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L'écluse des inutiles

Couverture du livre L'écluse des inutiles

Auteur : Jean-François Pocentek

Date de saisie : 29/11/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse

Collection : Entre 4 yeux

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 978-2-914577-37-3

GENCOD : 9782914577373

Sorti le : 31/10/2007

... Le livre que j'ai choisi, c'est un beau petit volume de cent vingt pages sobrement édité, d'un auteur peu connu et qui passe sans doute inaperçu dans le déferlement des éditions. C'est L'écluse des inutiles de Jean-François Pocentek, qui est paru aux éditions Lettres vives au mois de septembre. L'auteur avait déjà publié aux éditions Pleinchamp Les mangeurs de pommes de terre ; aux Lettres vives, Café des immobiles. Il est né en 1958 dans le nord de la France et d'abord enseignant, il a vite choisi de travailler auprès des adultes qu'on dit en difficulté. Actuellement, il consacre une partie de son temps à animer des ateliers d'écriture, et plusieurs textes de ses ateliers sont publiés. Dans L'écluse des inutiles, le narrateur qui s'occupe d'un vague bureau des objets trouvés dans une gare près du canal rend souvent visite aux habitants de quatre petites maisons au bord de l'eau. C'est un récit dans lequel il se passe peu de choses : la mort d'un chien, un repas, une promenade. Mais l'intérêt du livre à mon avis consiste surtout dans l'atmosphère de ce que l'auteur appelle «ce pays immobile», le canal, et auquel il finira par s'identifier, et surtout dans la description des pauvres vies de ses habitants. Il y a quatre personnages qui habitent quatre petites maisons au bord du canal. En fait, le narrateur visite ces quatre petites maisons ; les personnages qui les habitent deviennent ses amis. C'est un livre dans lequel il n'y a aucun misérabilisme parce qu'il s'agit évidemment de la vie de ces personnes, de leurs malheurs. On apprend de-ci, de-là des bribes de ce qu'ils ont vécu. Aucun misérabilisme, dis-je, mais la chaleur de l'amitié et de l'amour. Il y a par exemple, un tout petit passage que je peux vous lire de suite ; c'est à propos du personnage principal Mathilde : «... Elle me dit aussi qu'il ne fallait pas avoir peur d'aimer : les hommes, la bière, les chiennes, l'agneau, les infirmes, les souvenirs, les femmes trolls, les vieux livres, les vieilles dames, le bois qui brûle dans la cheminée, les collections de collections, les enfants debout et sans vie, ses larmes, ses rires, et les anges et les démons, la boue sous nos chaussures, la figure des morts, l'odeur des sentiers, les roues d'un chariot, et même soi-même.» Bref, c'est un livre que j'ai trouvé vraiment lumineux malgré son amertume...


Jean-Pierre - 29/11/07


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Parfois, il n'en faut pas plus. Juste ça. Un qui n'est pas comme les autres, et une sourde haine dans l'ennui des saisons répétées. Dans un silence de canal d'hiver, ils sont arrivés lentement, avec de l'alcool dans la bouche, du rire dans les dents et du froid dans la tête. Ils l'ont pris sous les bras, l'ont amené au milieu de la pièce, et là, sur le plancher, ils lui ont cloué les pieds.

J.-F. P.

Né le 17 mai 1958 à Valenciennes, dans ce Nord où il a toujours vécu, Jean-François Pocentek a quitté l'Enseignement pour travailler auprès des publics les plus en difficultés, dans le cadre d'organismes de formation.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

La Clémence du matin

A L'ENTRÉE DU sentier, une femme était là, sur le pas de sa porte. Un seuil de pierre bleue. Elle finissait de laver le sol de carreaux rouges de sa maison, et le petit bout de soleil malade qui nous servait d'illusion en ce frais matin faisait miroiter l'eau restée dans les fissures de la pierre. Elle se mit à genoux, dans une odeur d'huile de lin, un goût de lassitude et une lumière de pauvres.
Quand elle eut fini de tordre sa serpillière, en faisant saillir des veines d'un bleu sombre sur l'avant de ses bras, elle saisit le seau, s'approcha du canal, et laissa couler lentement l'eau bleuie, la mousse fugace et les poils en boules de son chien qui s'appelait sans doute Youki.
Alors, elle posa près de sa porte, contre le mur, son seau renversé, la serpillière pardessus, le balai tête en l'air, et elle quitta le monde. Dans la petite cuisine, elle allait peut-être boire une tasse de chicorée, lire le journal posé bien à plat sur la table, ou encore allumer le poste pour entendre chanter des choses qu'elle ne comprenait pas.
Je n'en sus jamais rien, parce qu'on ne sait jamais ce qui se passe derrière la figure et la porte fermées des gens qui vivent, là-bas, près du canal, au bout des jardins.

Comme ce serait doux...
Comme ce serait doux de faire ses adieux. De se lever un matin pour dire doucement, au monde et à ceux qui y vivent, que la farce est accomplie, qu'il est temps, quoi qu'on nous en dise, de quitter le paysage.
Ce serait doux d'aller vers ceux qu'on aime, avec un coeur qui sourit, des mains et des lèvres qui battent, et des mots au bout des doigts.
Bien sûr, ils comprendraient, puisqu'ils aimaient.
Ils mettraient du vent dans nos sacs, du vent et de légers parfums. Pour la route. Pour le souvenir. Ils donneraient aussi tous les proverbes, toutes les sentences, toutes les paroles qui bâtissent la vie, quand la bouche qui dit est loin de l'oreille qui doit entendre. Ils donneraient l'héritage à celui-là qui veut quitter le paysage.


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