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Auteur : Richard Millet
Illustrateur : Daniel Sciora
Date de saisie : 20/11/2007
Genre : Théâtre
Editeur : l'Archange Minotaure, Apt, France
Collection : L'oeil du souffleur
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-35463-004-1
GENCOD : 9782354630041
Sorti le : 06/09/2007
La mère. - Alors c'est que vous n'avez jamais eu froid. Vous êtes trop jeune. Le froid, ça appartient au passé, comme les loups et les grandes familles. Vous ne pouvez pas savoir ce que c'était, de traverser l'hiver des hautes terres avant qu'on y ait planté tous ces sapins qui ont, paraît-il, modifié le climat, l'ont réchauffé, ont échangé un peu de douceur contre la nuit des résineux et ont chassé les hommes, oui, une nuit maintenant sans légendes parce que sans personne pour dire l'hiver, pour écouter les morts et plaindre les vivants, non, plus personne... (Elle se lève, va à la fenêtre.) Paul est en retard... Ils sont tous en retard.
Richard Millet est né à Viam, en Corrèze, en 1953. Il a publié entre autres titres, La chambre d'ivoire, L'amour mendiant, Lauve le pur, Le sentiment de la langue, Le goût des femmes laides, et, chez l'Archange Minotaure, Sacrifice.
LA MÈRE. - Ah ! C'est pour mon fils que vous êtes venu... Je ne savais pas. Il ne me dit jamais rien. Il est si mystérieux... On ne sait pas ce qu'il aime le mieux : parler ou se taire, ou bien parler pour mieux se taire... Et sa façon d'être là sans y être vraiment... Tenez, asseyez-vous. C'est là qu'il fait le moins froid. Cette maison est impossible à chauffer... J'y ai toujours eu froid... Sait-on encore ce que c'est, le froid ?
LE VISITEUR. - Je ne déteste pas l'hiver. Je peux même dire que j'aime ça, le froid, le givre, la neige, la grande saison intérieure... Tout est fermé, les lèvres, les bras, les fenêtres... Et ce silence...
LA MÈRE. - Alors c'est que vous n'avez jamais eu froid. Vous êtes trop jeune. Le froid, ça appartient au passé, comme les loups et les grandes familles. Vous ne pouvez pas savoir ce que c'était, de traverser l'hiver des hautes terres avant qu'on y ait planté tous ces sapins qui ont, paraît-il, modifié le climat, l'ont réchauffé, ont échangé un peu de douceur contre la nuit des résineux et ont chassé les hommes, oui, une nuit maintenant sans légendes parce que sans personne pour dire l'hiver, pour écouter les morts et plaindre les vivants, non, plus personne... (Elle se lève, va à la fenêtre.) Paul est en retard... Ils sont tous en retard.
LE VISITEUR. - Il y en a qui sont toujours en avance ; c'est peut-être la même chose que d'être en retard... La loi de l'équilibre... Je suis arrivé trop tôt à la gare d'Austerlitz, ce matin. Il faisait beau, à Paris, très beau, un ciel d'un bleu extraordinaire, le soleil se levait sur les voyageurs - murés en eux-mêmes, les voyageurs, suintant la nuit, moches, gris, sombres à vous dégoûter de l'espèce humaine, les hommes aussi bien que les femmes : de quoi se jeter dans le premier wagon et retourner à sa propre nuit, dans un sommeil d'assassin, puis s'apercevoir, à Limoges, trois heures plus tard, qu'il est beaucoup trop tôt pour l'autorail menant aux hautes terres. Alors j'ai loué une voiture... Je ne supporte pas d'attendre.
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