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Auteur : William Bayer
Traducteur : Gérard de Chergé
Date de saisie : 07/11/2007
Genre : Policiers
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Noir, n° 659
Prix : 9.50 € / 62.32 F
ISBN : 978-2-7436-1721-9
GENCOD : 9782743617219
Sorti le : 03/10/2007
New York, années 80, plein hiver. Pam Barrett, journaliste sportive sur une chaîne locale sort de l'immeuble de son travail complètement déboussolée : au vu de sa carrière - bien propre et bien lisse - son patron lui suggère d'arrêter la télé. Elle est stoppée dans ses pensées moroses par un accident stupéfiant : un gigantesque oiseau tombe du ciel sur une patineuse, l'égorge et repart dans les cieux aussi vite et brutalement qu'il était arrivé. La patineuse est morte. Pam repère des japonais qui ont filmé la scène ; elle leur achète le film et rentre vite fait au studio : elle tient Le scoop. Rapidement, bon nombre de questions vont se poser : quel est cet animal ? Pourquoi tue-t-il ? Risque-t-il de revenir ?
Avec un tel début d'histoire - l'aigle géant qui tue les gens en pleine ville - les lecteurs peu au fait des prouesses de l'auteur, pourraient s'attendre à lire un nanard des années 80. Mais c'est sans compter le talent de William Bayer (ne dites pas que vous n'avez jamais lu «Le rêve des chevaux brisés» chez le même éditeur) qui donne de la densité à ses personnages, tisse de subtils liens entre eux, augmente le rythme de l'histoire pour terminer sur un final endiablé. On ne peut - une fois de plus - que remercier les éditions rivages d'avoir entièrement retraduit ce le livre, paru initialement dans une version tronquée à la Série Noire.
Pam Barrett est journaliste à la télévision, mais on ne peut pas dire que sa carrière décolle. Jusqu'au jour où elle assiste à une scène proprement stupéfiante : en plein New York, une jeune patineuse est assommée et égorgée par un oiseau géant qui disparaît aussi vite qu'il est venu. Panique, stupeur. Les témoins croient avoir rêvé, mais des touristes ont filmé l'attaque. Pam comprend qu'elle a une chance de faire la «une» en rapportant ces images insensées. Un ornithologue lui confirme bientôt que le «Meurtrier» est un faucon pèlerin femelle, mais un spécimen anormalement grand. Et jamais ce type d'oiseau ne fondrait sans raison sur un humain. Encore moins pour le tuer. De plus, comment cet animal s'est-il perdu dans Manhattan ? Peut-être n'est-il pas perdu, justement, et dans ce cas, l'affaire n'est plus du ressort des ornithologues, mais de la police.
Palpitant, envoûtant, ce thriller nous plonge dans le monde mystérieux de la fauconnerie. Une fois encore, bayer fait preuve d'une maîtrise éblouissante.
Paru à la série noire dans une version tronquée, ce livre a été intégralement retraduit.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Gérard de Chergé.
Elle ne savait pas où elle allait, ça lui était égal. Elle laissait la foule l'entraîner loin des locaux de la chaîne, loin de la salle de rédaction, des machines à écrire, des écrans de contrôle, de toute cette atmosphère pourrie. Elle ne voulait pas que ses collègues voient son visage. Profondément blessée, elle ne voulait pas qu'ils scrutent ses yeux pour mesurer son désarroi, sa douleur. Plus tard, peut-être, quand elle aurait pris sa décision pour la suite - parce que, naturellement, ce serait leur grande question : «Qu'est-ce que tu comptes faire, Pam ? Rester, ou quoi ?» Et comme elle ne connaissait pas encore la réponse, elle s'était réfugiée dans les rues.
Il faisait froid : une éblouissante journée d'automne, vivifiante et limpide. Elle en prit conscience après avoir parcouru plusieurs blocs. C'était l'une de ces éclatantes journées new-yorkaises comme elle les aimait tant. Les buildings dansaient, le granit étincelait, le verre chatoyait et s'enflammait. La ville était enchantée ; Manhattan, ensorcelé. Elle avançait avec le flot incessant des piétons. Elle essaya de sourire. Elle voulait être brave.
Elle avait toujours été ainsi : une femme qui ne montrait pas ses émotions. En tant que journaliste, c'était sa signature : ne jamais manifester d'hostilité, ne jamais révéler sa nervosité, son malaise. Elle aimait regarder la caméra bien en face, sans ciller, chaque cheveu à sa place, son fin visage parfaitement serein, un demi-sourire ironique sur les lèvres pour suggérer qu'elle ne laissait rien paraître mais n'en pensait pas moins. Peu importait ce qu'elle pensait ; elle n'était pas là pour étaler ses opinions. Elle était là pour donner une certaine image d'elle, pour être Miss Cool, pour porter un masque.
Mais maintenant, le masque s'était fissuré. Elle n'avait pas pleuré devant Herb. Ça, jamais. Jamais ! Mais maintenant, dans les rues anonymes, encombrées, elle avait du mal à refouler les larmes qui lui montaient aux yeux.
Son talon se coinça dans une grille d'égout. Elle trébucha, se cogna contre un passant. «Désolée», murmura-t-elle. Il ne lui accorda pas un regard, pas un signe de tête. Où allait-elle ? Là où la foule l'entraînerait. N'importe où. Loin.
Herb avait essayé de se montrer gentil - problème pour lui, parce qu'il ne l'était pas du tout.
- Je ne sais pas... Ce ne sont pas vos textes, vous écrivez très bien. Ce qui cloche, c'est votre débit. Trop froid. Distant. Ça ne passe pas. (Silence, puis :) Autant vous prévenir que j'envisage de vous retirer de l'antenne.
C'était donc ça : elle s'était trop bien camouflée, trop protégée. Elle avait fait semblant d'être Miss Cool et ça n'avait pas marché.
- Au naturel, vous avez une présence fantastique. Mais à la télé...
Herb avait conclu par un haussement d'épaules. C'était peut-être vrai. Le journalisme de télévision était impitoyable. La transmission pouvait trahir une prestation qui n'était pas conçue pour la cruelle neutralité de l'objectif.
- C'est pas la fin du monde, hein ! Plein de choses à faire pour quelqu'un comme vous. Rédiger les enchaînements pour le présentateur, par exemple. Il va y avoir une opportunité...
- Je suis journaliste.
- C'est évident. Évident. Et justement, si vous retourniez à la presse écrite ? Je détesterais vous voir partir, remarquez, mais il faut faire ce qui est le mieux pour vous.
Elle était sur la Sixième Avenue. Les tours des grands networks se profilaient juste devant. Elle croisa des hommes munis d'attachés-cases, des femmes en tailleur strict. Tous étaient pressés : ils allaient à des réunions, voir des avocats, conclure des marchés, se mettre en avant. Elle aussi était pressée... mais de s'échapper.
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