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Auteur : Florence Dupont
Date de saisie : 31/10/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Aubier, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-7007-0046-6
GENCOD : 9782700700466
Sorti le : 09/10/2007
Ce livre voudrait libérer les scènes et les esprits.
Libérer le théâtre occidental, qu'Aristote vampirise depuis près de 2 500 ans. En son temps, la Poétique fut une machine de guerre contre le théâtre traditionnel. Aristote inventait un théâtre littéraire, élitiste, austère, sans corps ni musique ni dieu : un théâtre de lecteurs. L'idéologie aristotélicienne est plus que jamais présente dans notre théâtre contemporain - souvenons-nous du festival d'Avignon 2005 et des polémiques autour d'Olivier Py et Jan Fabre.
Cette idéologie est partout : dans le texte sacralisé, " tout le texte, rien que le texte ", dans le récit, surnommé " fable " depuis Brecht, et placé au centre de tout, dans la mise en scène elle-même et la dramaturgie, inventions pourtant récentes. Ainsi, public, metteur en scène et dramaturge se trouvent aujourd'hui réduits à n'être plus que les lecteurs d'une histoire. Aristote a déthéâtralisé, désenchanté le théâtre.
Libérer la scène contemporaine, c'est redécouvrir les théâtres ritualisés, ludiques, musicaux. L'aristotélisme moderne a commencé à s'installer avec Goldoni et le siècle des Lumières, au cri de " Dehors les Bouffons ! ". Ce livre voudrait contribuer au retour des bouffons.
Florence Dupont, professeur de latin à l'université Paris 7, directrice de programme au Collège international de philosophie, est notamment l'auteur de L'Erotisme masculin dans la Rome antique (Belin, 2001) ; L'insignifiance tragique (Le Promeneur, 2001) ; L'Orateur sans visage. Essai sur l'acteur romain et son masque (" Collège international de philosophie ", PUF, 2000) ; L'invention de la littérature : de l'ivresse grecque au texte latin (La Découverte poche, 1998), Homère et Dallas. Introduction à une critique anthropologique (Hachette, 1991 ; rééd. Kimé, 2005).
Pourquoi s'ennuie-t-on aujourd'hui au théâtre ? Pourquoi cet art est-il en passe de ne plus offrir qu'un délassement d'intellectuels ? Dans Le Théâtre est-il nécessaire ? (Circé, 1997), Denis Guénoun notait que le cinéma avait désormais capté l'imaginaire du théâtre, sa puissance d'identification. L'analyse de Florence Dupont est plus radicale encore : à ses yeux, la catastrophe remonte bien plus loin. Le coupable n'est autre qu'Aristote (384-322 av. J.-C.)...
Qu'on ne s'y trompe pas : Aristote ou le vampire du théâtre occidental, le nouvel essai de Florence Dupont, professeur de latin à l'université Paris-VII, dépasse largement le débat entre tenants du théâtre "à texte" et tenants du théâtre "du corps", qu'avait relancé la programmation d'Avignon en 2005. Le metteur en scène très claudélien Olivier Py et son homologue primitiviste Jan Fabre s'accordent en effet tous deux à partir du texte. C'est donc cette suprématie de l'écrit qu'il s'agit d'attaquer, à travers une relecture décapante de la Poétique. A ce monument, Florence Dupont applique le même regard anthropologique que, dans sa lutte contre la dictature du livre, elle avait naguère appliqué à deux produits culturels populaires que personne n'aurait osé réunir avant elle : Homère et la série télévisée "Dallas".
Extrait de l'introduction :
IL N'EST PAS SI FACILE D'ÊTRE NON ARISTOTÉLICIEN
La comédie romaine ou le «regard éloigné»
Ce projet, déconstruire la Poétique d'Aristote et ses concepts et sortir ainsi de l'aristotélisme ambiant, vient d'une constatation pratique : la comédie romaine antique reste absente des scènes contemporaines et elle est systématiquement méconnue par les études théâtrales. Plaute et Térence ne plaisent ni aux classiques ni aux modernes, ni aux professionnels de la littérature ni aux professionnels de la scène. Or, pour comprendre ce mépris, il nous a fallu chercher très loin les racines du mal et remettre en cause des postulats esthétiques qui empoisonnent le théâtre occidental. Ce qui nous a fait découvrir que ceux-ci s'enracinaient dans un aristotélisme rampant et diffus qui a envahi progressivement, depuis presque deux siècles, tout le territoire du théâtre. Parmi ces postulats les plus solidement installés, nous avons ciblé celui de la «fable», avatar contemporain du muthos aristotélicien que Brecht et ses disciples ont célébré comme une vérité du coeur. Tout le monde croit, car c'est une croyance, qu'une pièce de théâtre était toujours, jusqu'à une date récente (jusqu'à ce théâtre que Hans-Thies Lehmann appelle postdramatique) la représentation d'une histoire.
Donc, parce que tout théâtre ancien est aujourd'hui perçu comme un récit scénique, une comédie de Plaute ou de Térence est appréhendée par nos contemporains à partir de la «fable». La pièce consisterait en une histoire, transposée pour la scène, avec des personnages, des situations, des caractères plus ou moins typés, dans un parler populaire émaillé de plaisanteries lourdes, le tout joué par des acteurs. Il y aurait ainsi trois niveaux successifs d'élaboration du spectacle : la fable, le texte, la mise en scène. Perçues de cette façon et confrontées au théâtre classique, les comédies romaines semblent assez mauvaises : les histoires sont toujours les mêmes, les situations répétitives et la psychologie simpliste. Enfin, les plaisanteries ne font plus rire personne. Pour ne pas parler des mises en scène issues de cette lecture, généralement universitaires et désolantes.
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