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Auteur : Claude Jeancolas
Date de saisie : 28/10/2007
Genre : Arts
Editeur : FVW, Paris, France
Prix : 45.00 € / 295.18 F
ISBN : 978-2-914304-24-5
GENCOD : 9782914304245
Sorti le : 16/10/2007
A peine le modèle original a-t-il disparu dans une Afrique incertaine, on commence à dessiner et peindre le portrait d'Arthur Rimbaud. Le phénomène est unique dans la littérature et même hors de la littérature. Quelle que soit l'époque, quel que soit le lieu, les artistes s'arrêtent sur ce regard, le scrutent, l'étudient, cherchent à le transcrire. C'est qu'interrogeant ce visage, ils s'interrogent sur la création artistique, le génie, notre destin d'hommes et tout autant sur eux-mêmes. Voici une anthologie exceptionnelle : elle réunit des artistes aussi divers que Giacometti, Picasso, Mapplethorpe, Roberto Matta, Patti Smith, Sidney Nolan, Cocteau, Braque, Germaine Richier, Miro, Klee... dans la même ferveur. Par eux, Rimbaud se confirme intemporel et universel. Chacun renouvelle la vision, y intégrant son expérience intime, ses propres souffrances, ses aspirations, son style. Chacun proclame haut et fort : Rimbaud c'est moi !
La première partie de cet ouvrage apporte les clefs de cette aventure artistique jamais finie. Comment Rimbaud se voyait-il physiquement et que nous en a-t-il dit ? Comment les témoins ont-ils rapporté les visions qu'ils avaient eues du corps de Rimbaud ? Comment est née cette photographie de Carjat, d'où tient-elle sa force mythique et quelle est son histoire ? Rimbaud aimait-il la peinture et les artistes, et comment les artistes l'ont-ils peu à peu découvert ? Enfin chaque oeuvre et chaque artiste sont présentés et analysés pour que le florilège soit aussi une source de connaissance, une compréhension supplémentaire de la modernité de Rimbaud.
Claude Jeancolas est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages de référence sur Arthur Rimbaud. Son travail est marqué par la volonté de révéler par-delà l'image flamboyante et trop romantique du Maudit, l'être inquiet, fragile, volontaire, fondamentalement logique, terriblement humain en somme. Il a publié entre autres : L'oeuvre intégrale manuscrite de Rimbaud (Textuel, 1996), Passion Rimbaud (Textuel, 1998), Rimbaud, biographie (Flammarion, 1999), Vitalie Rimbaud, pour l'amour d'un fils (Flammarion, 2004), Rimbaud après Rimbaud, anthologie de textes (Textuel, 2004). Il est aussi historien d'art et a publié récemment aux éditions FVW : Venise et ses peintres, une histoire intime (1999), La Peinture des Nabis (2002), l'Art fauve (2006).
LE BEAU CORPS DE VINGT ANS QUI DEVRAIT ALLER NU
Et lui, comment se voyait-il ? Aucun doute, celui-là qui se cherche un destin et un salut s'est longuement interrogé devant le miroir : «La première étude de l'homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière.» écrit-il. L'autoportrait, certes, n'est pas objectif, il n'est pas soi, mais vision de soi par soi-même, images mêlées de celui que l'on est et celui que l'on veut être, sa vérité mêlée à son rêve. Dans ce regard bleu, clair, lumineux et froid aussi, il put lire la possibilité d'une détermination farouche et retrouver ses exigences d'une vie qui ne fut ni banale, ni médiocre, ni ordinaire ou satisfaite. Ce «je» est l'obsession de son oeuvre et c'est le mot le plus fréquent. Par là, elle devient souvent autobiographie. Il ne s'y peint jamais directement, une pudeur trop forte le retient. Il n'est ni Rembrandt ni Van Gogh. Il est de ceux qui se dissimulent dans la foule, parmi les acteurs. Chaque représentation est une facette de lui-même, jamais l'intégralité et c'est, le lisant, un travail de recomposition du puzzle auquel il faut se soumettre pour l'entrevoir, lui, dans son corps et son âme réunis. Les artistes qui, plus tard, évoqueront son visage, inconsciemment seront marqués par ce qu'il aura dit de lui dans ses écrits, qui sont ses confidences intimes. Ce qu'il aura exprimé par les mots, ils le diront par des traits, des formes et des couleurs : le goût de la liberté, l'obstination, l'intransigeance, la malédiction, la fièvre du salut... Comment Rimbaud se voit-il enfant ? C'est dans Les Poètes de sept ans qu'il faut le lire : yeux très bleus, comme ceux de sa mère, front large, et soucieux déjà, docile mais pas esclave, il sait en cachette «tirer la langue» c'est-à-dire se moquer de l'ordre, des règles, des bienséances obligées. Pour plus de visions il écrase ses yeux avec ses poings et l'on sait que ce geste lui restera comme une habitude. Il est précoce : il mordille les fesses de la petite voisine et emporte «la saveur de sa peau dans sa chambre.» Il est seul et solitaire, lectures et rêveries, un peu voyeur aussi. Dans Les Chercheuses de poux, il se voit les cheveux en désordre et criblés de poux, c'est une invention- sa mère Vitalie ne l'aurait pas toléré- c'est sa liberté dès qu'il échappera à la tyrannie maternelle. Les tantes d'Izambard l'épouillent : tous ses sens sont en éveil, il sent le souffle des épouilleuses, il lui vient des désirs de baisers, de caresses, son corps se perd entre évanouissement de plaisir et «désir de pleurer», la confusion des sens. Dans Sensation comme dans Ma Bohème, il se voit libre, totalement libre, sans attaches, sans devoirs, sans contraintes, insouciant de tout. Il se dit «débraillé comme un étudiant» dans A la Musique et toujours d'une sensualité à fleur de peau, observant les «alertes fillettes», et troublé par une chair entrevue, «brûlé de belles fièvres...» La même ivresse des sens reparaît dans Roman : «On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans... On va sous les tilleuls verts de la promenade... On se laisse griser. La sève est du Champagne et vous monte à la tête... Vous êtes amoureux...» La même intimité de l'âme et du corps dans l'extase d'Oraison du soir : il s'y voit ange, mais «pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin». Confusion au ciel, et défi au ciel, extrême liberté, bonheur.
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