Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
GUYOMARD, 40 ans de peinture
texte de Jean-Luc Chalumeau
«En quarante ans, Gérard Guyomard a créé une oeuvre considérable, dont la diversité foisonnante interdit à l'analyste l'ambition de l'exhaustivité. Cependant, pour envisager la profonde originalité de la démarche de ce peintre, il me semble que l'on peut relever les trois principaux caractères qui dominent aujourd'hui dans sa peinture : cette dernière relève d'abord de l'anarchisme ou plus exactement de l'esprit anar, elle procède ensuite par superpositions, elle est enfin consciemment narrative («je me narre», a-t-il dit).»
Jean-Luc Chalumeau
Gérard Guyomard est "un des représentants les plus originaux de la figuration en France" selon le Grand Larousse Universel (édition de 1992). Cette originalité puise ses sources à la fois dans l'esprit anarchiste, auquel le peintre est toujours resté fidèle, et dans une technique picturale très personnelle à base de superpositions. Depuis ses débuts en 1964, Guyomard développe un art consciemment narratif dont il était temps de prendre la mesure, à la fois par un livre, rédigé par le critique Jean-Luc Chalumeau, historien de la Nouvelle figuration, et par les expositions rétrospectives qui lui sont consacrées.
Les courts extraits de livres : 06/11/2007
UNE PEINTURE ANAR (1964-1972)
En 1964, Gérard Guyomard a vingt-sept ans (vingt-huit en novembre), il participe depuis 1961 à des salons (Automne et surtout Jeune Peinture) mais n'a pas encore de galerie (il sera dans deux ans un des "espoirs" exposés comme tels par la galerie Camille Renault, en attendant une exposition personnelle qui aura lieu en 1968). Le jeune peintre assiste à l'irruption du Pop art sur la scène parisienne : les galeries Lawrence Rubin, Anderson Meyer et lleana Sonnabend ont ouvert leurs portes en 1962. C'est chez Sonnabend que Warhol a montré ses "Marilyn" en 1963 ; Guyomard ne les a pas manquées, pas plus que les "Chaises électriques" du même Warhol, que l'ex-femme de Léo Castelli expose en février de cette année 64.
Tout cela n'émeut pas outre mesure Gérard. Pas plus en tout cas que les expositions d'abstraits de l'école de Paris imperturbablement organisées notamment par la galerie Charpentier dans son bel espace de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, face au Palais de l'Elysée où règne le Général de Gaulle, Notre anar voit bien qu'entre le paysagisme abstrait ou l'abstraction lyrique en honneur dans les salons bourgeois de la capitale et les images sérigraphiées imposées au monde par l'artillerie lourde des galeries américaines, il y a de fortes différences de degré, mais non de nature. Les peintres appartenant à ces différents courants sont souvent excellents : dans leurs ordres respectifs, Pierre Soulages et Andy Warhol ont plus que du talent, peut-être du génie, mais ils sont désespérément sérieux aux yeux de Guyomard et ne remettent jamais rien en question. La vocation de leurs oeuvres - leur nature - est de décorer des espaces chics, non de perturber les neurones des spectateurs. Il en dira évidemment autant des adeptes du minimalisme international dans quelque temps.