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Auteur : Caroline Ha Thuc
Date de saisie : 04/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ragage, Neuilly-sur-Seine, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782915460483
GENCOD : 9782915460483
Sorti le : 04/11/2007
La guerre, la violence, l'injustice sont partout. Et que fait la ménagère ? La ménagère continue à éplucher son concombre. Pire : au lieu de s'engager, de se politiser et de lutter contre les dérèglements de la société, elle se paye quelques moments de bonheur entre sa poubelle à couches et le supermarché.
À côté d'elle, heureusement, des individus responsables se sentent complices d'un monde en perdition. Déstabilisés par un quotidien vide et morose, ils rêvent de changement sans l'assumer, réclament des révolutions depuis leur canapé, et se bourrent de tranquillisants face à la télé.
Car c'est là-bas, dans le petit écran, que se joue la vraie vie, et non dans ce Disneyland géant qu'est devenue la réalité.
À moins qu'il n'y ait plus de réalité du tout, qu'on soit entrés dans des mondes parallèles et inconsistants, aux formes plates et aux odeurs de bonbons chimiques.
Quelle désagréable expérience !
Il faut le reconnaître : la vie d'aujourd'hui est devenue bien pénible. Loisirs à gogo, libertés en veux-tu en voilà, et avec ça rien à faire pour occuper tout ce temps qui s'allonge et ces vies qui n'en finissent plus. On serait plus à l'aise enchaînés, fouettés, contraints. Mieux : carbonisés et dispersés au vent parmi l'humus sauvage. (Dieu qu'il sent bon, cet humus.)
Face à l'aliénation générale, ces quatre petits textes posent la question de l'être au monde aujourd'hui. Avec humour, ils cherchent à déstabiliser le lecteur, sans pour autant le provoquer, creusant simplement quelques percées incongrues dans son quotidien pour en faire sortir ce qu'il a d'inavoué, parfois aussi de plus humain. Entre le suicide assisté et l'origine du camembert coulant, la dépression et la tondeuse à gazon, il s'agit d'exercer notre désir de comprendre et de s'émerveiller encore de l'éternelle complexité humaine.
Pour tout vous dire, l'essentiel consiste à faire du sport et à manger équilibré.
On a longtemps cru que le lemming avait des tendances suicidaires. Pendant des années, perplexes, on a observé, noté, photographié et commenté le saut mortel de ce petit rongeur capable de se jeter dans la mer bouillonnante.
Ils arrivaient par centaines, tous plus motivés les uns que les autres, poussant par derrière, poussant par devant. Parvenus en haut de la falaise, au sommet de l'iceberg (le lemming vit dans les régions boréales), ils accomplissaient allègrement le grand saut sans aucun état d'âme.
Sublime.
Hélas, des chercheurs ont brisé depuis peu le mythe du rongeur lucide ou neurasthénique, et mille savantes raisons ont été trouvées pour justifier ce suicide collectif. Erreur de jugement (la mer confondue avec un vulgaire cours d'eau), mouvement de foule (les derniers poussant les premiers dans le vide) ou laxisme de nos scientifiques victimes d'une pause kitkat (les lemmings, en réalité, regagneraient tous la rive un peu plus tard, après s'être offert une bonne partie de pêche en groupe).
En tout état de cause, le lemming ne se suicide pas, pas plus que les chats dans l'ancienne Egypte, comme le croyait Hérodote, ni même les scorpions menacés par les flammes.
L'homme conserve le privilège de se donner volontairement la mort. C'est même, paraît-il, un argument en faveur de sa supériorité sur l'espèce animale.
Alan Leinster a voulu prendre le ferry. Voir la mer et les falaises blanches s'éloigner dans le vent, s'enfoncer dans le flou d'un paysage embué.
Il est tout en haut du bateau, seul au milieu des touristes. Des groupes se prennent en photo puis rentrent au chaud boire un café ou avaler une saucisse grasse. Alan, lui, se cramponne. Le cou à l'air, inconfortablement assis sur un banc sale, il contemple le ciel en attrapant froid.
Le cadrage est assez beau et les embruns forment de petites étoiles lumineuses au coin de l'image, lui conférant une teneur artistique à laquelle Alan tient particulièrement. Plissant les yeux, il fredonne pour lui-même le IVe mouvement de la Ve symphonie de Mahler, se sentant tout à fait dans la peau de Dirk Bogarde dans Mort à Venise.
Tandis qu'une rafale de vent fait s'envoler son écharpe en cachemire, la caméra s'approche du banc et resserre le plan autour de lui, sans toutefois trop s'en approcher. L'homme, qui fêtera dans quelques jours ses soixante-dix ans, montre quelques signes extérieurs de vieillesse et, malgré le fond de teint préalablement étalé sur l'ensemble de son visage et de son cou, de larges rides viennent sillonner sa peau et creuser désavantageusement ses traits.
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