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Auteur : Liza Dalby
Traducteur : Bernard Hoepffner
Date de saisie : 17/05/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : P. Picquier, Arles, France
Collection : Picquier poche, n° 304
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-87730-987-5
GENCOD : 9782877309875
Sorti le : 15/11/2007
Ce livre est la biographie romancée de l'auteur du Dit du Genji, chef-d'oeuvre de la littérature japonaise, écrit au XIème siècle, par une femme de surcroît : Murasaki Shikibu !
Lisa Dalby nous dévoile les moeurs délicates de la cour impériale à travers le portrait d'une jeune femme hors du commun et moderne avant l'heure.
Il y a mille ans, au Japon, Dame Murasaki Shikibu inventa un héros, «le radieux prince Genji», lui attribua des amours voluptueuses et un destin fulgurant. Le premier roman de l'histoire japonaise était né, et l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature mondiale : Le Dit du Genji.
S'inspirant du journal et des poèmes qu'elle a laissés, Liza Dalby brosse le portrait d'une femme exceptionnelle, qui fut d'abord une jeune fille inhabituellement libre, rêvant avec son amie au prince charmant, avant d'être appelée au service de l'impératrice. La cour sera bientôt subjuguée par le roman de cet amant idéal, dont la beauté n'a d'égale que les talents amoureux.
Au fil des péripéties de la vie de Murasaki, surgit peu à peu de l'oubli un monde inconnu et raffiné, celui de la cour à l'époque de Heian. Chuchotements et soupirs à l'ombre des écrans de papier, corps cachés sous d'innombrables robes de soie rêvant de se dévoiler et chevelures répandues sur une peau de neige...
Anthropologue spécialiste du Japon, titulaire d'un doctorat de l'Université de Stanford, Liza Dalby est également la seule Occidentale à avoir été acceptée comme apprentie geisha au Japon. Le Dit de Murasaki est son premier roman.
Lettre de Katako
J'étais enceinte de toi quand ma mère est morte, et mon état était loin d'être normal. J'étais souvent envahie par des vagues de nausées. La seule chose qui parvenait à les éloigner était un citron frais. Gratter la peau rugueuse et jaune d'un yuzu libérait une légère vapeur d'essence citronnée que j'inhalais pour calmer mon estomac qui se soulevait. Mais, la plupart du temps, je me laissais simplement aller à ma lassitude et à mon malaise. Il m'a fallu dissimuler des morceaux de yuzu et d'écorce de mandarine dans mes manches, en cas de besoin, pour pouvoir assister aux funérailles de ma mère. Elle s'était retirée du monde depuis un certain temps. En apprenant qu'elle venait de mourir, quelques personnes furent étonnées, car elles la croyaient déjà morte.
Ta grand-mère était connue pour être la dame qui avait écrit le Dit du Genji. Cette histoire romanesque débordant d'observations poignantes était apparue dans tout son éclat à la manière de la pleine lune flottant dans un ciel sombre. Personne n'avait encore jamais rien lu de semblable. Le roman avait apporté célébrité et notoriété à ma mère de son vivant. La foule qui s'est rassemblée pour les rites funéraires m a néanmoins surprise. Une douzaine de dames, au moins, avaient accepté d'endurer une journée de voyage pour se rendre au Temple d'Ishiyama. Elles devaient être des lectrices du Genji, de celles qui préféraient la vie que racontaient les histoires de ma mère à un mari ennuyeux ou à une vie difficile.
Je suis certaine que ma mère choisit d'être recluse pour se dépêtrer du Genji. L'oeuvre avait fini par envahir sa vie. Et pourtant le Genji était aussi son enfant. Elle l'avait créé et nourri, ensuite, comme tous les enfants, il avait grandi et avait fini par échapper à son contrôle. J'étais une enfant plus docile que le livre. Je lui ai causé bien moins d'inquiétude que le Genji.
C'est sans doute parce que les gens s'étaient entichés de l'héroïne de son roman qu'ils ont confondu ma mère avec elle. On lui a donné le surnom de Murasaki quand elle est entrée au service de Sa Majesté l'Impératrice. Les lecteurs de l'histoire paraissaient croire qu'ils la connaissaient, parce qu'ils connaissaient la Murasaki du Genji. Sans doute ma mère s'est-elle lassée des lettres et des visites de personnes appartenant à tous les rangs de la hiérarchie, dont certaines proches de l'Empereur, que, naturellement, elle ne pouvait pas dédaigner. Cela est allé si loin, les lecteurs étaient à ce point plongés dans la vie de ses personnages, qu'ils importunaient ma mère pour qu'elle crée des scènes spécifiques satisfaisant leur propre imagination. Ils ont même eu des exigences à propos du Genji, et ma mère était tout aussi lasse, j'en suis convaincue, de répondre à leurs attentes que de les déjouer.
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