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Auteur : Jean-Philippe Toussaint
Date de saisie : 04/10/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Collection : Double, n° 45
Prix : 5.50 € / 36.08 F
ISBN : 978-2-7073-2005-6
GENCOD : 9782707320056
Sorti le : 04/10/2007
Il y a quelques années, j'ai essayé de faire une photo, une seule photo, quelque chose comme un portrait, un autoportrait peut-être, mais sans moi et sans personne, seulement une présence, entière et nue, douloureuse et simple, sans arrière-plan et presque sans lumière.
Le troisième livre de Toussaint est une réussite spectaculaire. Dans L'Appareil-photo, il se joue de toutes les difficultés. Son registre, c'est une ironie féroce, oblique et pascalienne. Mais la nouveauté, la vraie, c'est l'élégance visuelle des descriptions, la vitesse des enchaînements, les commentaires sournois, moqueurs, complices, qui forment des apartés très originaux avec le lecteur.
Jacques-Pierre Amette, Le Point
Jean-Philippe Toussaint est né à Bruxelles en 1957. Il est écrivain et cinéaste. L'Appareil-photo est son troisième roman. En 2005, Fuira obtenu le prix Médicis.
C'est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme où d'ordinaire rien n'advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements qui, pris séparément, ne présentaient guère d'intérêt, et qui, considérés ensemble, n'avaient malheureusement aucun rapport entre eux. Je venais en effet de prendre la décision d'apprendre à conduire, et j'avais à peine commencé de m'habituer à cette idée qu'une nouvelle me parvint par courrier : un ami perdu de vue, dans une lettre tapée à la machine, une assez vieille machine, me faisait part de son mariage. Or, s'il y a une chose dont j'ai horreur, personnellement, c'est bien les amis perdus de vue.
Ainsi, un matin, me suis-je présenté aux bureaux d'une école de conduite. C'était un local assez grand, presque sombre, dans le fond duquel plusieurs rangées de chaises se trouvaient disposées en face d'un écran de projection. Sur les murs étaient toutes sortes de panneaux d'indications, quelques affiches bleu pâle ici et là, décolorées et datées. La jeune femme qui me reçut me présenta la liste des documents que j'avais à fournir pour l'inscription, me renseigna sur les prix, sur le nombre de leçons qu'il me faudrait prendre, une dizaine tout au plus pour le code, et une vingtaine pour la conduite, si tout se passait bien. Puis, ouvrant un tiroir, elle me tendit un formulaire, que je repoussai sans même y jeter un coup d'oeil, lui expliquant que, rien ne pressant, je préférais le remplir plus tard, si c'était possible, quand je reviendrais avec les documents par exemple, ça me paraissait beaucoup plus simple.
Je passai la journée chez moi, ensuite, lus le journal, fis un peu de courrier. En fin d'après-midi, il se trouva que par hasard je repassai devant les bureaux de l'école de conduite. J'en profitai pour pousser la porte, et la jeune femme, me voyant entrer, crut qu'en réalité je revenais déjà pour l'inscription. Je dus la détromper, mais lui laissai entendre que les choses avançaient, j'avais déjà la photocopie de mon passeport et envisageais dans les heures à venir de voir ce qu'il y avait lieu de faire pour la fiche d'état civil. Elle me regarda un instant avec perplexité et me rappela au passage de ne pas oublier les photos (oui, oui, dis-je, quatre photos).
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