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.. Mon frère féminin : lettre à l'amazone

Couverture du livre Mon frère féminin : lettre à l'amazone

Auteur : Marina Ivanovna Tsvetaeva

Date de saisie : 08/11/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Mercure de France, Paris, France

Collection : Le petit Mercure

Prix : 3.20 € / 20.99 F

ISBN : 978-2-7152-2820-7

GENCOD : 9782715228207

Sorti le : 08/11/2007

  • Les présentations des éditeurs : 19/11/2007

«C'est le seul point faillible, le seul point attaquable, la seule brèche dans cette entité parfaite que sont deux femmes qui s'aiment. L'impossible, ce n'est pas de résister à la tentation de l'homme, mais au besoin de l'enfant.»
Ce texte de Marina Tsvétaïéva (1892-1941) sur l'amour des femmes entre elles est adressé à Natalie Clifford Barney (1876-1972) en réponse à ses
Pensées d'une amazone (1918). Avec son génie libre, sa faculté poétique éclatante, sa langue française d'une sublime beauté, Mon frère féminin est l'un des plus beaux textes lesbiens à ce jour. Marina Tsvétaïéva analyse en profondeur l'amour féminin et s'attache, en particulier, à définir les manques et les inquiétudes de deux femmes qui s'aiment sans qu'il leur soit possible d'avoir un enfant. Transcendant son propos,
Marina Tsvétaïéva nous offre des pages inoubliables sur la femme, l'homme, l'amour et la vie.


  • Les courts extraits de livres : 19/11/2007

J'ai lu Votre livre. Vous m'êtes proche comme toutes les femmes qui écrivent. Ne Vous offusquez pas de ce «toutes», - tou­tes n'écrivent pas : écrivent celles entre toutes.
Donc, Vous m'êtes proche comme tout être unique et, surtout, comme tout être unique féminin.
Je pense à Vous depuis le jour où je Vous ai vue, - un mois ? Quand j'étais jeune, j'avais hâte de me dire, je craignais toujours de laisser passer la vague partant de moi et me portant vers l'autre, je craignais toujours de n'aimer plus, de ne plus rien savoir. Mais je ne suis plus jeune et j'ai appris à laisser passer presque tout - irré­parablement.
Avoir tout à dire - et ne pas desserrer les lèvres. Tout à donner - et ne pas desserrer la main. Ceci est du renoncement que Vous appelez vertu bourgeoise et qui, bourgeoise ou non, vertu ou non, est le principal ressort de mes actes. Ressort ? -le renoncement ? Oui, car le refoulement d'une force exige un effort infiniment plus âpre que son libre déploiement - qui n'en exige aucun. En ce sens toute activité naturelle est chose passive, comme toute passivité obtenue - de l'activité (épanchement - subissement, refoulement - agissement). Qu'est-ce qui est plus difficile : retenir un cheval ou le laisser courir, et, puisque c'est nous, le cheval que nous retenons, - des deux le plus pénible : être retenu ou laisser jouer notre force ? Respirer ou ne respirer pas ? Vous souvenez-vous de ce jeu d'enfant, où tout l'honneur allait à celui qui restait le plus longtemps dans un bahut à étouffer ? Jeu cruel et très peu bourgeois.
Agir ? Se laisser aller. Chaque fois que je renonce j'ai la sensation d'un tremblement de terre au-dedans de moi. C'est moi - la terre qui tremble. Renoncement ? Lutte pétrifiée.
Mon renoncement s'appelle encore ne daigne - disputer quoi que ce soit à l'ordre existant. L'ordre existant pour notre cas ? Lire Votre livre, Vous en remercier par des mots vides de moi, Vous revoir de temps en temps «souriante pour qu'on ne Vous voie pas sourire», - faire comme si Vous n'aviez rien écrit et, moi, rien lu : comme s'il n'y avait rien eu.
Je l'aurais pu, je le peux encore, mais pour une fois - je ne le veux pas.
Écoutez-moi, Vous n'avez pas à me répondre, Vous n'avez qu'à m'entendre. C'est une blessure droit au coeur que je vous porte, au coeur de Votre cause, de Votre croyance, de Votre corps, de Votre coeur.


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