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. La Saint-Barthélémy : les mystères d'un crime d'Etat : 24 août 1572

Couverture du livre La Saint-Barthélémy : les mystères d'un crime d'Etat : 24 août 1572

Auteur : Arlette Jouanna

Date de saisie : 14/02/2008

Genre : Histoire

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Les journées qui ont fait la France

Prix : 26.00 € / 170.55 F

ISBN : 978-2-07-077102-8

GENCOD : 9782070771028

Sorti le : 11/10/2007

Acheter La Saint-Barthélémy : les mystères d'un crime d'Etat : 24 août 1572 chez ces libraires indépendants en ligne :
L'Alinéa (Martigues) Dialogues (Brest) Durance (Nantes) Maison du livre (Rodez) Mollat (Bordeaux) Ombres Blanches (Toulouse) Sauramps (Montpellier) Thuard (Le Mans)

... Le livre dont je souhaiterais vous parler s'appelle La Saint-Barthélemy. Il est paru chez Gallimard, dans la collection «Les journées qui ont fait la France», et l'auteur, c'est Arlette Jouanna. J'ai beaucoup aimé ce livre parce que d'une part, il nous éclaire sur un événement qu'on croit connaître absolument par coeur et qu'on connaît très mal, et il associe deux choses : la rigueur scientifique et le suspense qu'on trouverait dans un polar. Il y a une enquête, parce qu'il y a des gens qui sont morts et on ne sait pas vraiment qui les a tués ou pourquoi, ou des gens qu'on a cherché à tuer et on ne sait pas pourquoi ni qui l'a fait. Et au-delà de ça, ce qui est important, c'est que Alette Jouanna déconstruit des rapports de causalité que la mémoire ou l'idéologie ont bâtis de toutes pièces. Ensuite, elle regarde les textes de très près, et elle essaie de dire pourquoi ils sont intéressants, en quoi ils le sont, qui les a écrits, pourquoi et dans quel but, si bien qu'on est en prise vraiment sur le travail de l'historien, et cela nous éclaire sur l'utilité de l'histoire, en quoi aussi cet événement nous touche aujourd'hui où les communautarismes risquent de se réveiller durement dans des mouvements de violence qu'on pense inéluctables, terribles, inoubliables et indépassables. Voilà, c'est pour ça que j'ai beaucoup aimé ce livre. C'est à la fois un travail d'historien sur le passé, et ça nous éclaire aussi sur le futur, sur des choses qu'on imagine ne pas pouvoir guérir. C'est un livre d'espoir au fond, et qui met de l'histoire là où on n'a finalement que de la tradition et des imageries...


Nathalie Espérandieu - 27/11/07


  • Les présentations des éditeurs : 08/11/2007

Le 18 août 1572, Paris célèbre avec faste le mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre, événement (lui doit sceller la réconciliation entre catholiques et protestants.
Six jours plus tard, les chefs huguenots sont exécutés sur ordre du Conseil royal. Puis des bandes catholiques massacrent par milliers " ceux de la religion " - hommes, femmes, vieillards, nourrissons... Comment est-on passé de la concorde retrouvée à une telle explosion de violence ? Comment une " exécution préventive " de quelques capitaines a-t-elle pu dégénérer en carnage généralisé ? Quel rôle ont joué le roi, la reine mère, les Guises, le très catholique roi d'Espagne ? De ces vieilles énigmes, Arlette Jouanna propose une nouvelle lecture.
La Saint-Barthélemy n'est l'oeuvre ni des supposées machinations de Catherine de Médicis, ni d'un complot espagnol et encore moins d'une volonté royale d'éradiquer la religion réformée. Charles IX, estimant sa souveraineté en péril, répond à une situation d'exception par une justice d'exception. Mais en se résignant à ce remède extrême, il installe, sans en faire la théorie, une logique de raison d'Etat.
Cette tragédie, vécue comme une rupture inouïe, suscite une réflexion foisonnante sur les fondements du pouvoir, les limites de l'autorité, la légitimité de la désobéissance ; sur le danger aussi que font courir les divisions religieuses aux traditions du royaume. Mais cet effort de restauration politique va se heurter à la sur-sacralisation du roi, qui ouvre la voie à l'absolutisme des Bourbons.

Arlette Jouanna, professeur émérite à l'université de Montpellier, est notamment l'auteur du Devoir de révolte (1989) et de Histoire et Dictionnaire des guerres de Religion (1998).



  • La revue de presse Jean-Yves Grenier - Libération du 14 février 2008

Lucien Febvre, grand spécialiste du XVIe siècle, avait coutume de dire qu'aux phénomènes religieux, il fallait des explications religieuses. C'est aussi ce que suggère Arlette Jouanna dans le livre qu'elle consacre à la Saint-Barthélemy, cet «objet si déroutant pour l'historien»...
Arlette Jouanna souligne le rôle tenu dans ces événements par la construction de la figure d'un ennemi intérieur, trait qui rappelle bien des massacres commis à d'autres époques. Depuis deux décennies que durent les affrontements, les huguenots sont perçus comme des traîtres à la communauté à laquelle pourtant ils appartiennent tant par leur mode de vie que par leur profession (souvent des artisans). C'est ce qui donna aux assassins la conviction d'agir en état de légitime défense : il faut exterminer les réformés avant qu'ils n'éliminent les catholiques.


  • La revue de presse Jean-Christian Petitfils - Le Figaro du 8 novembre 2007

Une fureur meurtrière qui dura plusieurs jours et fit 3 000 morts à Paris, 10 000 dans toute la France. Des femmes éventrées, des hommes émasculés, des vieillards et des nourrissons précipités dans la Seine, les rues et le fleuve rouges de sang... Si la trame des tueries de 1572 est bien connue, ses causes continuent de diviser les historiens. S'agit-il d'un traquenard du roi ou de la reine mère, Catherine de Médicis, en vue d'exterminer les hérétiques ? D'un complot planifié par l'Espagne, avec la complicité des Guises ? D'un soulèvement parisien contre le monarque et sa politique de concorde, annonçant la Ligue ? C'est à cette énigme aux multiples facettes que s'attelle Arlette Jouanna, spécialiste réputée du XVIe siècle. S'appuyant sur des documents d'archives, affinant l'approche psychologique des protagonistes, Arlette Jouanna démonte avec minutie les différentes phases de la tragédie.


  • Les courts extraits de livres : 09/01/2008

Extrait de l'introduction :

LES ÉNIGMES DE LA SAINT-BARTHÉLEMY

Dimanche 24 août 1572, fête de saint Barthélemy. Ce jour-là, les rues de Paris sont humides, «comme s'il avait beaucoup plu», note un bourgeois de Strasbourg de passage dans la capitale. Mais c'est de sang, et non de pluie, qu'elles luisent.
Avant la fin de la nuit, une troupe de soldats du duc de Guise, le héros des catholiques, est venue tuer l'amiral Gaspard de Coligny, chef militaire des protestants, dans son logis de la rue de Béthisy ; au Louvre, les principaux lieutenants de l'amiral, tirés de leur lit et désarmés, ont été égorgés dans la cour à coups de pique par des gardes suisses et françaises. Tout cela s'est fait avec le consentement du roi Charles IX, consentement auquel le monarque a été amené sous la pression de circonstances dont l'élucidation divise encore les historiens.
Le jour s'est levé sur des scènes de tuerie. Les catholiques, une croix au chapeau et un brassard blanc au bras, symboles de la pureté qu'ils croient avoir perdue, sillonnent la ville et pourchassent les «hérétiques» au nom de Dieu. Des bandes armées fouillent méthodiquement les maisons; les protestants sont traînés dehors et exécutés sans jugement ; les cadavres, dépouillés de leurs vêtements et souvent mutilés, sont tirés jusqu'à la Seine, certains ayant été auparavant entassés sur les places ou aux carrefours puis transportés dans des charrettes. Le fleuve est rouge de sang, si bien que les Parisiens, selon le récit d'un calviniste de Millau, «demeurèrent un long temps sans manger de poisson, causant [à cause de] la corruption de l'eau, de la puanteur des corps». Ceux qui sont massacrés au faubourg Saint-Germain sont précipités dans le puits aux Clercs où l'on avait coutume de jeter les carcasses de bêtes mortes.
Enfants, femmes, vieillards : nul n'est épargné. Des nourrissons sont arrachés au sein de leur mère et jetés dans le fleuve ; des bambins sont abattus avec leurs parents, des domestiques expédiés en même temps que leurs maîtres. Les logis des victimes sont saccagés et pillés. Avant l'aube, le tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois a fait retentir son grondement angoissant, bientôt relayé par les cloches des églises voisines. L'air résonne des plaintes de ceux qu'on égorge, des cris des assassins et du bruit des arquebusades. Affolé par l'ampleur du déchaînement meurtrier, le roi se terre dans le palais du Louvre; les ordres qu'il donne pour faire cesser le massacre sont ouvertement bafoués. La ville est tombée aux mains des catholiques les plus acharnés à éradiquer l'hérésie ; les autres, épouvantés, se retranchent chez eux sans oser sortir. Des corps de garde sont établis dans la plupart des rues, contrôlent les allées et venues, démasquent les fuyards et les livrent aux tueurs ; quiconque veut sortir de la ville doit montrer un passeport en règle. Trois jours durant, les portes de Paris resteront fermées ; les chances des proies d'échapper au piège sont minimes. Un médecin mantouan catholique, Filippo Cavriana, bien que fermement hostile aux réformés, raconte l'effroi que lui a inspiré le sinistre spectacle dont il a été le témoin :

On n'apercevait dans les rues que des corps nus percés de mille coups ; le fleuve en charriait tout autant. On n'avait égard ni au sexe, ni à l'âge, ni à la condition des personnes [...]. On voyait des gens qui fuyaient dans les rues et d'autres qui les poursuivaient en criant : «Tue ! Tue !», de sorte que c'a été un vrai massacre. Mais ce qu'il faut souligner, c'est l'obstination de quelques-uns, hommes et femmes, qui, bien qu'ils aient le couteau sur la gorge et la possibilité de sauver leur vie en abjurant, néanmoins voulurent se faire les martyrs du diable et perdre à la fois l'âme et le corps par leur ignorance opiniâtre [...].
On ne constate pas chez les nôtres cette joie et cette jubilation que l'on avait coutume de voir auparavant, parce que vraiment le spectacle a été horrible et misérable [...]. Tous portent la croix blanche au chapeau ; car lorsque la fête se fit, on portait une manche de chemise au bras gauche, et le mot d'ordre était : «Vive Dieu et le roi !», de façon à pouvoir reconnaître les nôtres et les distinguer des autres.


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