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Auteur : Ken Bruen
Traducteur : Simone Arous
Date de saisie : 03/01/2008
Genre : Policiers
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Fayard noir
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-213-62817-2
GENCOD : 9782213628172
Sorti le : 02/05/2007
Brady est grave barré, comme il l'a écrit sur les murs de sa chambre. Son passé est "encombré du barda de la manie dépressive. Le best of...
hôpitaux
folie
agressivité psychotique
achats compulsifs
et partie sur laquelle je m'attarde le moins
tentatives de suicide
et pourtant...
Quand l'exaltation frappe, bon dieu, il n'y a rien de pareil au monde". Et l'exaltation, Brady l'a. Il vient d'être embauché par Jack Dunphy, "un salopard de première. De sombres histoires couraient sur des clients traités à la batte de base-ball et au chalumeau. En tous cas, pas le genre de mec à faire chier", qui le charge de retrouver sa fille... est-ce le meilleur plan qu'il ait eu ?
"Un boulot simple. Retrouver une fille blanche à Brixton. Du gâteau. Ce que j'aurais du faire, c'est plutôt doubler mes doses de pilules et allumer un cierge à saint-Jude - peut-être même tout un paquet." Comme quoi Brady peut être lucide parfois, mais sa lucidité est trop rare et ses ennuis alimenteront tout ce nouveau - et excellent - livre de Ken Bruen qui est vraiment une des grandes révélations de ces dernières années. Avec son style syncopé, sa succession de petits chapitres, de références à la littérature et ses personnages hauts en couleur, Bruen vous entraîne dans une spirale de folie qui ne vous laissera pas indifférent.
Hackman blues
«Brady est grave barré.»
Il l'a écrit en gros sur le mur de sa chambre, et c'est de lui-même qu'il parle. Il a fait de fréquents séjours en prison ou en centre de désintoxication, pour se débarrasser de ses multiples dépendances. Il passe aussi du temps à ferrailler avec des psys intéressés par son cas : drogué, alcoolique, associal, agressif et homosexuel déclaré.
Il est rendu à la vie civile depuis peu, et sous lithium, lorsque le contacte Jack Dunphy, un promoteur immobilier, personnage à la fois ridicule et terrifiant qui fait une fixation sur l'acteur Gene Hackman, voué aux rôles de durs, auxquels il se réfère constamment. Brady doit retrouver sa fille et enquête avec son copain Reed, un ancien compagnon de cellule rasta. La jeune Rozaleen («Roz») a fugué à Brixton, le quartier jamaïcain de Londres, où elle est tombée sous la coupe de Léon, redoutable caïd local et proxénète.
Comme tous les héros de Ken Bruen, Brady est aussi un grand lecteur, et ce roman, découpé en chapitres brefs, secs et percutants, est un mix radical de culture littéraire, de poésie, d'ultra violence et d'esprit rock, avec une bonne dose d'humour cruel et ravageur.
Ken Bruen est né en 1951 à Galway (Irlande). Admirateur de Jim Thompson, Chester Himes et James Crumley, il a publié six romans dans la Série Noire dont Delirium tremens, Toxic blues ou Le Martyre des Magdalènes, et En effeuillant Baudelaire, chez Fayard Noir.
BRADY EST GRAVE BARRÉ
Je l'avais écrit sur le mur de la chambre, au marker jaune fluo. Jolie couleur, se marie bien avec les années de nicotine. Bon, d'accord. Comme on dit chez les Yankees, je m'allonge, ou - plus près de chez nous - je crache le morceau, chef. Je n'avais pas pris mes drogues de toute la semaine. Si je ne pouvais pas tenir quelques jours sans lithium, j'étais salement dans la merde. D'où ce message sur le mur. J'avais eu ce job dix jours plus tôt, et ça supposait pas mal de tournées des bars. La gnôle et les médicaments, ça fait pas dans la mélodie. Essayez.
Un boulot tout simple. Retrouver une fille blanche à Brixton. Du gâteau. Ce que j'aurais dû faire, c'est plutôt doubler mes doses de pilules et allumer un cierge à saint Jude - peut-être même tout un paquet.
Jack Dunphy est dans le bâtiment. À en croire certains, il est le bâtiment. Du moins, il l'a été pour tout le sud-est de Londres. Ce qu'on appelle un «Plastic Paddy». De la troisième ou quatrième génération, et aussi anglais qu'un toast. Capable de rallumer l'accent irlandais à la demande. Un con de frimeur aussi. Le fric, c'est lui. Il te le fait savoir. On disait qu'il avait épousé la présentatrice d'un jeu télévisé, ce qui en faisait un people, en coulisse. Encore un qui avait failli avoir son quart d'heure de gloire.
Un salopard de première. De sombres histoires couraient sur des clients traités à la batte de base-ball et au chalumeau. En tout cas, pas le genre de mec à faire chier. Je le connaissais vaguement depuis des années. Le petit ballet des «Comment ça va ?» et basta. Vif, bref, sans suite. Si on se revoit plus, à qui ça ferait de la peine ? Voilà.
Aussi, j'ai été un peu surpris quand il m'a offert un verre. Notre bookie local venait de se marier, et il y avait un pince-fesses dans l'arrière-salle du Greyhound, le pub que je fréquente parfois près de la station de métro Oval. J'étais installé au bar tandis qu'un fana du karaoké mutilait «That Loving Feeling».
- Paul, kes' tu bois ?
OK. Il se la jouait Londres sud-est. Pour me mettre à l'aise ?
- Ça va pour moi.
- Allez, prends queque chose. Yo', barman, deux doubles scotches, et pour avant-hier.
Je l'ai examiné. Le portrait craché de Henry Cooper, mais Notre Henry un brin suspect. Vêtu d'un beau costume, chaussures faites main, bien astiqué. Pas de rasoir électrique, ni de Bic jetable pour ce mec. C'est le fauteuil du barbier et le coupe-chou, le visage rosi par le massage. Il donne de bons pourboires, demande des nouvelles de votre légitime, et fait encadrer vos couilles si vous le contrariez. Un méchant, expert en com.
Les scotches sont arrivés. Il a remercié d'un signe, en a pris un et m'a invité à faire pareil. Ce que j'ai fait, mais l'ai reposé sans y goûter. Et il a dit :
- Cheers, Paul. Le meilleur... Best of British, hein ?
- C'est pas Paul.
- Quoi ?
- Mon nom... c'est pas Paul.
Ça l'a déstabilisé. Il se targuait d'être bien renseigné. Mais il s'est repris.
- Merde, excuse-moi, j'aurais juré...
J'ai goûté au scotch, ça allait, comme l'espoir. Il a tendu la main.
- On la refait. Je suis Jack Dunphy.
En un éclair, j'ai pensé, qu'est-ce qu'on en a à foutre ?, mais j'ai laissé courir. J'avais pris mes pilules.
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