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Auteur : Marie Depussé
Date de saisie : 10/10/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Hermann, Paris, France
Collection : Lectures
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7056-6704-7
GENCOD : 9782705667047
Sorti le : 12/10/2007
Beckett regrettait qu'on ne porte pas à son oeuvre l'attention microscopique qu'on portait en général à sa vie. Manie Depussé comble, avec le présent ouvrage, cette lacune : prendre Beckett au pied de la lettre et proposer une lecture inédite de son oeuvre dans un exercice qu'elle appelle corps à corps.
Quelque chose ici presque se retourne. C'est la vie, la vie de tous les «personnages-lettres» de Beckett, selon l'expression de Marie Depussé, qui soudain nous requiert, et anime de leur étrange lumière celle de Samuel Becket. Un corps à corps, qui ne posséderait pas la même tonalité si elle n'avait pas connu Samuel Beckett.
Marie Depussé réussit ainsi à nous présenter un Becket vivant qui continue à nous interpeller avec une étonnant proximité.
Marie Depussé est écrivain. Elle a longtemps enseigné la littérature à l'université Paris 7, dans les prisons ou, encore aujourd'hui, à la clinique psychiatrique de La Borde. Les Morts ne savent rien [POL, 2006) est son dernier livre publié.
ÉCOUTE LES FEUILLES
Beckett lisait les textes qu'il aimait à ses amis, ou plutôt, il les récitait, comme il touchait un piano. Il ne faisait pas de commentaires.
Je n'ai donc pas d'indication qu'il aurait apprécié ce travail. Il y a seulement l'aveu que fait James Knowlson, au début de son énorme biographie, d'avoir reculé, une première fois, devant la possibilité de l'écrire : «Je refusai après que Beckett m'eût fait part de ses réticences et de son espoir de voir non pas sa vie mais son oeuvre ainsi analysée au microscope.»
Mon travail est une suite de lectures attentives, sinon microscopiques, de textes de Beckett, regroupées selon des chemins qui donnent leurs noms aux chapitres. «Le parloir», «Chanter», «D'un asile l'autre»... Les textes sont cités sur le chemin, sans ordre chronologique. Aux lecteurs d'aller voir dans Molloy, L'Innommable, ou Compagnie, comment c'est.
Comme l'éditeur me demandait un titre, j'ai dit corps à corps. Les mots ne me seraient pas venus si je n'avais rencontré Beckett, vivant. Ce grand homme si élégant à la parole lissée par une courtoisie imprenable, qu'il abandonnait quand il le voulait, pour rire avec les yeux, raconter une histoire invérifiable ou vous lâcher pour aller au piano. J'ai toujours à faire à cet homme vivant. Dans une familiarité très peu dicible.
Donc, corps à corps. L'analyse de textes est une pratique violente. Il faut plier son corps devant une table, le river à l'écriture de l'autre, à son rythme, à son insolence, à sa façon à lui de «chosifier une parcelle du néant». Le plus dur est de commencer. Très vite le texte se déplie en vous, il chante. À vous de nommer ce que vous entendez.
Il y a une phrase qu'on peut voler à Beckett pour dire ça bien plus joliment. C'est dans un des instants égrenés par la voix de Compagnie, souvenirs délivrés de leurs attaches, baignant dans une lumière qu'il appelle : Encore. Une voix s'adresse au tu : «Tu es sur le dos au pied d'un tremble. Dans son ombre tremblante.» «Elle» est allongée aussi, il a plongé ses yeux dans les siens. C'est un texte d'une douceur immobile tant les corps des amoureux sont ancrés dans le paysage : «Sous la chape de ses cheveux vos visages se cachent. Elle murmure, Écoute les feuilles. Les yeux dans les yeux vous écoutez les feuilles. Dans leur ombre tremblante.»
Voilà. L'exercice s'appellerait : Ecoute les feuilles.
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