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Préface : Robert Delpire
Date de saisie : 06/10/2007
Genre : Arts
Editeur : Delpire, Paris, France
Collection : Poche illustrateur
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 2-85107-228-5
GENCOD : 9782851072283
Sorti le : 08/12/2006
Il y a des comédiens qu'on reconnaît à leur voix, à leur démarche, à la façon qu'ils ont de tirer vers eux un personnage plutôt que d'aller vers lui.
On les identifie sous la perruque. Sous l'uniforme ils ne trompent personne.
Et puis il y a ceux qui semblent changer de visage et de stature, d'âge aussi et de rang social, en vrais caméléons de la scène ou de l'écran.
En peinture, c'est pareil. Il y a des artistes qui font leur style et leur réputation sur quelques bâtons, sur la couleur d'une palette ou sur un thème qu'ils répètent et varient sans se lasser.
Et puis il y en a d'autres qui jouent de tous les supports et de toutes les matières, qui passent de deux à trois dimensions avec bonheur, qui ne traitent jamais deux idées dans le même pot.
André François est l'un de ces Fregoli des arts plastiques. Huile ou gouache, pastel ou fusain, tôle ou bois, tout lui est bon, tout lui est prétexte à invention, et les matériaux ne sont souvent qu'un tremplin pour une imagination qui ne s'encombre d'aucune règle et ne fait référence à aucun système. A la voir rassemblée, au Palais de Tokyo, ou au musée d'Art moderne (même si elle était montrée là, après l'épreuve du feu), on comprend bien la nature de l'homme, la constance des intentions, l'unicité et la cohérence de l'oeuvre.
Ce regard doux-amer sur les choses de la vie, cette ironie tendre avec laquelle il traite les acteurs de son quotidien, cette aptitude à jouer des formes et des matières au-delà de toute mode et de toute convention, font qu'il est impossible de situer André François : un artiste rare, un homme exceptionnel.
Extrait de l'introduction de Robert Delpire :
Il y a, dans l'art d'André François, une exceptionnelle pluralité d'éléments. De l'huile à l'aquarelle, du fusain au pastel, de l'encre à la craie et au crayon, du vélin au kraft, du calque au canson, tous les classiques sont là, utilisés chacun pour sa vertu (sans idée préconçue, l'instinct préconisant l'emploi). Mais ils voisinent et parfois cohabitent avec des intrus. Un morceau de chiffon, un bois flotté, un éclat de miroir, un bout de papier peint, un vieux cadran d'horloge, un papillon mort - toutes ces petites choses de la vie - viennent nier l'ordre établi, bousculer les conventions, donner sa place au hasard et faire la grimace aux usages.
Ce n'est d'ailleurs pas tant la diversité des matériaux qui étonne chez André François, pas plus qu'une confondante aptitude à passer de deux à trois dimensions, du dessin au collage, du montage d'objets trouvés à la sculpture sur bois ou sur tôle. Ce qui est proprement stupéfiant, c'est la variété des styles, cette aisance à adapter la forme au fond ou plutôt même le fait que l'intention génère une forme qui ne peut être différente, comme si le sujet choisissait son objet, comme si le sujet imposait à l'artiste un cadre, un support, un mode d'action, une matière qu'il adopte sans réticence dès l'instant où il commence à travailler et dont il tire toujours avantage.
Et cette versatilité dans la façon de faire séduit, éblouit mais parfois déconcerte. Elle peut même irriter car il est plus simple de reconnaître l'oeuvre d'un artiste dès lors que sa facture s'inscrit dans une démarche homogène. Chez André François, c'est l'esprit de l'oeuvre qui lui donne sa cohérence, dans sa complexité même, et qui en fait l'extrême richesse.
André François est né en Hongrie dans une petite ville devenue roumaine. A 18 ans, fatigué des caprices de l'histoire et de la géographie, il est parti pour Paris. Depuis lors il est français, comme vous et moi.
Circuler dans une salle d'exposition où sont accrochées ses oeuvres, parcourir le vaste atelier de Grisy, cette caverne où sédimentent année après année toiles et illustrations, affiches et couvertures de magazines, dessins libres ou appliqués, c'est voir se confronter deux mondes. Celui d'une nature contemplée et décrite avec jubilation - ces champs du Vexin qui ondulent jusqu'à l'horizon, ces arbres qui changent de parure comme une femme avec les saisons, ces vagues qui déferlent sur les galets du Cotentin, ces visages familiers et familiaux (et le sien, souvent) si justes et si scrupuleusement fouillés, ces bouquets qui jaillissent des tables, c'est l'ordre, la finesse, l'attention au détail le plus signifiant, c'est l'harmonie.
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