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Auteur : Éric Brian | Marie Jaisson
Date de saisie : 18/10/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Raisons d'agir éditions, Paris, France
Collection : Cours et travaux
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-912107-36-7
GENCOD : 9782912107367
Sorti le : 18/10/2007
Le sexisme de la première heure
Hasard et sociologie
Ce livre étudie l'entrée des nouveau-nés dans la vie sociale et, en particulier, l'une des toutes premières distinctions qu'ils portent à cette occasion : est-ce une fille ou un garçon ? Dans les pays riches, il naît aujourd'hui 51,2 % de garçons et 48,8 % de filles. En Chine, il en naît respectivement 55 % et 45 %. Cet écart a conduit des chercheurs de diverses disciplines à s'interroger sur le phénomène des «filles disparues» (missing girls).
Pourtant, en France aussi, la proportion des sexes à la naissance a singulièrement varié au cours du XXe siècle.
À rebours d'un ethnocentrisme commode qui se contenterait de désigner au loin l'horreur d'infanticides à grande échelle, Eric Brian et Marie Jaisson reconstituent les formes du dénombrement des sexes à la naissance depuis trois siècles. Combinant histoire des sciences et sociologie, leur enquête met en évidence l'importance de l'incertitude dans la formation des normes morales et dans la logique de la domination selon les sexes.
C'est un phénomène bien connu : dans tous les pays naissent plus de garçons que de filles. Dans les pays développés d'aujourd'hui, ce «sex-ratio» se situe aux alentours de 51,2 %. De nombreux spécialistes considèrent que ce chiffre est l'un des rares paramètres démographiques à peu près constants, hormis le cas particulier des pays en forte transition démographique, comme la Chine «de l'enfant unique» où le sex-ratio a augmenté depuis le début des années 80 jusqu'à dépasser les 55 %. L'objectif des deux auteurs est de montrer que l'élaboration de cet indicateur en apparence sans histoire est en fait révélatrice de questions essentielles pour les sciences sociales. Il constitue un enjeu intellectuel dès le XVIIIe siècle.
Extrait de l'introduction :
Depuis que nous avons l'occasion de présenter devant des auditoires scientifiques les recherches sur le sexe des nouveau-nés dont ce livre rend compte, force nous est de constater que, chaque fois, les mêmes thèmes viennent hanter les discussions, certes sous de savants atours. De même, soulevez le lange du bébé - disons plutôt : détachez sa couche-culotte -, dissertez du sexe du petit ange : on vous dira des attentes, par-rois des déceptions et des consolations, cela presque toujours sur le ton du bonheur affiché. Comment espérer garçon ou fille ? On vous révélera peut-être quelque recette dite de bonne femme, ou quelque conseil d'expert médical. On en viendra à coup sûr aux mystères et aux hasards de la Nature - si ce n'est aux voies impénétrables du Seigneur - pour en finir, quant à soi, aux nécessaires joies de la parenté. Et qui ne s'y résoudrait pas aurait bien de la peine à dire son singulier malheur sans choquer profondément - ou paraître choquer - son entourage. Soumettez un «moyen nouveau» de choisir le sexe de 1 enfant à naître à un forum sur Internet, et la discussion qui s ensuivra parcourra en une dizaine d'interventions le spectre des arguments agités aussi bien par les savants que par les profanes depuis fort longtemps (voir les extraits ci-dessous). La sociologie peut-elle ajouter là-dessus quoi que ce soit sans errer dans ce labyrinthe, sans vainement gloser les lieux communs ni renoncer à l'affirmation de sa visée scientifique ?
Huit femmes sur Internet à propos d'une méthode diététique pour choisir le sexe de son bébé
[A. 26 ans] - Bon... ça a l'air sérieux... Perso, moi je me vois pas choisir le sexe de mon enfant, m'enfin je comprendrais que des parents qui ont eu cinq enfants du même sexe veuillent un enfant de l'autre sexe... m'enfin...
[B. 32 ans] - [...] C'est la nature qui décide du sexe de l'enfant, c'est une belle surprise en général [...].
[C. 35 ans] - Nain porte quoi ! ! ! ! ! Vraiment ils prennent les gens pour des cons, j'en ai entendu parler à la télé et il a été dit que ce sont d'ennnnnnnnnnormes foutaises [...].
[D. 26 ans] - [...] Personnellement, je pense que le psychologique influe beaucoup... j'ai des exemples autour de moi (et j'en suis un, d'ailleurs) où le désir (ou le non-désir) d'avoir un enfant d'un sexe déterminé a influé justement sur le sexe du bébé attendu... Sinon, il y a des théories sur la manière et la fréquence des rapports sexuels, qui influent également... et si au final on se contentait de ce qui arrive ? Parce [que] fille ou garçon, on a voulu un enfant et on a eu la chance de l'avoir...
[E. 24 ans] - Et bien au final, je trouve que ce n'est pas vraiment idiot. Ce sont les spermatozoïdes qui déterminent le sexe de l'enfant [...]. En résumé, je vais pas entrer dans des explications détaillées. Pour faire un petit gars : [...]. Pour faire une princesse : [...]. Enfin tout cela ne peut augmenter vos chances que de quelques % d'avoir ce que vous désirez. Le reste c'est la nature qui décide ! Mais cela vaut peut-être le coup d'être tenté. Au pire c'est pas un drame... Quoique... Vous savez qu'on a fait des sondages auprès des femmes qui ont avorté en France [...] il s'avère que la deuxième cause d'avortement (après un âge trop jeune) est le sexe du bébé ! ! ! ! ! Effarant, c'est limite de l'eugénisme ! ! Mais ça, les femmes ne le disent pas au médecin au moment de l'IVG !
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