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Auteur : Jean-Pierre Guéno
Préface : Isabelle Giordano
Date de saisie : 18/10/2007
Genre : Beaux Livres
Editeur : Les Arènes, Paris, France | Radio-France, Paris, France
Prix : 34.80 € / 228.27 F
ISBN : 978-2-35204-040-8
GENCOD : 9782352040408
Sorti le : 18/10/2007
Jean-Pierre Guéno - 08/11/2007
Jean-Pierre Guéno - 08/11/2007
Femmes oubliées, femmes de l'ombre, femmes libres, femmes assumées...
De 1900 à aujourd'hui, quatre générations de Françaises se confient. Expériences intimes, déchirures, passions, combats... Des textes bouleversants qui brisent le silence. Des visages qui ne s'oublient pas. Leurs histoires nous emportent. Un livre de mémoire et de témoignage, mais aussi de vigilance et d'hommage.
L'écriture de Marguerite
Le travail d'une femme, depuis son lever jusqu'à son coucher, est aussi dur qu'une journée de guerre, pire que la journée de travail d'un homme, parce qu'elle, elle doit inventer son emploi du temps conformément à celui des autres gens, des gens de sa famille et de ceux des institutions extérieures.
En une matinée de cinq heures, elle fait le petit déjeuner des enfants, elle les lave, elle les habille, elle nettoie sa maison, elle fait les lits, elle fait sa propre toilette, elle s'habille, elle va faire les courses, elle fait la cuisine, elle met la table, en vingt minutes elle fait manger les enfants, elle hurle contre, elle les ramène à l'école, elle fait la vaisselle, elle fait la lessive et le reste, et le reste. Peut-être, vers trois heures et demie, pourrait-elle, pendant une demi-heure, lire un journal.
Une bonne mère de famille, pour les hommes, c'est quand la femme fait de cette discontinuité de son temps, une continuité silencieuse et inapparente.
Alors l'homme est content, ça va bien dans sa maison. L'homme du Moyen Age, l'homme de la Révolution, l'homme de mille neuf cent quatre-vingt-six.
J'oublie de dire une chose que les femmes doivent se mettre dans la tête : il ne faut pas s'en faire accroire, les fils, c'est comme les pères.
Ça traite la femme de la même façon. Ça pleure aussi de la même façon quand elle meurt. Ça dit aussi que rien ne la remplacera.
Avant c'était donc ainsi. Avant, de quelque côté que je me tienne, quel que soit le siècle dans l'histoire du monde, je vois la femme dans une situation limite, intenable, dansant sur un fil au-dessus de la mort.
Maintenant, de quelque côté de mon temps que je me tourne, je vois la starlette des offices médiatiques, de tourisme ou de banque, cette première de la classe, pimpante et inlassable, au courant de tout de la même façon, dansant, sur un fil au-dessus de la mort. Donc, voyez, j'écris pour rien. J'écris comme il faut écrire il me semble. J'écris pour rien. Je n'écris même pas pour les femmes. J'écris sur les femmes pour écrire sur moi, sur moi seule à travers les siècles.
Marguerite
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