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Auteur : Anne Poiré
Date de saisie : 01/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : D'un noir si bleu, Gibles, France
Collection : Traverses
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-916499-03-1
GENCOD : 9782916499031
Sorti le : 01/02/2007
Allez, entre !», répétait Daugava, ses couettes de blé dénouées, bâillant encore. Je rejoignais sans hésiter le royaume de leurs odeurs combinées, cette pièce commune dans laquelle ils s'étaient inextricablement entassés... J'étais fille unique : le mystère des familles nombreuses contribuait à me rendre cet univers formidable.
Humour, cocasserie, gravité, poésie... Écriture trempée dans les sons, les odeurs, les couleurs et les sensations...
Les nouvelles d'Anne Poiré, qu'elles mettent en scène les aléas de la famille nombreuse, le mystérieux phénomène de la gémellité ou la solitude de l'enfant unique, nous livrent de merveilleux fragments d'enfance - la sienne, la nôtre -, traçant ainsi la géographie d'une enfance universelle, territoire de l'anecdotique et de l'inoubliable, où s'écoulent ces heures irremplaçables pendant lesquelles l'être adulte se façonne, s'édifie.
Vous allez vous calmer ?» Papa grondait un peu, sans y croire lui-même. Il s'arrêtait parfois : tic-tac intermittent, ralentissement, crissement des pneus sur le gravier. Il sortait, se plaçait dos à la route - et à nous -, les jambes écartées, afin de se soulager de quelque urgence, pendant que je me mettais plus loin, accroupie, les sandalettes éloignées au maximum, pour que les lanières orangées ne soient pas aspergées par le jet chaud. Je l'imitais, à ma manière de fillette.
Mélodie saccadée.
Le temps de s'oxygéner, de se reposer les muscles - et le moteur, capot ouvert -, après d'intenses mouvements de culture physique, mon père redémarrait, à raisonnable allure.
Lorsque c'était avec maman que je montais, elle, si bavarde d'ordinaire, ne disait mot, crispée sur le volant, n'ayant qu'une hâte, que l'on arrive au plus vite !
Les joies des familles nombreuses, nul ne les peut imaginer, s'il ne les a goûtées en «vrai»... Nous étions incroyablement chargés, plein d'enfants, dont trois en très bas âge, à l'époque de Maminette, de quatre mois à moins de cinq ans. La diversité de nos besoins, sans omettre tout le matériel nécessaire à un nourrisson et son aîné de treize mois, imposaient un déménagement quasi complet.
Nous partions à deux véhicules bondés, après des préparatifs qui occupaient la tribu plusieurs jours à l'avance.
Nous étions assurés d'oublier quelque chose ; c'était devenu une tradition. À peine avions-nous couvert les premiers kilomètres, maman se frappait le front, actionnait le clignotant, se rabattait. Papa stoppait, pressant, sortait très inquiet de sa voiture, ritournelle continuelle : «C'est grave, qu'est-ce qui ne va pas ?»
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