctorow déploie un vertigineux travelling qui donne à voir, avec une précision tolstoïenne, la plus sanglante des guerres civiles. Avec, au centre du récit, la «longue marche vers la mer» des troupes du général nordiste William Sherman...
Proche du Voyage au bout de la nuit - pour la qualité des portraits - et de La semaine sainte d'Aragon - pour le sens du rythme -, La marche est un récit où l'épique et la métaphysique se télescopent sans cesse, dans le même éblouissement. Du très grand Doctorow.
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