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Auteur : Jorge Amado
Traducteur : Alice Raillard
Date de saisie : 04/12/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : La cosmopolite
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-234-06084-5
GENCOD : 9782234060845
Sorti le : 10/10/2007
Onze ans et sept mois qu'ils recevaient chaque mois la lettre avec le chèque, "le bel argent", que leur adressait Tieta. Tieta la charnelle gardienne de chèvre qui a fui les collines d'Agreste chassée par son père, "ici ce n'est pas une maison de putes", après qu'elle eut connu "le goût de l'homme, mélange de mer et de sueur, de sable et de vent", avec un colporteur.
Tieta, partie il y a 26 ans alors qu'elle venait d'avoir dix-huit ans. Tieta qui, devenue Antonieta Esteves Cantarelli, une femme influente de Sao Paulo, a oublié les affronts, la délation, la rossée de son père, pour venir en aide aux siens restés à Agreste dans l'État de Bahia.
Ce retard dans l'envoi du chèque, même dona Carmonina, citoyenne importante, employée des postes, ne peut l'expliquer. Tieta voyage-t-elle, est-elle malade, ou pire encore ? Comment savoir ? De Tieta ils ne connaissent pas l'adresse, juste le numéro de boite postale, froid et anonyme, mentionné sur ses lettres. Tous s'interrogent et surtout s'inquiètent. Comment vont-ils faire sans l'argent de Tieta ?
Tieta, veuve, reviendra en héroïne dans son village natal, s'impliquera dans la vie locale, obtiendra la lumière pour son village, combattra la menace de l'installation d'une usine chimique sur la belle plage du Mangue Seco.
Mais au fil du temps la façade de respectabilité de Tieta se lézarde : ses «affaires» à Sao Paulo ne sont pas aussi honorables qu'elle le laisse entendre ; sa sensualité exacerbée trouve en son chaste neveu, promis au séminaire, une proie de choix.
Un livre empli de scènes étonnantes, de personnages riches en couleurs, où l'auteur se plaît à intervenir et à dialoguer avec le lecteur. Et comme Jorge Amado est un formidable raconteur d'histoires, que ses histoires, recréation de la vie populaire de Bahia, sont emplies de sensualité et d'humour, ne boudons pas notre plaisir !
J'oubliais, le titre complet du livre est : Tieta d'Agreste, gardienne de chèvres ou le retour de la fille prodigue, mélodramatique feuilleton en cinq épisodes sensationnels et un surprenant épilogue : émotion et suspense !
Un régal constant !
Encore une belle idée de la remarquable collection La Cosmopolite que la réédition ce grand roman.
N.B. Jorge Amado (1912-2001) est l'écrivain brésilien le plus lu au monde. Tieta d'Agreste, comme d'autres de ses romans, prend pour cadre l'État de Bahia (nord-est du Brésil) où il est né.
Adolescente, la charnelle chevrière Tieta a fui les collines d'Agreste sous l'opprobre publique et le bâton vindicatif du vieil Esteves, son père.
Trente ans plus tard, en femme influente de Sao Paulo, elle regagne le paradis perdu de sa bourgade natale, dans la province de Bahia. Les habitants d'Agreste, mus par divers intérêts, semblent alors décidés à faire table rase du passé pour accueillir comme il se doit la riche veuve Antonieta Esteves Cantarelli. D'emblée, Tieta est consacrée figure tutélaire de la petite communauté, catalysant les fantasmes d'une vie meilleure et fastueuse, marquée au sceau du mythe du progrès urbain.
C'est pourtant la même Tieta qui, lorsqu'une industrie chimique menace de s'installer sur la plage paradisiaque du Mangue Seco, devient à son insu le porte-flambeau voluptueux d'une cabale menée contre l'usine et son cortège de maux : la pollution et la corruption. Mais comment réagiront les protégés bien-pensants de la Pauliste quand ils découvriront que derrière une façade de joyeuse respectabilité se dissimule une tenancière de maison close au service des millionnaires, qui, loin d'avoir étouffé sa sensualité, dévoie chaque nuit son chaste neveu promis au séminaire ?
Né en 1912 dans l'État de Bahia, Jorge Amado demeure l'auteur brésilien le plus lu au monde, dont l'oeuvre est traduite dans près de cinquante langues. Ses romans s'inspirent du folklore brésilien et plongent leurs racines dans une critique sociale empreinte de lyrisme.
EXORDE OU INTRODUCTION OU L'AUTEUR, UN FINAUD, TENTE DE SE DÉGAGER DE TOUTE RESPONSABILITÉ, ET FINIT PAR LANCER UN IMPRUDENT DÉFI À LA SAGACITÉ DU LECTEUR AVEC UNE SIBYLLINE QUESTION.
D'abord, que j'avertisse : je n'assume aucune responsabilité quant à l'exactitude des faits, je n'en mets pas ma main au feu, il faudrait être fou. Non seulement parce que se sont écoulés plus de dix ans, mais surtout parce que la vérité, chacun a la sienne, et qu'aussi, dans le cas présent, je ne vois pas de compromis, d'accord possible entre les parties.
Intrigue incohérente, épisode confus, plein de contradictions et d'invraisemblances, il parvint à franchir la distance qui sépare la somnolente petite ville frontalière et la capitale - les deux cent soixante-dix kilomètres de trous dans l'asphalte de deuxième catégorie, et les quarante-huit de boue de première ou de poussière de toute première, une poudre rouge qui s'incruste dans la peau et résiste aux fines savonnettes - pour aller remplir les colonnes de la presse de la métropole.
Nouvelle d'abord mi-facétieuse mi-tapageuse, puis bientôt patriotique et discrète - car très bien payée -, se perdant rapidement dans des publicités, quelques-unes sur une page entière.
Certain hebdomadaire de traditions douteuses - l'épithète est impropre : pourquoi douteuses ? - partit en guerre dans un éditorial de première page, et une rouge manchette agressive, menaça d'envoyer reporter et photographe dans ces confins pour éclaircir la gravissime accusation, le monstrueux complot, le danger fulminant, etc. Arrogance et indignation durèrent juste un numéro, son bravache, le vaillant directeur se la mit quelque part et il oublia le sujet brûlant. Encore jeune mais déjà vétéran des joutes de la presse, revendiquant en sourdine une idéologie radicale et des principes explosifs, mais visant des fins bénéfiques, Leonel Vieira noya protestations et menaces dans le whisky écossais, en l'aimable compagnie du Dr Mirko Stefano et de quelques filles appétissantes, toutes relations publiques d'une grande efficacité et d'une vêture réduite. Réduite, c'est le mot : deux des mieux modelées exhibaient de longues tuniques transparentes et rien dessous, ou presque rien - ces tuniques étant, de l'avis des connaisseurs, plus excitantes que les courts shorts ou les sommaires bikinis. Un thème aimable de débat entre le docteur et le journaliste, l'unique divergence qui les séparât, au bar, au bord de la piscine. Pour le reste, accord total. Quant à moi, si l'on me permet de dire mon mot, je préfère les longs écrans léchés par un rayon de lumière, révélant les volumes et les ombres, ah ! mais qu'importe mon opinion ?
La mienne, la vôtre, n'importe laquelle, devant les puissants arguments du Dr Stefano, arguments en devises, affirme-t-on, sans qu'on ait de certitude sur la monnaie d'origine, dollars ou marks occidentaux, les deux peut-être. Si irrésistible, la dialectique du sympathique fondé de pouvoir, que le remuant chroniqueur mondain, Dorian Gray Junior, n'hésita pas à le proclamer Mirkus le Magnifique, dans une débauche d'admiration. Simple fondé de pouvoir de patrons inconnus, comme l'insinua l'hebdomadaire dans cet éditorial exclusif et audacieux - audacieux, exclusif et très bien capitalisé, c'était, de plus, une garantie à gauche car quel autre organe de la presse parlée ou écrite osa interpeller et menacer ? Une position claire et décidée, une preuve à faire valoir en cas de besoin ; nul ne sait de quoi demain sera fait, nous avons, récemment, l'exemple du Portugal, qui aurait pu prévoir ? Enfin, ce n'est pas un simple chèque, si substantiel soit-il, des bouteilles de scotch et le ventre en fleur des faciles public relations qui iraient ébranler les convictions et les solides principes de 1 intrépide et souple journaliste ; Leonel Vieira a de l'estomac, assez pour digérer chèque, alcools et beautés en gardant immuables principes et idéologie. Il empoche le chèque, descend le whisky, lorgne les mignonnes, met une sourdine au journal et en même temps proclame - tout bas - ses principes, radicalissimes. Un luron.
Quant aux grands patrons, eux ne se montrent pas dans les bars, ne trinquent pas avec les journalistes véreux et préfèrent les belles toutes nues, dans le calme et le confort, loin de toute exhibition publique. Ah, que ne donnerais-je pour avoir l'honneur, la gloire suprême, que l'un d'eux apparaisse dans les pages maladroites de ce récit ! Ce serait le comble, pour le modeste écrivain que je suis, de compter avec de pareils personnages. Réaliste, les pieds sur terre, je n'attends pas ce miracle; où sont les forces capables de traîner un riche étranger dans ce cul-du-monde, à travers la poussière et la boue ? Au cas où tout marche bien, le projet approuvé, installé le complexe industriel quand le progrès arrivera avec un asphalte solide, des routes à sens unique, des motels, des piscines, des filles aux tuniques transparentes, une police de sûreté, là oui, peut-être aurons-nous le privilège d'apercevoir, de nos yeux que la terre mangera, un de ces grands du monde, nageant dans l'or.
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