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.. Est-ce ainsi que les hommes...

Couverture du livre Est-ce ainsi que les hommes...

Auteur : Claude-Jean Poignant

Date de saisie : 15/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : D'un noir si bleu, Gibles, France

Collection : Traverses

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 978-2-916499-05-5

GENCOD : 9782916499055

Sorti le : 15/09/2007

  • Les présentations des éditeurs : 26/10/2007

La violoniste entame le bal. Epuisée, souriante, révélée, elle babille, dépouillée, toute indécence clamée et domptée, elle trouve encore la force. C'est bien.
L'homme Berlioz est débordé. Hector Berlioz n'est pas dépassé. Par le génie de sa musique, il permet son propre rapetissement. Qu'importe si lui n'était tombé fou amoureux que d'une femme qu'il n'avait pas même effleurée. Alors que ce qu'il vient de diriger... Le chef s'engorge d'une victoire assumée. Adossé à la musique, il a su se rendre maître de ce désir tronqué, il a réussi à en dévoiler l'intime foyer, il a mené ce miracle.

Je tiens à ces petites zones de l'écriture qu'on ne voit pas au premier coup d'oeil, à ces petits recoins pas nets, obscurs, parfois dérangeants, parce que je pense qu'on écrit aussi pour tenir compte de l'intime réel, pas celui qu'on pense décrire par des phrases mais celui dont une écriture est faite sans le savoir elle-même. Et je me rends compte avec bonheur que, parfois, cela colle à ce que je veux exprimer dans ce texte, à cette liberté que je revendique à travers l'acte d'écriture.


  • Les courts extraits de livres : 26/10/2007

Le chef les regarde arriver. Il regarde l'un, il regarde l'autre, détaille un petit groupe, avec, ce soir, la même attention que tous les soirs précé­dents, cependant qu'eux apparaissent, passent et vont s'installer. Passager ce pic d'intérêt, passager et anecdotique ; il s'en trouve saisi depuis des années et des années qu'il exerce ce métier. À chaque fois cette curiosité sans but qui lui commande les yeux et suspend toute autre pensée. Ce soir, la séquence se déroulerait presque en stricte normalité si ce n'était... la fugacité d'un obturateur, l'impression d'une ouverture violente, imposée, une fenêtre forcée à s'ouvrir sous le bou­toir de l'orage, un craquement interne ; un voile uni et bien tendu vient de se déchirer en lui.
Quand un minuscule vaisseau se rompt dans le cerveau, la conséquence peut en être majeure, mais elle n'a pas d'effet tangible immédiat, elle est trop enfouie, trop lointaine et tout continue à se dérouler selon l'habitude. Ici par exemple, c'est tout à fait autre chose qu'il perçoit, une autre petite modification physique en lui, celle qu'il connaît, facile à repérer, celle qui fait réagir son corps, par automatisme ou par réflexe conditionné dès que les premiers franchissent le petit porche de pierre. Une raideur lui naît, dans les jambes, monte dans le dos, une élongation, une rigidité qui pousse, ascendante. À ce propos, le chef s'est demandé si l'Auteur, lorsqu'il lui arrivait de diriger, avait ressenti quelque chose de semblable à ce moment-là, si son corps avait, lui aussi, manifesté une telle volonté d'élévation. Jeu de bascule, cependant qu'eux, les musiciens, commencent presque tous par s'asseoir, au-dessous. Alors lui seul demeure dressé. Très. Du moins est-ce l'impression qu'il donne, un peu malgré lui. Bien droit, dans une posture accentuée, tendue un peu vers l'avant, érigé, comme s'il poussait de sa tête la voûte du ciel. C'est ainsi qu'il doit se tenir. La position découle de la fonction. Être dressé. Parce qu'il est aussi - plaisanterie de conservatoire éculée - celui qui dresse, à la baguette. Toute plaisanterie mise à part, il détient la baguette ici, lui et lui seul, il enjoué... Jouer de la baguette, de cet instrument muet, capable de déclencher les orages aussi bien que les silences, instrument fabuleux, singulier. Ce soir sera soir singulier, lui aussi, il le pressent, et pas seulement parce que demain sera... bah, qui sait... demain ?


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