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Auteur : Victor Henri Brombert
Date de saisie : 15/11/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-87706-641-9
GENCOD : 9782877066419
Sorti le : 15/11/2007
Dans ce livre qui serre de près les textes des grands romans aussi bien que des oeuvres autobiographiques, l'auteur examine les thèmes stendhaliens de la liberté et de la recherche du moi. Grâce à une méthode souple et nuancée, qui évite tout jargon et tout dogmatisme, Victor Brombert aborde de façon neuve divers aspects intimement liés entre eux : la quête de la sincérité, la difficulté de se connaître soi-même, l'identité comme acte de création, l'importance du masque et du déguisement. En cours de route, ce livre sur Stendhal offre de nombreux aperçus sur le lien entre autobiographie et roman.
L'auteur met en lumière les rapports complexes entre le romancier et ses personnages, aussi bien qu'entre le romancier et son lecteur. Il réussit à montrer comment les procédés narratifs et le ton de Stendhal - ton primesautier, irrévérencieux, elliptique, transformant le lecteur en complice - se trouvent à l'origine d'une ironie poétique qui protège, de façon souvent ambivalente, une sensibilité toujours inquiète. Cette ironie caractérise aussi la modernité de Stendhal, dans la mesure où le romancier, à l'encontre des grands romantiques, se méfiait de toute emphase, de toute grandiloquence, de toute inauthenticité. Et au-delà de la quête d'un moi authentique et d'une liberté très personnelle, Victor Brombert examine le grand thème de la prison heureuse qui permet à Stendhal, romantique à sa façon, de jouer avec les paradoxes de la liberté, c'est-à-dire de poser le rapport conflictuel entre la notion de liberté politique et le rêve de liberté privée.
Victor Brombert, éminent stendhalien, est l'auteur de Stendhal et la voie oblique (PUF), de La Prison romantique (José Corti) et de nombreuses études sur Stendhal parues des deux côtés de l'Atlantique. Il nous donne maintenant Stendhal, roman et liberté, qui est sa propre version, en langue française, de son livre Stendhal : Fiction and the Themes of Freedom (Random House).
LES TENTATIONS DE L'AUTOBIOGRAPHIE
L'«égotiste»
Il est des stendhaliens fervents qui préfèrent aux grands romans de Stendhal les pages de son autobiographie inachevée, la Vie de Henry Brulard. Ces «brulardistes» impénitents constituent l'aile extrême de la secte des happy few connus sous le nom de beylistes. Henri Beyle, leur héros, leur apparaît d'abord comme un grand maître dans l'art de se regarder vivre, un modèle de liberté d'esprit, un allié dans la quête difficile de la sincérité. En lui, ils affectionnent le paradoxe incarné : l'ironiste passionné, le cynique tendre et ému, le non-conformiste pudique, l'être lucide qui se veut dupe de ses rêves. Car le beylisme - mot qu'Henri Beyle a lui-même inventé - signifie sensibilité spéciale ainsi que l'art de la masquer, une façon de se concevoir dépourvue de prétention et de sentimentalisme, une recherche du plaisir qui exclut la facilité.
C'est Stendhal le romancier, créateur de Julien Sorel et de Fabrice del Dongo, plutôt que Beyle l'«égotiste», qui nous intéresse ici. Mais la Vie de Henry Brulard peut servir de point de départ. Il est vrai que ce ne fut que sur le tard, durant son consulat à Civitavecchia éprouvé comme un long exil, que Stendhal se mit sérieusement à explorer son passé. Henry Brulard, ce texte tout primesautier où il revit avec intensité les instants indélébiles de son enfance, nous plonge au coeur des grandes préoccupations stendhaliennes. Plus explicitement qu'ailleurs, l'auteur y révèle ses penchants, ses sentiments et ses ressentiments intimes, ainsi que son attirance envers tout ce qui touche au mystère de la personnalité.
Fiction et biographie sont étroitement liées dans le contexte stendhalien, moins dans le sens d'un rapport causal que par la façon dont Stendhal envisageait le processus narratif. La conduite de ses romans correspond à la recherche d'un accord toujours fuyant entre vivre et se voir vivre. En cela, il comprenait parfaitement que biographie et roman mettent tous deux en cause les tensions inévitables entre les concepts de destinée et de liberté. Car tout texte romanesque, ou biographique, établit avec plus ou moins de complexité un rapport conflictuel entre différents ordres temporels et différentes manifestations de la liberté : celle d'un moi (ou personnage) conçu en tant que projet et désir ; et celle d'un narrateur tissant son texte à la recherche de signification. De toute évidence, ce clivage s'avère également typique de l'autobiographie. Et ces tensions au coeur de tout récit sont ressenties par Stendhal avec une acuité toute particulière. D'où pour une large part les ambiguïtés de son ton et de son style.
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