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Auteur : Nadia Meflah
Date de saisie : 31/10/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Philippe Rey, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-84876-102-2
GENCOD : 9782848761022
Sorti le : 31/10/2007
Charles Chaplin a intensément aimé le cinéma, et tout autant les femmes...
Enfant, il assiste impuissant à l'effondrement physique et psychologique de celle qu'il aime tant, Hannah Hill Chaplin, sa mère. À 24 ans, en 1913, le jeune Anglais débarque en Amérique. Inconnu, étranger et sans famille, il y gravit tous les échelons de la réussite jusqu'à la gloire absolue, une gloire qui lui ouvre les bras des femmes...
Grand séducteur, Chaplin se plaît aussi à mettre en scène ses conquêtes. À la fois modèles, créatures et projections fantasmées, les actrices chez Chaplin ont toutes à voir avec un certain genre féminin qu'il ne cessera de sculpter, voire de détruire, tout au long de sa vie. D'abord la délicate Edna Purviance qui incarne, au temps du muet, l'exquise confiance d'un amour presque adolescent. Et puis une Lolita échappée de Nabokov, Lita Grey, qui joue à 12 ans l'ange de la tentation dans The Kid et se retrouve, à peine trois ans plus tard, enceinte de son Pygmalion. La muse la plus magnifique est sans doute Paulette Goddard, insolente de modernité avec sa silhouette élancée et ce regard clair qui illumine Les Temps modernes. Dans Le Dictateur, honneur suprême, il lui donne le prénom de sa mère : Hannah. Plus tard, Chaplin réinvente à l'infini son dernier grand amour, Oona, la fille du dramaturge Eugène O'Neill, épousée alors qu'elle a 18 ans et lui 54.
Ce livre raconte le parcours amoureux de Charles Chaplin. Et c'est bien là une manière, d'actrice en actrice, de muse en muse, de suivre la construction de l'une des oeuvres les plus éblouissantes de l'art du XXe siècle...
Titulaire d'un DEA d'études cinématographiques, Nadia Meflah enseigne le cinéma depuis de nombreuses années. Programmatrice et critique, elle collabore à différents festivals français et internationaux.
Scènes maternelles
La première fois que Charles monte sur scène, il a 5 ans.
L'enfant rôde dans les coulisses, curieux, émerveillé. Sur scène, c'est sa mère qui chante. Elle a réussi à se faire engager au théâtre Canteen à Aldershot, une ville militaire. La Canteen, ou Cantina, est un repaire de soldats. Fragile, affaiblie par des laryngites à répétition, la belle Lily Harvey ne convainc pas ce public irrévérencieux. Sa voix se casse, elle n'arrive plus à chanter ni à charmer assez le public pour lui faire oublier son insuffisance. Bien vite, le rideau tombe sur une Lily blessée, humiliée : on l'a sifflée, on lui a jeté à la tête tout ce qui tombait sous la main. Le gérant est bien embarrassé. Qui va pouvoir remplacer sa vedette d'un soir ? Il a remarqué que le petit Charles sait y faire avec les filles en coulisses, les charmant avec ses chansonnettes et ses mimiques. Sans hésiter - il s'agit de se presser, car ce public n'est pas des plus patient -, le patron le saisit par la main pour le jeter sur le devant de la scène.
D'abord, l'éblouissement : toutes ces lumières, la fumée qui s'élève de la salle, la masse indistincte des spectateurs. Le petit garçon de 5 ans ne se laisse pas impressionner. Au contraire, il se met à chanter un air populaire, le succès du moment, Jack Jones. Les adultes sont plus indulgents avec un enfant. Ils écoutent, séduits. Ce gamin est sacrement talentueux. Et puis, passant de l'espièglerie à la cruauté, Charles se met à imiter la voix éraillée de sa mère. L'auditoire ne contient pas sa joie. Acclamé, il reçoit une pluie de monnaie et s'arrête aussitôt de chanter pour ramasser cette manne inespérée. L'assistance rit de plus belle. L'enfant maîtrise son public, facétieux et innocent, tandis que dans les coulisses sa mère vit un drame. Elle ne remontera sur scène que deux ans plus tard, et pour la dernière fois, au Hatcham Libéral Club de Londres. Dans Les Feux de la rampe, ce long chant d'amour et d'adieu à ses parents, Chaplin se filmera sous le masque d'un vieux clown déchu qui se laisse mourir afin que s'épanouisse une nouvelle jeunesse sous les traits de la belle Claire Bloom. Calvero, clown fantomatique, rejoint Hannah Hill Chaplin : comme elle, il appartient au royaume des ombres évanouies, aux sans voix.
Ce soir-là, dans ce tripot miteux au coeur d'une ville tout aussi sinistre, c'est sur les décombres de sa mère que Charles connaît sa première jouissance artistique.
Fait pénible qui est aussi, et par comble de cruauté, tout à fait réel.
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