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Auteur : Jean-Luc Chalumeau
Date de saisie : 31/10/2007
Genre : Arts
Editeur : Chêne, Paris, France
Prix : 45.00 € / 295.18 F
ISBN : 978-2-84277-780-7
GENCOD : 9782842777807
Sorti le : 31/10/2007
En partant d une définition : «Est beau, en définitive, ce qui est digne d'attention», le livre indique, en peu de mots et en s'appuyant sur les jugements des plus grands historiens de l'art, en quoi chacune des 200 oeuvres choisies est plus particulièrement digne d'attention. Etant bien entendu que la beauté d'une oeuvre «s'éprouve et ne se prouve pas», le livre offre au lecteur l'expérience d'un parcours au sein des plus grands musées du monde, parcours au sein duquel se mêlent les plaisirs esthétiques complémentaires de la tradition et de la rupture, depuis le début du XVe siècle (moment de l'histoire où se détache le «tableau» en tant qu'objet de contemplation) jusqu'à nos jours.
Jean-Luc Chalumeau, critique et historien de l'art, est notamment l'auteur, aux éditions du Chêne, de Lectures de l'art (1981. trois éditions, traduit en quatre langues) Histoire de l'art contemporain (Klincksieck, 2005) ; Les Théories de l'art (Vuibert, 1992-2007. quatre éditions, traduit en trois langues) et Peinture et Photographie (Editions du Chêne, 2007).
Extrait de l'introduction :
«A thing of beauty is a joy for ever»
John Keats
«La beauté est cause de joie pour toujours»
Les plus beaux tableaux, vraiment ? Et, pour commencer, qu'est-ce que la beauté ? Au lecteur qui ne manquera pas de poser ces questions, je voudrais proposer quelques approches. Celle de François Cheng d'abord, dans ses Cinq Méditations sur la beauté -. «La beauté est quelque chose de virtuellement là, depuis toujours là, un désir qui jaillit de l'intérieur des êtres, ou de l'Etre, telle une fontaine inépuisable qui, plus que figure anonyme et isolée, se manifeste comme présence rayonnante et reliante, laquelle incite à l'acquiescement, à l'interaction, à la transfiguration.» Nous ne pourrions donc rencontrer la beauté que devant ce qui nous incite à l'acquiescement, étant entendu qu'une oeuvre d'art ou une réalité naturelle, «présence rayonnante» pour l'un, ne le sera pas forcément pour un autre.
François Cheng prend pour exemple la Pietà d'Avignon, tableau peint vers 1455 Par Enguerrand Quarton, une des toutes premières manifestations de la peinture de chevalet en Occident. Il en fait une magnifique description, puis conclut ainsi : «Ce corps terriblement raidi et cassé devient tout d'un coup l'expression d'une noble intransigeance, car il rappelle la terrible résolution que le maître de ce corps avait prise avant de mourir, celle de prouver que l'amour absolu peut exister et qu'aucun mal ne peut l'altérer ni le souiller. Quelque chose alors se met à animer tout le tableau : un souffle ténu, d'un autre ordre, sort par les plaies aux filets de sang séché. Une force s'impose à nos yeux : ce corps étendu là est le résultat d'un "beau geste", celui qui a suscité tous les autres gestes, ceux de Jean, de Marie Madeleine et de Marie. Il a fallu que ce corps soit réduit à presque rien, dénudé dans un dénuement total, épuré de toutes scories et pesanteurs, pour qu'il puisse redevenir le consolateur. Lui seul est capable maintenant de consoler ; c'est sa manière de triompher de la mort. La beauté comme rédemption, est-ce là le véritable sens de la phrase de Dostoïevski "La beauté sauvera le monde" ?» François Cheng cite alors Romain Gary en écho à Dostoïevski : «Il faut racheter le monde par la beauté : beauté du geste, de l'innocence, du sacrifice, de l'idéal.»
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