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Préface : Pierre Assouline
Date de saisie : 09/01/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Mille et une nuits, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-7555-0051-6
GENCOD : 9782755500516
Sorti le : 07/11/2007
L'internaute la connaît et l'utilise depuis quelques années déjà. Difficile, lors d'une recherche sur la toile, d'échapper au renvoi vers les pages de l'encyclopédie collaborative en ligne, dont le projet n'est rien moins que de s'ériger comme la référence ultime en terme de connaissance. Car là où les encyclopédies «papier» sont inévitablement limitées par leur volume et leur coût, Wikipédia a pour elle la puissance du nombre : rédacteurs bénévoles, diffusion mondiale instantanée, stockage virtuel, et - bien sûr - gratuité. Le principe est simple : des anonymes, compétents ou non, rédigent en ligne un ou des articles sur les sujets de leur choix, les textes pouvant par suite être modifiés, corrigés, et même vandalisés, par les autres usagers. On voit rapidement se profiler l'écueil d'un tel procédé, analysé par cinq étudiants de Sciences-Po sous l'égide de Pierre Assouline : comment prétendre fournir une connaissance fiable lorsque les auteurs des articles ne sont pas nécessairement des spécialistes reconnus comme tels, mais des internautes parmi lesquels le bon grain est difficilement séparable de l'ivraie ? Car le problème que pose Wikipédia n'est pas seulement économique - en mettant en crise la pérennité des encyclopédies traditionnelles, mais aussi épistémologique : quel avenir pour la connaissance, si celle-ci prend la forme d'un contenu, certes actualisable en un clic, mais ne pouvant réellement être ni validé, ni invalidé ? Cet essai, que l'on sent animé par l'enthousiasme de ses co-rédacteurs autant que par un souci d'objectivité, soulève quelques lièvres au pays des chevaux de Troie, et invite son lecteur à penser la transmission du savoir sous un jour nouveau.
Cinq étudiants de Sciences-Po ont mené, sous la direction de Pierre Assouline, leur professeur, une enquête minutieuse sur l'encyclopédie en ligne Wikipédia.
Quels sont les dessous du fonctionnement de l'encyclopédie «collaborative» ? Qui est rédacteur ? Qui valide les propositions de texte et de modification ? Qu'en est-il des erreurs, et des manipulations ? Est-il possible de vandaliser des notices ou au contraire de créer sa légende ? Que penser de l'enquête publiée par la revue scientifique Nature, en décembre 2005, qui fit grand bruit en proclamant que Wikipédia était aussi fiable que la célèbre encyclopédie de référence Britannica ? Quelles menaces pèsent désormais sur les éditeurs d'encyclopédies, et sur le savoir en général ?
Leur enquête rapporte un grand nombre de chiffres étourdissants et d'exemples de contre-vérités qui permettent de prendre la mesure de cette gigantesque entreprise mondiale. Encore méconnue du grand public, bien que celui-ci l'utilise comme un outil familier de la Toile, Wikipédia est d'ores et déjà le neuvième site le plus consulté dans le monde. Mais si les dangers sont bien réels, peut-on devenir «wiki-intelligent» ?
Pierre Gourdain, Florence O'Kelly, Béatrice Roman-Amat, Delphine Soulas et Tassilo von Droste zu Hülshoff ont effectué en 2006-2007 leur dernière année d'études à l'École de journalisme de Sciences-Po à Paris. Ils débutent aujourd'hui leur carrière de journalistes à la télévision, sur Internet ou dans la presse écrite.
Journaliste et romancier, Pierre Assouline est l'auteur de nombreuses biographies {Albert Londres, Hergé...). Chargé de cours à l'École de journalisme de Sciences-Po à Paris, il tient un blog littéraire sur le site lemonde.fr «La République des livres».
Extrait de la préface de Pierre Assouline :
Et ça passe pour une source...
«Mais comment faisiez-vous avant ?» Cela fait un an que je rumine cette question posée par un étudiant du master de journalisme de Sciences-Po à l'issue d'un débat de deux heures qui m'avait opposé à l'ensemble de ses camarades. Ayant constaté que les étudiants de première année, forts de leur mention «Bien» ou «Très bien» au baccalauréat, se servaient avec beaucoup de naturel de Wikipédia comme d'une source, j'avais invité ceux qui achevaient leurs études à davantage de circonspection, de sens critique et de rigueur intellectuelle. En vain, je le reconnais. Nous n'étions pas parvenus à nous persuader. L'échange, vif mais édifiant, aurait pu durer plus longtemps encore, n'eût été cette réflexion qui me cloua à ma chaise : «Mais comment faisiez-vous avant ?» Avant Wikipédia, bien entendu.
Le simple fait que des étudiants de cette qualité et de cette ambition n'aient pas idée de ce que pouvait être la recherche documentaire avant l'invention de l'encyclopédie en ligne signe déjà notre échec. N'ayons pas peur des grands mots : il porte en lui la défaite de certaines valeurs. Comment dire les choses autrement quand nos futures élites n'imaginent même pas qu'un journaliste aille chercher et vérifier ses informations à la source, qu'un historien écume les bibliothèques pour se reporter aux témoignages et aux analyses de l'époque, qu'un chercheur fasse le tri dans une bibliographie afin de hiérarchiser ses références, de la plus fiable à la plus contestable ?
C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit, et c'est cet esprit que Wikipédia tue tout doucement.
Voilà qui promet de beaux jours à nos étudiants adeptes du copier-coller, et des séances de corrections édifiantes à leurs professeurs. La question des sources est à la base de toute recherche, qu'elle soit historique, scientifique, journalistique ; or, Wikipédia dilue tant la source qu'elle l'élude. On ne saurait trop le répéter : dans le domaine des idées, et en particulier en histoire, l'esprit de la référence a intrinsèquement partie liée avec la durée et non avec l'éphémère. Sur Wikipédia, la référence est à géométrie variable : le dernier qui a parlé a raison, jusqu au prochain. Il est plus facile d'y comprendre l'avenir que le passé car celui-ci ne cesse de changer.
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