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Les hommes aussi ont besoin d'amour

Couverture du livre Les hommes aussi ont besoin d'amour

Auteur : Yves Lériadec

Date de saisie : 07/01/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : L'arpenteur

Prix : 12.50 € / 81.99 F

ISBN : 978-2-07-078598-8

GENCOD : 9782070785988

Sorti le : 27/09/2007

Tantôt les nouvelles d'Yves Lériadec évoquent directement l'enfance : à un mariage, le premier émoi d'un garçon d'honneur pour sa cavalière (Garçon donneur) ; les héroïnes de cinéma qu'on voudrait sauver et aimer (Consoler Maria) ; les parties de billes (La trajectoire) et les secrets de famille proprement insupportables (Les pages arrachées).
Tantôt c'est la trace que l'enfance laisse chez les adultes dont il s'agit : la mère malade qui devient notre enfant (Les bras tendus, nouvelle liminaire d'une profonde sensibilité) ; la soeur qui va mourir (Necker by night) ; le professeur de latin qu'on retrouve dans un hospice (Rosa, rosa, rosam). Et parfois c'est plus grinçant, l'héritage nous gâche la vie, que ce soit une maison avec une locataire indélogeable (Le sourire de Louise) ou l'ambition que les parents ont pour nous (Maman voulait).
La dernière nouvelle, Le jour du permis (c'est du permis de vivre dont il s'agit, sanctionné par un examinateur véreux), est un épatant mélange de cauchemar orwellien et de comique chaplinesque...
L'écriture précise, sans graisse, toujours dans le ton (agacement ou fascination, mélancolie souvent) permet à Yves Lériadec de s'inscrire d'emblée parmi les rares nouvellistes français dont on souhaite retrouver la fraternité.


Découvrez le recueil de nouvelles d'Yves Lériadec. Une écriture percutante qui fait mouche. Des nouvelles qui mettent en scène des hommes ou des jeunes garçons sensibles, l'un comprend brusquement que ses parents se déchirent, l'autre voudrait photographier ses parents main dans la main en vain,le vie d'un autre se raconte à travers les véhicules possédés :tricycle,vélo,moto,petite voiture d'infirme.


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

«Il ne devrait pas. Mais il le fait. La cinquième, en plein Paris. N'importe quoi. Vite. Beaucoup trop vite. Il fonce dans les rues désertes de la nuit. File sur les quais, snobe la tour Eiffel embrumée, remonte vers l'Étoile. Ne traverse pas la place, la transperce. D'un coup. Tout droit. D'une avenue à l'autre. Et continue sa course folle vers les Ternes, ignorant le parc Monceau pour mieux se ruer sur les Batignolles qu'il pénètre par une rue étroite. Obligé de ralentir. Arrêt violent sur un bateau. Il claque la portière, court vers un porche, appuie fébrilement sur l'interphone, reprend son souffle. Attente. Longue. Trop longue. On lui ouvre. Enfin. Il pousse la lourde porte, file au fond de la cour, grimpe l'escalier C quatre à quatre, perd son écharpe, s'arrête pour la ramasser, reprend sa course, arrive au sixième, ne s'essuie pas sur le paillasson et sonne.
- Vous, déjà ? Comment avez-vous fait ?
- Où est-elle ?»
Les hommes aussi ont besoin d'amour

Yves Lériadec s'est d'abord consacré à la poésie avant de s'orienter vers la nouvelle. Les hommes aussi ont besoin d'amour est son premier recueil. Il anime par ailleurs des ateliers d'écriture.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Il ne devrait pas. Mais il le fait. La cinquième, en plein Paris. N'importe quoi. Vite. Beaucoup trop vite. Il fonce dans les rues désertes de la nuit. File sur les quais, snobe la tour Eiffel embrumée, remonte vers l'Etoile. Ne traverse pas la place, la transperce. D'un coup. Tout droit. D'une avenue à l'autre. Et continue sa course folle vers les Ternes, ignorant le parc Monceau pour mieux se ruer sur les Batignolles qu'il pénètre par une rue étroite. Obligé de ralentir. Arrêt violent sur un bateau. Il claque la portière, court vers un porche, appuie fébrilement sur l'interphone, reprend son souffle. Attente. Longue. Trop longue. On lui ouvre. Enfin. Il pousse la lourde porte, file au fond de la cour, grimpe l'escalier C quatre à quatre, perd son écharpe, s'arrête pour la ramasser, reprend sa course, arrive au sixième, ne s'essuie pas sur le paillasson et sonne.
- Vous, déjà ? Comment avez-vous fait ?
- Où est-elle ?
- Dans sa chambre.
Il bouscule la garde-malade, avale le couloir, ouvre la porte. Et voit.
Elle, dans son lit, assise, suffoquant. Le regar­dant, hébétée. Cherchant son souffle, ne le trouvant pas, ânonnant quelque chose. Ce qu'elle dit, il ne le comprend pas. Ce qu'elle vit, il le comprend. Déjà, il y a six mois...
- Putain ! Rebelote ! Œdème du poumon ! Et cette connasse qui me dit que ce n'est pas trop grave !
Il cherche son portable dans les poches du pardessus. Extérieure gauche : rien. Intérieure gauche : rien. Extérieure droite : oui ! Le 15. Non, le 12. Non, le 16. Merde, le Samu, c'est quoi ? Fais chier, je passe par le 12 ! Il parle au Samu. Et le Samu écoute. Et le Samu comprend. Mais il n'est pas tout près, le Samu. Il lui faut griller quelques feux rouges avant d'arriver. Le temps pour l'homme de regarder.
Sa mère meurt, là, devant lui. Elle hoqueté, n'arrive plus à respirer. S'étouffe, tend les bras vers son fils. Semble dire : «S'il te plaît, donne-moi du souffle, de l'air. Tu en as bien en réserve pour moi. Vite ! Donne ! Donne !» Et lui, impuissant devant ces bras tendus, ne peut rien donner du tout. L'air ne se transporte pas, ne se transfuse pas, ne s'injecte pas. Il ne peut rien faire. Incapable ! Fils indigne ! Il se traite de con, maudit cette garde-malade qui ne garde qu'elle-même, se botte les fesses dans sa tête. Puis s'apaise, et donne ce qu'il peut donner : sa tendresse. S'approche des bras tendus, les effleure, les caresse. Pose une main sur le visage et murmure : «Calme, Maman, calme. Ils arrivent.» Chante ce qui lui vient à l'esprit. Une berceuse. D'où sort-elle, celle-là ? Qui est la mère cette nuit ? Qui est l'enfant ? Tout est sens dessus dessous. Tout fout l'camp. Mais il faut bien tenir en attendant. Alors, chante, fiston, chante. Caresse, fiston, caresse. Rassure-la, toi qui n'es pas rassuré. Dis-lui que ça ira, qu'ils vont venir, qu'ils viennent, qu'ils sont presque là, toi qui n'en sais rien. Tiens-la dans tes bras, calme ses soubresauts, respire son parfum, et attends, attends, attends.
Enfin, ces pas sur le palier, cette sonnette enfoncée, ces blouses blanches qui se ruent, «oui, devant vous, c'est par là». Et eux qui voient, qui comprennent. Elle qui suffoque. Et eux qui débal­lent, installent. Elle qui suffoque. Et eux qui rem­plissent, injectent. Elle qui suffoque. Et eux qui allument, branchent. Elle qui suffoque.


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