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Auteur : Olivier Germain-Thomas | Christian Giudicelli
Date de saisie : 26/10/2007
Genre : Art - Peinture
Editeur : Privat, Toulouse, France
Collection : Beaux Arts
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-7089-8192-8
GENCOD : 9782708981928
Sorti le : 26/10/2007
CLAUDE VERDIER (1932-1997) est resté toute sa vie attaché à ses origines méridionales. La plupart de ses oeuvres ont été inspirées par des paysages du département du Gard dont, mieux que tout autre, il a su saisir l'esprit. Ce livre propose une aventure rare : découvrir un peintre qui n'a cessé d'interroger les secrets de la nature. Les villages perchés, les arbres, les rochers ou les chardons qu'il dessine et peint expriment l'étonnement face à la création. Au fil de cet ouvrage, des citations de Claude Verdier rythment le choix des oeuvres représentées. Des écrivains, qui ont compris l'importance de son travail et qui souhaitent faire partager le plaisir qu'ils ont à le contempler, ont également livré les commentaires accompagnant ces reproductions : Salim Bachi, Philippe Barthelet, Patrick Besson, Pierre Boncenne, Claude Michel Cluny, Lydia Harambourg, Christine Jordis, Gabriel Matzneff, Jean-Noël Pancrazi, Boris Schreiber et Roger Vrigny. Ils ouvrent une nouvelle fois l'écriture à la peinture, mettant ainsi des mots sur la dimension impalpable mais essentielle de l'art.
Choses vues, choses nues
par Claude Michel Cluny
CLAUDE Verdier appartient à une famille d'artistes exigeants, habités par cette pudeur de l'honnêteté qu'est la discrétion, où se rencontrent, par exemple et sans pour autant se ressembler, Montandon, Dubuis, Vieillard, pour lesquels l'art est un artisanat de l'insaisissable et de la réalité magique. Mais, si Claude Verdier s'effaçait devant ce qu'il voyait, il n'est pas un dessin de sa main que l'amateur ne reconnaisse comme son écriture même. Il ne voulait que les apparences lui servissent de faire-valoir, de faux témoin. Il avait raison, en ce sens qu'elles devenaient simplement, du seul fait de sa main, des pages d'album de Claude verdier, herboriste et paysagiste de l'étrange réalité - peinctre du roy, comme les archivistes d'autrefois eussent pu l'attester. Un morceau odorant de Provence, jeté à l'occident du Rhône, était devenu par dévolution naturelle son étroit et inépuisable royaume. Sa terre de naissance mais aussi d'élection, de dilection, de méditation. Du retour obstiné autant qu'aimant aux paysages solaires de son village, Goudargues, de la vallée de la Cèze, de Villeneuve-lès-Avignon, de leur flore se lève justement l'effet prenant d'une calme méditation. Quelques pages italiennes ou arabes s'y associent, sans nulle trace de pittoresque, ce mauvais verni que les esprits superficiels ajoutent à ce qu'ils ne voient vraiment ni ne comprennent. Il n'y a pas de distance sensible entre la main de Claude Verdier et ce qu'elle saisit dans une sorte de sérénité hors des contingences. L'impression de ressourcement d'une ambition émerveillée aussi bien qu'émerveillante est immédiate ; elle traduit le fait d'avoir été là, où rien n'advint, le temps suspendu - une patience du faire qu'un album d'hommage a fidèlement titré La Leçon des choses.
Leçon qui ne s'enfermait pas dans une religion de la forme, mais se donnait pour bonheur de s'emparer, grâce aux signes d'une réécriture, des apparences nettoyées de toute anecdote. D'une illustration presque virgilienne mais pure de toute présence. Car il s'agit d'une écriture dont l'ascèse (rien de facile, rien d'aimable : une rigueur un peu huguenote, qui sait ?), ne délivre ses charmes qu'à l'attentive patience de son lecteur. En accord parfait, sans appoggiatures (acquiescerait le musicien qu'il était aussi), avec les pierres sèches, la lumière exacte, tout un biotope propice aux épineux, aux insectes, aux fleurs ingrates. Le bec de la plume y bataille d'égal à égal, bref, vif, avec, peut-être bien, le désir réfréné d'entailler le papier à la manière du burin du graveur. On voit ces frémissements de l'acier souple sous l'effort sensible de la main si l'on détaille la tapisserie des signes dont se forme un paysage. Ou la pureté décisive du tracé lorsque le trait installe volumes et lignes de fuite et déploie l'espace sans nul artifice. Art que Claude Verdier veut à lui seul capable, sans l'orchestration du colorisme - à peine à l'occasion l'effet d'une modulation sépia - ni les ressources tactiles de la pâte, de rendre la chaude couleur du silence dans les rues à midi (l'heure sans ombre), à faire chanter le blanc, l'espace, les feuilles dans le vent. Ces veduti ne sont jamais traités en décors mais comme de lieux où la vie est en attente, ou réservée dans le souvenir. Paradoxalement, leur évidence impose une distance, et réfute le prétexte événementiel, le tableau de genre. Qu'importe : le format sait se jouer audacieusement parfois des perspectives périlleuses, de plongées et contre-plongées sur un paysage comme illimité ou inaccessible, et pourtant saisi dans les rets minutieusement tissés par les signes.
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