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Auteur : Corine Pourtau
Date de saisie : 01/03/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : D'un noir si bleu, Gibles, France
Collection : Traverses
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 2-916499-00-8
GENCOD : 9782916499000
Sorti le : 01/03/2006
Apolline et son petit doigt noir de terre. Apolline pour qui les mots sont des têtards dans le bassin vert sombre du tableau. Apolline et son arbre aux oiseaux...
Malika, dans sa robe de cérémonie, qui pousse devant elle, sur la mosaïque du hammam, des petits cailloux blancs...
Jeanne aux yeux mauves... Jeanne qui ne sait pas dire :
«C'est moi, l'enfant de Julia...»
Et puis Béa qui s'en va ; la vieille dame et les cyprès qui ferment au nord l'enclos du cimetière ; le voiturier ; l'homme en costume trois pièces qui revient chaque jour au bout de la jetée ; elle, enfin, qui n'a pas de nom parce qu'on a oublié qu'elle fut un jour quelqu'un d'autre que la maman de Sixtine et des jumeaux...
Huit figures de la fragilité et de l'absence dont la prose musicale de Corine Pourtau nous invite à écouter les voix singulières.
Quand elle était petite, elle aimait bien calculer l'âge qu'elle aurait en l'an 2000 : 38 ans. Ça lui paraissait loin. Ça lui paraissait vieux. Et ça la faisait rire. 38 ans, c'était le bout du monde. Un endroit qui existait, sans doute, que l'on pouvait pointer de son doigt sur les cartes... Mais un endroit où l'on n'arrivait jamais...
Elle s'amusait à regarder passer les dames, dans la rue, celles qui lui semblaient à ce point vieilles : 38 ans. Elle jouait à se faire des frayeurs, comme lorsqu'elle parlait du loup-garou, à voix basse, derrière les platanes de la cour de récréation avec ses camarades. Ou encore des dames blanches qui font des signes, la nuit, aux conducteurs qu'on retrouve morts dans un ravin, le lendemain matin. Et c'était comme si ces dames existaient dans un monde parallèle. Comme si elles appartenaient à une dimension qui n'était pas la sienne. Un avant-goût de cet an 2000 peut-être, lointain, improbable, où l'on irait passer le week-end sur la lune, et où chacun aurait pour se déplacer dans les airs un petit engin spatial entièrement automatisé, même les enfants. Où les échanges scolaires se feraient avec les écoliers verts de la planète Mars...
Et puis elle avait commencé à s'interroger. À quoi est-ce que ça se reconnaissait, 38 ans, chez une dame ? À ses pas qui font «clac clac» sur le sol et qui ne se trompent jamais de direction ? À ses gestes ? Son air de toujours savoir ce qu'il faut faire ? Elle s'était demandé si à son tour elle saurait toujours où il faut aller, quand elle aurait 38 ans. Si elle saurait toujours ce qu'il faut dire, comment agir. Si derrière le visage qu'elle verrait dans le miroir, un visage qu'elle n'imaginait même pas, ce serait elle encore... Parce que finalement la dérive des continents, ça existe. Ça rapproche de vous, imperceptiblement, certains endroits... Et les albums photos fonctionnent comme les sismographes. Ils dessinent joliment le mouvement. La permanence, ils ne la connaissent pas, et, forcément, ils ne savent pas la retenir...
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