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Auteur : Théo Klein
Date de saisie : 03/10/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Témoignages pour l'histoire
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-213-63024-3
GENCOD : 9782213630243
Sorti le : 03/10/2007
Théo Klein est une des figures majeures de la communauté juive. Avocat d'affaires, ancien résistant, il a été président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) entre 1981 et 1987.
Il raconte ici, avec la liberté de ton, le franc-parler, l'humour et le sens du paradoxe qui le caractérisent, son parcours et ses combats, livre ses analyses et ses espoirs.
De son enfance dans le Xe arrondissement de Paris à l'école maimonide, du scoutisme à la Résistance, de sa découverte de l'Etat hébreu à la Guerre des Six Jours, de ses relations avec les principaux dirigeants d'Israël à ses engagements dans la politique française, l'itinéraire de Théo Klein est celui d'un grand témoin du XXe siècle qui porte sur son histoire et sur la société humaine un regard libre, lucide et éclairé.
Revendiquant la double nationalité française et israélienne, il livre une réflexion originale, et souvent à contre-courant de sa propre communauté, sur le conflit israélo-palestinien, la question de la Shoah et celle de l'antisémitisme, sur l'identité juive enfin, telle qu'il la vit et la conçoit, «fondée ni par le malheur ni sur le malheur, mais par un message exceptionnel, celui de la Torah».
Ecrivain et journaliste, Jean Bothorel est l'auteur entre autres d'une biographie de Louise de Vilmorin (Grasset, 1992) et de Jean-Jacques Servan-Schreiber (Robert Laffont, 2005).
Mais c'est sur l'identité juive que cet homme, qui dit n'avoir «jamais» eu la foi, touche le plus. Il s'interroge sur son rapport à la Torah, au Talmud et à la yiddishkeit (une philosophie de la vie mêlant «pessimisme scrutateur et optimisme sans mesure»). «Ni la Shoah ni l'État d'Israël ne constituent les fondements de la judéité», répond-il aux jeunes générations souvent plus intolérantes. Pour Théo Klein, «on ne peut se déclarer valablement juif qu'en étant porteur de la Torah».
Mon milieu naturel
- Commençons, si j'ose dire, par le commencement. Pierre Mendès France disait que beaucoup de Français d'origine juive étaient, comme lui, très soucieux de connaître leur généalogie. Est-ce aussi votre cas ? Avez-vous cherché à retrouver, loin dans le temps, l'origine de votre famille ?
Pas vraiment ! Du côté de mon père je ne saurais remonter au-delà de mon quadrisaïeul. Celui-ci s'est présenté, probablement au mois d'octobre 1808, à la mairie de Strasbourg, au moment où les Juifs ont été appelés à s'inscrire sur les registres de l'état civil. Il a déclaré choisir le nom de Klein. Marié, il habitait rue du Jeu-des-Enfants. Sa femme et la soeur de sa femme ont également choisi le nom de Klein.
Ce quadrisaïeul était «coupeur de cors», un métier extrêmement important à l'époque parce que beaucoup de Juifs allaient vendre leurs marchandises et se déplaçaient à pied. Il soignait leurs pieds et s'occupait notamment des beheimes händler, un mot alsacien tiré de l'hébreu behema, «bête», et de l'allemand Händler, «commerce». Les beheimes händler étaient des marchands de bestiaux qui se déplaçaient avec leurs vaches ou leurs taureaux. En tout cas, mon quadrisaïeul a dû exercer un métier qui lui laissait quelques moyens, puisque son petit-fils a reçu une éducation suffisante pour devenir grand rabbin.
Avec ce petit-fils, qui est mon arrière-grand-père, ma généalogie se précise. Il s'appelait Salomon. Grand rabbin du Haut-Rhin, il siégeait à Colmar et ce fut un personnage relativement important,, très orthodoxe dans sa pratique religieuse, à tel point qu'il n'a pas été accepté par les autorités consistoriales comme grand rabbin de France ni même comme grand rabbin de Paris, en raison de son orthodoxie. Dans sa région de compétence, il était respecté. Belfort, après la guerre de 1870, resta française et dans la famille on racontait que la communauté juive belfortaine disait : «C'est le discours très patriotique du grand rabbin lors de l'inauguration de la synagogue de Belfort qui nous a sauvés de la présence allemande.»
Mon arrière-grand-père écrivait admirablement le français et il a laissé un certain nombre d'ouvrages de réflexion. Il aimait aussi composer des poèmes et j'en ai retrouvé quelques-uns. Curieusement, il a donné à chacun de ses fils un prénom hébraïque et un prénom grec, ce qui témoigne, je crois, d'une réelle culture. Il est mort jeune.
Son fils aîné, mon grand-père, a quitté l'Alsace après la guerre de 1870, lorsque celle-ci est devenue allemande, pour s'installer à Paris où il était médecin. Je crois qu'il a habité tout de suite au 94 rue d'Hauteville, dans un appartement où loge encore un de mes fils. Le 94 rue d'Hauteville est, au fond, le seul lien matériel et localisé avec mes ancêtres dont je puisse faire véritablement état.
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