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Auteur : Pierre-Louis Desprez
Date de saisie : 04/10/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Arléa, Paris, France
Collection : Littérature générale
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-86959-790-7
GENCOD : 9782869597907
Sorti le : 04/10/2007
Des émotions de l'enfance à l'interrogation du philosophe, des chemins côtiers aux pentes du Ventoux, des routes d'Auvergne et des sentiers de l'île de Ré aux boulevards parisiens, Pierre-Louis Desprez, de flexions en réflexions, nous emmène en balade. Avec ce sentiment de bonheur et de liberté que le vélo procure, passé l'angoisse du premier équilibre une fois ôtées les petites roues.
S'il est ici question de plaisir, on y parle aussi d'endurance - voire de souffrance -, de rêveries solitaires et d'amitié.
Et parce que ce voyage est avant tout littéraire, on y retrouve Freud, qui interdisait à ses filles de monter sur une selle, Zola, qui y voyait au contraire un bon moyen de dégourdir les jeunes filles... On y croise aussi Paulette, la fille du facteur, Albert Londres et Antoine Blondin, Willy Ronis et les premiers congés payés», Proust, Morand, mais aussi Orsenna, Fournel ou Perec...
C'est donc, à l'heure où le vélo confirme son retour dans les villes, une joyeuse invitation au voyage.
Pierre-Louis Desprez, normalien, vit et travaille à Paris. Il roule à vélo depuis l'âge de trois ans, par plaisir, et sans idéologie.
Histoire d'un revenant
C'était un compagnon de route, fidèle et toujours prêt. Nous l'aimions vraiment, mais passagèrement. Grâce à lui nous avons grandi d'un seul coup et laissé, loin derrière, nos premiers pas. Après quelques années de belles émotions, la plupart d'entre nous l'avons abandonné, désirant d'autres voyages, plus lointains, par tous les temps. Le cycle de vie de ce compagnon était calé sur la toise de nos désirs. Par routine, il finissait sa course à la cave, relégué avec les années d'enfance dans nos premiers souvenirs, sauf pour une poignée de fidèles insensibles aux ricanements du voisinage.
Le vélo, c'était souvent une belle histoire d'amour rejeté.
Je m'en suis détaché quelques années durant, moi aussi. Pour reprendre de plus belle dès que je pris conscience de mon infidélité à moi-même, comme tourmenté par la perte d'un objet de valeur. Je ne compris pas immédiatement ce qui me manquait. Quelque chose me travaillait, ressemblant à du désir.
Non pas que j'aie jamais été un militant du vélo, plutôt un dilettante qui ne rate aucune occasion d'en faire. Ni un fondu de la bicyclette, préférant mon plaisir à toute passion dévorante. Depuis longtemps, je roule partout à mon train - en terre auvergnate, du côté de Saint-Malo, dans les villages anglais que j'affectionne particulièrement, ainsi qu'à Paris où je vis, ce qui passera pour de la rigolade aux yeux des puristes. C'est sans doute que je ne cours après aucun exploit. Plutôt après une vie quotidienne agréable.
Depuis quelque temps, le vélo est revenu sur le devant de la scène. Je gage que ce retour n'est qu'un début. Régulièrement, je me fais dépasser sur les pistes cyclables de la capitale, tandis qu'hier encore, le plus souvent seul, je snobais les voitures à la queue leu leu. Pendant que les radars dissimulés traquent les automobilistes à chaque ligne droite, les bataillons de petites reines grossissent. La voiture est devenue un bouc émissaire poursuivi sans relâche, à mesure que notre mauvaise conscience vis-à-vis de l'environnement gronde plus fort. Notre société qui ne jure que par le sens, parfois à tort et à travers, désavoue son idole d'hier. Un peu partout elle s'est engagée dans de nouveaux travaux haussmanniens qui achèveront bientôt de l'immobiliser. L'arrivée du tram à Paris, parlez-en aux commerçants ! Quant aux pistes cyclables qui empêchent de se garer sur les trottoirs, qui n'a pas souhaité les détruire ? Dessinée sur toutes les chaussées, la nouvelle icône de l'intelligence nargue les voitures à chaque feu tricolore. Les plus lents seront les premiers. Personne ne l'aurait imaginé ni prophétisé.
Ainsi le vélo incarnerait des valeurs auxquelles ce début de siècle tient. Je ne suis pas si sûr que la liberté et l'autonomie qu'il procure soient toujours bien tolérées, mais j'en connais peu qui contesteraient l'avantage que Barrés lui attribuait - «la satisfaction d'un instinct antique : le vagabondage». Serions-nous en route vers une société de vagabonds ?
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