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Auteur : Ken Bruen
Traducteur : Pierre Bondil
Date de saisie : 09/01/2008
Genre : Policiers
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Série noire
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-07-077563-7
GENCOD : 9782070775637
Sorti le : 04/10/2007
Sobre, ne se droguant plus, Jack Taylor envisage même d'arrêter de fumer. Obligé d'aller visiter son ancien dealer en prison, il se retrouve à enquêter sur la mort de la soeur de ce dernier, retrouvée au pied des marches de son appartement, la nuque brisée. On pourrait croire à un accident, sauf que sous son corps, il y avait un livre de Synge. La fille détestait cet auteur, le livre n'était ni à elle ni à une de ses amies... Jack, contraint, repart en chasse.
«J'avais espéré ne plus avoir à enquêter sur un décès. Je m'étais laissé entraîner à mon corps défendant dans les enquêtes précédentes et les conséquences en avaient été épouvantables»... voici une phrase de Jack Taylor qui résume admirablement bien le livre. Avec dix livres publiés en moins de quatre ans, nous n'avons cessé de vous dire du bien de cet auteur, que dire de plus ? Rien, les aventures de Jack Taylor sont excellentes, précipitez-vous sur l'oeuvre de cet auteur majeur de la littérature noire irlandaise.
L'impossible s'est finalement produit. Jack Taylor ne se drogue plus, il ne boit plus. Même les clopes semblent parties en fumée. Il sort avec une femme qui est presque de son âge et s'il ne peut encore se considérer comme un citoyen ordinaire, il flirte avec cette illusion. Certains prétendent même qu'il va à la messe...
Malheureusement, le monde autour de Jack, lui, n'a pas changé : deux étudiantes sont retrouvées mortes à quelques jours d'intervalle. Dans les deux cas, un exemplaire d'une oeuvre de John Millington Synge est découvert sous le corps des jeunes victimes. Très vite, sourd aux appels de sa raison qui lui dicte de faire demi-tour, Jack se met en chasse de cet assassin froid et calculateur.
Alors que son passé s'apprête à resurgir et que l'Irak s'enflamme, Jack Taylor oscille à l'extrême bord du précipice...
Ken Bruen est né en 1951 à Galway (Irlande). Après avoir parcouru le monde en qualité d'enseignant d'anglais, il décide de se consacrer à l'écriture.
Il est l'auteur d'une dizaine de livres et lauréat de nombreux prix de littérature policière. Le Dramaturge est son huitième ouvrage à paraître aux Éditions Gallimard.
Ken Bruen aime trop son héros pour le ménager. Il lui invente des situations borderline, lui écrit des pages magnifiques de tendresse. Le monde est oppressant, l'Irlande, un chaudron de souffrances agglutinées au fil du temps. Faut-il se résigner à la vengeance ? Croire à quelque chose qui ressemblerait au pardon, à la rédemption ? Ken Bruen nous laisse en compagnie d'un Jack Taylor plus cassé que jamais, un verre de Jameson à la main. L'innocence est une impossible quête.
Lemsip et yaourt grec. C'était mon régime quotidien, le Lemsip pour soigner une grippe dont je croyais souffrir. Les reniflements intermittents venaient sûrement davantage de la quantité de coke que j'avais sniffée, mais je refusais de l'admettre. Le yaourt car j'avais lu que c'est bon pour la santé (tout du moins, je crois que je l'avais lu) grâce à l'action de ces cultures bactériennes. Si on ajoute une cuillerée de miel, ce n'est même pas si mauvais que ça. En vérité, mon estomac était dans un état lamentable. Le lait fermenté calmait la douleur.
Cela faisait six mois que je ne prenais plus ni drogue ni alcool. Pourtant, si sobriété et santé mentale sont directement associées, j'étais encore loin du compte. Pas une goutte d'alcool n'avait franchi mes lèvres durant tout ce temps. Ce n'était pas le désir de décrocher qui m'avait fait arrêter. Mon fournisseur avait été jeté en prison et je n'avais pas réussi à trouver une nouvelle source d'approvisionnement. Je me sentais si mal, privé d'alcool, que j'avais décidé de laisser tomber la drogue aussi. Quand on est lancé, autant aller jusqu'au bout. La mortelle trilogie, alcool, coke et nicotine : que d'années j'avais gâchées à cause d'elle. Je continuais néanmoins de fumer. Fichez-moi un peu la paix, non ? Vous ne trouvez pas que je me débrouillais superbien ? Si je disposais d'un autre bloc de temps équivalent, à peu de chose près, j'arriverais peut-être aussi à tirer un trait sur la cigarette. Mais le plus bizarre, le plus affolant dans son délire monstrueux c'est que... j'avais commencé à aller à la messe.
Rien que ça.
Vous vous rendez compte ? Un dimanche, alors que je crevais d'envie de boire, que je ne me supportais plus, j'étais entré dans la cathédrale. Sonny Malloy chantait et, nom de nom, quel pied. Alors j'y étais retourné. J'en étais arrivé au point où le prêtre m'adressait désormais un signe de tête et me disait :
- À la semaine prochaine.
J'aimais m'asseoir dans le fond, observer le soleil qui s'infiltrait progressivement à travers les vitraux. Tandis que sa lumière gagnait du terrain au plafond, j'éprouvais quelque chose qui s'apparentait à un sentiment de paix. L'église était toujours bondée et les prêtres se partageaient les lieux. Les vocations étaient devenues si rares qu'ils se répartissaient les paroisses par rotation. La boisson, bien sûr, semblait marquer toutes les strates de mon existence. En contemplant le kaléidoscope de couleurs, je m'étais souvenu d'un des maîtres artisans qui avait oeuvré sur ces vitraux. Un Dublinois nommé Ray, décédé d'une cirrhose du foie. J'étais allé le voir, durant ses derniers jours, et il m'avait confié :
- Jack, je préférerais être mort que sobre. Son voeu avait été exaucé.
Stewart, mon fournisseur de drogue, avait habité près du canal. D'apparence, il ressemblait plus à un banquier qu'à un revendeur. Bien sûr, son credo était l'argent. Nous avions une curieuse relation : il me procurait des explications sur les derniers produits en date, leurs effets immédiats et secondaires, leurs dangers, même. On aurait dit que je l'amusais. Combien d'anciens policiers ayant atteint la cinquantaine pouvaient avoir recours à ses services ? D'une certaine façon, je représentais une sorte de coup d'éclat pour lui. Et je le trouvais toujours fascinant. Il ne pouvait avoir plus de vingt-huit ou vingt-neuf ans, toujours impeccablement vêtu. La personnification de la nouvelle Irlande, affichant toutes les caractéristiques de cette brillante et jeune génération : élégance, confiance en soi, facilité d'élocution, tendance branchée, vocation mercenaire. Ils ne se reconnaissaient dans aucune des conneries qui avaient constitué la base de notre éducation. Le soulèvement de 1916 représentait à peu près autant, pour eux, que la Fédération des sports gaéliques. Autrement dit, rien.
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