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Auteur : Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling
Traducteur : Stéphane Schmitt
Date de saisie : 16/11/2007
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : Rue d'Ulm, Paris, France
Collection : Versions françaises
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-7288-0368-2
GENCOD : 9782728803682
Sorti le : 16/11/2007
De l'âme du monde est un ouvrage majeur dans l'histoire de la philosophie comme dans celle des sciences. Publié en 1798, il marque une étape décisive dans la construction schellingienne d'une philosophie de la nature. En supposant une identité entre la production des différents objets du monde et l'activité de l'esprit humain, Schelling édifie une pensée idéaliste destinée à rendre compte aussi bien du monde qui nous entoure que de la connaissance que nous pouvons en avoir. De là un système fondé sur l'idée d'une polarité, d'un antagonisme de forces primitives dont l'action réciproque est à l'origine de toutes les productions naturelles. Pour autant, ce système n'est pas purement spéculatif, et Schelling ne conçoit pas sa théorie indépendamment de l'expérience : aussi s'appuie-t-il sur les observations les plus récentes réalisées par les physiciens et les naturalistes de son temps. C'est là sans doute ce qui explique l'influence exercée par ce livre sur de nombreux savants dans les premières décennies du XIXe siècle et les conséquences, ambiguës mais déterminantes, de la pensée schellingienne sur le développement du transformisme allemand
Friedrich von Schelling
Avec Fichte et Hegel, Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling (1775-1854) fut l'un des représentants les plus éminents de l'idéalisme allemand. Profondément marqué par la pensée dialectique de Fichte, il suivit bientôt sa propre voie et fonda une philosophie de la nature très personnelle, ouverte et appuyée sur les sciences. Il développa autour de 1800 sa conception d'une identité absolue de l'esprit et de la nature, avant de se consacrer à des travaux d'esthétique, puis de philosophie de l'histoire et des religions. Fn dépit des critiques que lui adressa Hegel, il exerça une influence capitale, aussi bien chez les scientifiques que chez les philosophes.
Quel est le but de ce traité, et pourquoi il porte cette inscription sur son front, c'est ce qu'apprendra le lecteur s'il a suffisamment d'envie ou de curiosité pour en lire la totalité. L'auteur estime seulement nécessaire de s'expliquer par avance sur deux points, afin que cet essai ne soit pas reçu avec un préjugé. Le premier est que l'on ne recherche ni ne projette dans cet écrit aucune unité artificielle des principes [keine erkunslelte Einheit der Principien]. La considération des changements généraux de la nature aussi bien que de la progression et de la permanence du monde organique [Fortgang und Bestand der organischen Weltj conduit à la vérité le naturaliste à un principe commun qui, fluctuant [fluctuirend] entre la nature anorganique et la nature organique, renferme la cause première de tous les changements dans l'une et la raison ultime de toute activité dans l'autre, qui, parce qu'il est présent partout, n'est nulle part, et parce qu'il est tout, ne peut rien être de déterminé ou de particulier, pour lui la langue ne possède de ce fait aucune désignation exacte et la plus ancienne philosophie (à laquelle, après avoir achevé sa révolution, la nôtre revient progressivement) ne nous en a livré l'idée que sous la forme de représentations poétiques. Mais l'unité des principes n'est pas satisfaisante si elle ne revient pas sur elle-même par une diversité infinie d'actions particulières. Je ne hais rien davantage que cet effort stupide qui vise à anéantir la diversité des causes naturelles en inventant des identités. Je vois que la nature ne se plaît que dans la plus grande profusion des formes et que (selon l'expression d'un grand poète) sa volonté se divertit jusque dans les espaces morts de la corruption. La loi unique de la gravité, à laquelle se ramènent finalement même les phénomènes les plus mystérieux du ciel, non seulement permet, mais fait même en sorte que les corps célestes se perturbent dans leur course et qu'ainsi, dans l'ordre céleste le plus parfait, il règne le plus grand désordre apparent. Ainsi, la nature a tracé avec assez d'ampleur le vaste espace qu'elle a circonscrit avec des lois éternelles et immuables, afin de ravir l'esprit humain, à l'intérieur de ces limites, par l'apparence d'une absence de lois. Mais dès que nos considérations s'élèvent à une idée de la nature en tant que tout, disparaît l'opposition entre mécanisme et organisme qui a trop longtemps retardé les progrès de la science de la nature et qui, pour certains, pourrait également contrarier notre entreprise. C'est une vieille illusion que de croire que l'organisation et la vie seraient inexplicables par des principes naturels. Bien que l'on : prétende très souvent, à ce propos, que la première origine de la nature organique est physiquement inaccessible, cette affirmation sans preuve ne sert à rien, sinon à décourager le chercheur. Il est du moins permis d'opposer à une affirmation hardie une autre, tout aussi audacieuse, de sorte que la science ne soit pas bannie. On ferait au moins un pas vers cette explication si l'on pouvait montrer que la succession de tous les êtres organiques s'est formée par le développement progressif d'une seule et même organisation. Le fait que notre expérience ne nous ait fait connaître aucune transformation de la nature, aucun passage d'une forme ou d'une espèce vers une autre (bien que l'on puisse au moins mentionner, comme des phénomènes analogues, les métamorphoses de certains insectes, ainsi que celles des plantes, si chaque bourgeon est un nouvel individu) ne constitue pas une preuve contre cette possibilité, car un partisan de celle-ci pourrait répondre que les changements auxquels est soumise la nature organique aussi bien que la nature anorganique peuvent se produire (jusqu'à ce que s'effectue une immobilisation générale du monde organique) sur des périodes toujours plus longues dont nos courtes périodes (qui sont déterminées par la révolution de la Terre autour du Soleil) ne nous donnent pas la mesure et qui sont si grandes que, jusqu'à maintenant, nous n'avons pas vécu l'expérience de l'échéance de l'une d'elles. Cependant, abandonnons ces possibilités et voyons ce qu'il y a en général de vrai et de faux dans cette opposition entre mécanisme et organisme, afin de déterminer ainsi, de la manière la plus sûre, les limites à l'intérieur desquelles notre explication de la nature doit se tenir !
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