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Auteur : Philippe Gloaguen
Date de saisie : 12/12/2007
Genre : Guides Tourisme, Voyages
Editeur : Hachette Tourisme, Paris, France
Collection : Le guide du routard
Prix : 9.90 € / 64.94 F
ISBN : 978-2-01-244194-1
GENCOD : 9782012441941
Sorti le : 12/12/2007
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Epicentre de tout le Bordelais, à une soixantaine de kilomètres de l'océan, capitale de l'Aquitaine lovée autour de la Garonne, Bordeaux a conservé son décor de théâtre, son atmosphère secrète et sa fierté un peu hautaine, souvent frondeuse vis-à-vis de la capitale. Elle doit sa fortune et son importance à ses vins et à son port. La gloire des siècles passés a laissé ses traces sur les murs comme dans les esprits.
La cité se révèle avant tout comme un joyau de pierres ciselées, armoriées, dentelées dans le grand style du XVIIIe siècle : Bourse, Grand Théâtre, place Royale... Mais on y trouve aussi des rues étroites au tracé médiéval, de vieux quartiers aux allures sombres et populaires. Passé la surprise des superbes façades des Chartrons, des allées de Tourny et du Grand Théâtre, bref du Bordeaux de Louis XV, vous irez vous perdre dans les ruelles de Saint-Michel à la recherche du Bordeaux populaire, mélangé, accueillant envers les étrangers, surtout s'ils viennent du Sud, vous irez faire la fête dans les zones industrielles portuaires réhabilitées. Vous changerez de rive pour voir une ville en pleine mutation, vous découvrirez avec nous des merveilles gastronomiques.
Bordeaux est avant tout une belle ville, tout simplement, et l'on prend un réel plaisir à la visiter. Avec sa pierre calcaire dorée qui noircit naturellement, elle offre une jolie palette de couleurs, du blond pâle au noir le plus crasseux. «Snob» ? Bien sûr qu'elle l'est. Et alors ? Elle n'est pas la seule ! «Ville fermée» ? Sûrement. Elle a de quoi. Avec trois siècles de domination anglaise, qui lui ont finalement bien profité, avec un terroir et un climat donnant les plus grands vins du monde, avec des hommes illustres (les trois «M» : Montesquieu, Montaigne, Mauriac), avec une côte aussi proche et superbe, on peut presque comprendre que Bordeaux se croie si supérieure, si différente. N'est-elle pas la capitale mondiale du vin ? Cependant, les Bordelais s'ouvrent de plus en plus aux influences méridionales, espagnoles en particulier, et l'on voit maintenant partout des restaurants en terrasse (ce qui n'existait pas il y a quelques années encore). Les soirées s'animent furieusement dans les bars à tapas, et les nuits, quai de Paludate, sont chaudes, très chaudes... Finalement, la cité girondine est comme ses meilleurs vins : bouquet profond et complexe, étonnante longueur en bouche. Une forte personnalité, très attachante.
GENTLEMEN BORDELAIS
Le fleuve et le vin, bien sûr, ont bâti des fortunes. De riches négociants, les Cruse, Calvet, de Luze, Lichine, font figure d'aristocratie locale. Mais voilà, aujourd'hui le port s'endort. Et les vignes sont rachetées par d'anonymes compagnies d'assurances ou businessmen nippons. Alors les Bordelais s'accrochent à leurs repères géographiques comme autant de souvenirs de la gloire d'antan : le Jardin public, à l'anglaise ; Caudéran, le Neuilly local et sa villa Primerose où il est plutôt bien vu de frapper ses premières balles de tennis ; le bassin d'Arcachon pour les premiers châteaux de sable et les premières régates. Vision stéréotypée : il existe aussi un Bordeaux populaire, riche de son immigration, de son petit peuple volontiers rigolard.
Les Bordelais souffrent de l'image que Mauriac leur a collée sur le dos. Grands bourgeois, secrets, riches, un peu raides... Comme ailleurs mais pas plus. En fait, cette raideur vient de leur goût de l'indépendance. Sous les Plantagenêts, Bordeaux a gagné beaucoup d'argent dans une totale liberté : Londres était bien loin. Et puis, sous l'Ancien Régime, la situation a perduré : les intendants géraient la ville sans trop en référer à Paris, le vin continuait d'inonder l'Europe, et les îles envoyaient rhums et tafias. C'est le séisme révolutionnaire qui a refermé Bordeaux sur elle-même. Avec la mort des Girondins, les Bordelais ont commencé à dépendre de Paris. Le blocus continental n'a pas arrangé les choses, ni la politique coloniale axée sur l'Afrique du Nord et l'Indochine, qui a profité à Marseille. Bref, la République n'a jamais donné le sentiment d'aimer Bordeaux. Se sentant incompris, les Bordelais n'avaient d'autre choix qu'une certaine morgue. Mais rassurez-vous : le Bordeaux de Montaigne et Montesquieu, bon vivant et humaniste, est toujours sous-jacent.
Les Bordelais tiennent à leur art de vivre et à leur vin autant qu'à leurs monuments. Ils rappellent que Baudelaire y embarqua sur le Mers du Sud, ou que Stendhal écrivit un jour : «Bordeaux est sans contredit la plus belle ville de France», et recensent les auteurs du cru : Jean Cayrol, Jacques Ellul, Jean Anouilh, Sempé, Pierre Veilletet, jusqu'à Philippe Sollers, qui la revisite, comme saisi de repentir.
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