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Auteur : Leïla Sebbar
Date de saisie : 25/09/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Bleu autour, Saint-Pourçain-sur-Sioule, France
Collection : D'un lieu l'autre
Prix : 1.00 € / 6.56 F
ISBN : 978-2-912019-72-1
GENCOD : 9782912019721
Sorti le : 25/09/2007
Leïla Sebbar
Corse, dans un camp. On leur permet de cultiver leur jardin. Les femmes sont interdites. Naît une petite fille, Louisa, père prisonnier algérien, mère paysanne corse. Louisa est séquestrée dans la grande maison de l'oncle en Algérie, à Tiaret, une ville des hautes plaines. Le mariage sera princier.
Nouvelle inédite
Leïla Sebbar, née en Algérie d'un père algérien et d'une mère française, vit à Paris. Romancière et nouvelliste, elle a publié, entre autres, la trilogie romanesque Shérazade, Le silence des rives (Stock) ; des recueils de nouvelles, dont La Jeune fille au balcon, Soldats (Seuil), L'habit vert, Le ravin de la femme sauvage (Thierry Magnier) et Le peintre et son modèle (Al Manar, Alain Corius, dessins de Joël Leick) ; des recueils collectifs dont Une enfance algérienne (Folio Gallimard), C'était leur France (Témoins Gallimard), Mon père (Chèvrefeuille étoilée) ; et des essais, dont le ne parle pas la langue de mon père (Julliard). Aux Éditions Bleu autour, elle a publié Mes Algéries en France, Journal de mes Algéries en France, Les femmes au bain (roman) et, tout récemment, un essai, L'arabe comme un chant secret.
Louisa
Louisa
La plus jeune dans le camp.
A peine sept ans.
On dit «le camp» mais rien ne sépare les petites maisons du village plus loin, ni barrières ni barbelés, pas de gardes en armes, personne pour demander les papiers (en règle) lorsque les hommes vont et viennent. Travail imposé. Défricher à main nue des collines de cailloux durs qui déchirent les corps, labourer la terre sèche, les mulets avancent avec peine. Les prisonniers déportés sur l'île ne sont pas si nombreux et tous n'ont pas habité les montagnes aux pentes mauvaises, la figue et l'olive suffisaient à nourrir la famille, l'orge et le blé avares et le fromage, ils subsistaient.
Ceux qui étaient nés à la ville, de père en fils depuis le premier ancêtre, ceux qui ne savaient pas dire le nom des arbres et des plantes, ceux qui ne regardaient pas le ciel, ceux qui ignoraient toujours les rites agraires nourriciers, la terre il faut l'aimer, elle exige des preuves d'amour, des sacrifices, ceux-là vivant dans le camp, travaillant tout le jour, courbés sur les labours, semer, planter, récolter, ils seraient morts s'ils n'avaient pas appris, le travail forcé, ceux-là avaient souffert plus que lors des révoltes où tant d'hommes, frères pères cousins, avaient agonisé sous les oliviers, guérisseurs et marabouts ne soignaient pas ces blessures de guerre inconnues, les hommes les plus courageux hurlaient, la douleur s'entendait dans les maisons où les femmes serrées les unes contre les autres, en prière, cherchaient, chacune secrètement, à reconnaître les cris, mais les cris de la guerre ne sont pas les cris de l'amour. La nuit, guidées par les enfants, elles allaient sur le champ de bataille le plus proche, le harcèlement s'était transformé en massacre, cette parcelle de terre où les hommes de la tribu achevaient de vivre.
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