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Cripple creek

Couverture du livre Cripple creek

Auteur : James Sallis

Traducteur : Stéphanie Estournet | Sean Seago

Date de saisie : 09/01/2008

Genre : Policiers

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Série noire

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-07-077976-5

GENCOD : 9782070779765

Sorti le : 04/10/2007

Un soir le shérif Don Lee, procède à une arrestation un peu mouvementée d‘un homme qui traverse Oxford au volant d'une Ford Mustang «Rien qu'on ait pas déjà vu cent fois», comme il le dit. Au matin, en fouillant la voiture avec son adjoint Turner, ils y découvrent 200 000 $. Ils s'intéressent de plus près à l'accusé, Judd Kurtz, qui refuse de parler, et envoient des demandes de renseignements à droite à gauche... Turner rentre chez lui. Quand il reviendra au commissariat, ce sera pour y retrouver Don Lee dans une mare de sang : des hommes sont venus délivrer Kurtz. Trouvant un indice qui le rattache à un caïd de Memphis, Turner part sur sa piste...
Dans ce deuxième volet des aventures de Turner (pour ceux qui auraient manqué le premier : «Bois mort» chez le même éditeur), l'ancien flic de Memphis continue de se dévoiler. Sallis frappe par sa puissance d'évocation, ses petites histoires - jamais anodines - qui s'entremêlent avec la trame principale, la violence au détour de quelques pages, la qualité d'écriture, c'est un bonheur. Certains ont été déroutés par la construction du livre, mais Sallis est un homme qui se mérite (c'est en cela qu'il n'est pas question de lire ce livre là sans lire le premier) et la fin, d'une concision frappante pour une telle puissance laisse pantois d'admiration.


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Turner porte un lourd passé sur ses épaules. Ancien flic à Memphis, il a passé onze années en prison après avoir tué son partenaire durant une mission. Reconverti en psychothérapeute à sa sortie, Turner s'est finalement retiré à Oxford, une petite ville du Mississippi où les circonstances - plus qu'une réelle volonté - ont fait de lui un adjoint du shérif local.

Un soir, Turner et ses hommes arrêtent un chauffard qui traverse Oxford à tombeau ouvert au volant d'une Ford Mustang. L'homme transpire le Jack Daniel's et transporte un sac contenant 200 000 dollars. Au petit matin, alors que le soiffard cuve à l'ombre, une fusillade éclate : deux types viennent «extraire» le prisonnier de sa cellule et blessent grièvement un adjoint et la secrétaire du commissariat.

Quand Turner apprend que l'évadé est connu des services de police et qu'il travaille pour un caïd de Memphis, il décide de partir à sa poursuite.

En roulant vers cette ville qu'il a fuie, Turner ne se doute pas qu'il va libérer les fantômes de son passé et que la vague de violence ne fait que se lever...

Poète, traducteur, essayiste et auteur de nouvelles, James Sallis vit à La Nouvelle-Orléans. Cripple Creek est son neuvième roman à paraître aux Éditions Gallimard, après Le faucheux (1998), La mort aura tes yeux (1999), Papillon de nuit (2000), Le frelon noir (2001), L'oeil du criquet (2003), Bête à bon dieu (2005), Bluebottle (2005) et Bois mort (2006).



  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 5 décembre 2007

Personne n'est à l'abri. Tout peut flancher d'un instant à l'autre. La vie nous tombe dessus et nous met sur le flanc. Il faut se relever, continuer, avancer, ne pas succomber à la tentation de faire semblant. Il faut croire, encore et malgré tout, peut-être à pas grand-chose, mais presque rien, ce n'est déjà pas si mal. Ainsi pense Turner, narrateur de ce lancinant Cripple Creek, neuvième roman de l'Américain James Sallis...
L'univers de James Sallis, c'est le blues, l'impuissance face au destin, à cette rage qu'il faut endiguer pour ne pas passer du statut de victime à celui de bourreau. L'écrivain ne raconte pas une histoire, mais dix, peut-être davantage. Autour de Turner gravitent des seconds rôles, des personnages de l'ombre, sans illusions mais dignes. Ils apparaissent et s'évanouissent, sont des clairs-obscurs qui émaillent le récit de tendresse timide...
Cripple Creek est un roman d'atmosphères, d'images qui virent du bleu nuit au noir crépusculaire, une déambulation sans cynisme dans l'âme humaine - celle qui voudrait rester un peu humaine.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

J'étais monté à Marvell, livrer un prisonnier. Rien d'ex­traordinaire : un type que j'avais arrêté pour conduite dangereuse et dont le permis, lorsque je le communiquai au fichier, me revint avec une ribambelle de condamnations de par là-haut, et comme j'avais à la fois le goût de la solitude et une préférence pour la conduite de nuit, et pas grand-chose sur le feu à la maison, j'avais pris mon temps pour rentrer. À présent, j'étais affamé. Tout le long de la County Road 51, je pensais au porc salé que ma mère faisait frire pour le dîner, à l'écureuil et sa sauce marron, au poisson-chat roulé dans des galettes de blé. Alors que je tournais dans Cherry Street, passant en revue le Jay's Diner, le drugstore et le bazar Manny-Tout-Pour-Rien, le supermarché A&P, l'église baptiste et la station Gulf, un vieux blues me revint en tête. Le type chante qu'il a faim, qu'il n'arrive pas à penser à autre chose qu'à manger : J'entendis la voix d'une côte de porc qui disait : viens à moi et trouve la paix.
La côte de porc, ou son avatar, me murmurait à l'oreille lorsque je me rangeai devant l'hôtel de ville. Le pick-up de Don Lee et la jeep étaient là. Notre moitié du bâtiment était éclairée. La seule source de lumière sur Main Street, si ce n était les ampoules à basse tension des magasins exigées par les assurances. En fait, je ne m'attendais pas à trouver le bureau ouvert. Souvent la nuit, si l'un de nous n'y est pas ou si nous sommes tous les deux sur une affaire, nous le laissons sans surveillance. Les appels sont renvoyés sur nos numéros personnels.
À l'intérieur, Don Lee était assis au bureau, baigné de son habituelle flaque de lumière.
«Tout va bien ? demandai-je.
- C'est calme. Vers vingt-trois heures, j'ai dû interrompre la soirée arrosée des mômes du lycée.
- Comment se sont-ils procuré la bière ? Par Jimmy Ray ?
- Qui d'autre ?»
Jimmy Ray était un type simplet qui vivait dans un garage derrière chez la vieille Miss Shaughnessy. Les gosses savaient qu'il achèterait de la bière pour eux s'ils lui donnaient un ou deux dollars. Nous avions demandé aux magasins locaux de ne pas lui en vendre. Parfois cela fonctionnait, parfois non.
«Tu as eu mon message ?
- Ouais, June me l'a transmis. Tu as fait bon voyage ?
- Oui. Je pensais pas te trouver ici.
- Moi non plus, mais nous avons un invité.» Ce qui signifiait que l'une de nos deux cellules était occupée. C'était suffisamment rare pour me surprendre.
«C'est vraiment pas grand-chose. Vers minuit, après avoir calmé les mômes, j'ai fait un rapide tour en ville, et j étais sur le point de rentrer à la maison quand une Mustang rouge est passée devant moi à pleine blinde. Devait être à plus de quatre-vingts. Alors je fais demi-tour. Il a le plafonnier allumé et il tient le volant d'une main, la carte dans l'autre. Il regarde un coup la carte, un coup la route.
«Je lui colle au train et j'allume le gyro, mais c'est comme s'il ne me voyait pas. Il a déjà traversé la moitié de la ville. Alors je mets la sirène - as-tu la moindre idée de la dernière fois que j'ai utilisé la sirène ? J'étais même étonné de réussir à remettre la main dessus. Je l'ai fait toussoter un peu, mais c'est comme avec le gyrophare, on dirait que le type n'entend rien. C'est à ce moment-là que j'ai mis le paquet : gyro, sirène, la totale.
«"Il y a un problème, officier ?" demande-t-il. Je suis probablement en train de me faire des idées mais son grognement ressemble beaucoup à celui de la Mustang. Je lui dis de couper son moteur, ce qu'il fait. Il me tend son permis et sa carte grise quand je les lui demande. "Ouais, je suppose que je roulais trop vite. J'ai à faire ailleurs, voyez ce que j'veux dire..."
«J'interroge le fichier, et l'État n'a rien sur lui. Je me dis que je vais juste lui remplir sa contravention, pas la peine d'aller plus loin, ce sera de la menue monnaie pour un type sapé comme lui, dans sa Mustang de collection, pas vrai ? Mais lorsque je lui donne le PV, il commence à ouvrir sa portière. "Remontez dans la voiture, s'il vous plaît, monsieur", je lui demande. Mais rien à faire. Et les invectives commencent à pleuvoir.


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